Politique

Afrique : Les routes de la croissance

Libreville, Jeudi 4 Juin 2026 (Infos Gabon) – L’Afrique se construit souvent à travers de grands discours sur l’intégration régionale, la transformation économique ou le développement durable. Pourtant, dans la réalité quotidienne des populations, ce sont les routes, les ponts et les infrastructures qui déterminent la vitesse du progrès.

Derrière chaque corridor logistique modernisé se joue une bataille silencieuse pour la compétitivité, l’emploi, l’accès aux services publics et la réduction des inégalités territoriales.

C’est dans cette logique que s’inscrivent les nouveaux résultats présentés par le Fonds d’Abu Dhabi pour le Développement (ADFD), dont plusieurs projets structurants atteignent aujourd’hui des niveaux d’exécution avancés au Togo, à Madagascar et au Nigeria. Au-delà des chiffres, ces réalisations illustrent une tendance de fond qui transforme progressivement la géographie économique du continent.

Pour les États africains confrontés à une croissance démographique rapide, la qualité des infrastructures demeure l’un des principaux facteurs limitant le développement. Routes dégradées, coûts logistiques élevés, difficultés d’accès aux marchés et enclavement de nombreuses régions freinent encore l’essor économique de vastes territoires. C’est précisément sur ce levier que le Fonds d’Abu Dhabi concentre une part importante de son action.

Selon Mohammed Saif Al Suwaidi, Directeur général du Fonds, l’objectif reste d’assurer un suivi permanent des projets afin de garantir leur exécution conformément aux standards internationaux et aux calendriers retenus. Cette méthode repose sur une présence continue sur le terrain, une évaluation régulière des progrès réalisés et une volonté de maximiser l’impact concret des investissements engagés.

Au Togo, la réhabilitation de la route Sokodé-Bassar approche désormais de son terme avec un taux d’exécution de 92 %. Longue de 62 kilomètres, cette infrastructure constitue un maillon essentiel du réseau routier national. Elle améliore les échanges entre la capitale Lomé, les régions intérieures et les pays voisins tout en renforçant la sécurité des usagers et en réduisant les coûts de transport. Ce projet, financé à hauteur d’environ 37 millions de dirhams des Émirats arabes unis (cinq milliards six cent quatre-vingt-neuf millions neuf cent trente-quatre milles francs CFA, 5 689 934 000 FCFA), représente un investissement stratégique pour l’intégration économique du pays.

À Madagascar, les avancées sont également significatives. La modernisation de la Route Nationale numéro 5 affiche un taux d’achèvement de 80 %. Ce projet comprend la réhabilitation de 117 kilomètres de route ainsi que la construction de sept nouveaux ponts. Dans un pays où les contraintes géographiques compliquent souvent les déplacements, cette infrastructure joue un rôle déterminant pour désenclaver les zones rurales, faciliter les échanges commerciaux et améliorer l’accès aux services de santé, à l’éducation et aux opportunités économiques.

Le financement concessionnel accordé par le Fonds, supérieur à 110 millions de dirhams (seize milliards neuf cent seize millions de francs CFA, 16 916 020 000 FCFA), témoigne de l’importance accordée à ce chantier dont les retombées dépassent largement le seul secteur des transports. Agriculture, tourisme, industrie et commerce devraient bénéficier directement de cette amélioration de la connectivité territoriale.

Au Nigeria, le projet routier Minna-Bida poursuit sa progression avec un taux d’exécution de 45 %. Première intervention du Fonds dans le pays, cette infrastructure bénéficie d’un financement de 165 millions de dirhams (vingt-cinq milliards trois cent soixante-quatorze millions de francs CFA, 25 374 030 000 FCFA). Une fois achevée, cette route de 82 kilomètres reliera plus efficacement la capitale de l’État du Niger à l’une de ses principales villes économiques.

Les projections sont particulièrement significatives. Le temps de trajet devrait être réduit de moitié tandis que les coûts liés à l’exploitation des véhicules pourraient diminuer de plus de 30 %. Pour les entreprises comme pour les populations, ces gains de productivité constituent un levier direct de croissance.

Ces trois projets traduisent une évolution plus profonde du financement du développement. Longtemps concentrée sur l’aide classique, la coopération internationale privilégie désormais des investissements capables de produire des effets durables sur la compétitivité des économies nationales.

Dans cette perspective, les infrastructures ne sont plus de simples ouvrages publics. Elles deviennent des instruments de souveraineté économique, de cohésion territoriale et de transformation sociale.

Le suivi rigoureux assuré par le Fonds d’Abu Dhabi illustre cette nouvelle approche. Il ne s’agit plus seulement de financer des projets, mais d’accompagner leur exécution jusqu’à leur pleine réalisation afin de garantir des résultats mesurables pour les populations concernées.

À travers ces corridors routiers qui prennent forme du Golfe de Guinée jusqu’à l’océan Indien, c’est une certaine idée du développement africain qui se dessine. Un développement fondé sur la mobilité, l’intégration régionale et la création de richesses durables. Dans un continent appelé à accueillir une part croissante de la population mondiale au cours des prochaines décennies, la qualité des infrastructures ne sera pas seulement un facteur de croissance. Elle sera l’un des fondements de sa puissance future.

FIN/INFOSGABON/SO/2026

Copyright Infos Gabon

LIRE AUSSI Spiro, le pari africain qui change la donne

Related Posts

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *