Economie Social

Au Gabon, l’ordinateur ne suffit pas : il faut bâtir l’université du futur

Libreville, Lundi 20 octobre 2025 (Infos Gabon) – L’initiative présidentielle « Un étudiant, un ordinateur » est une promesse tenue, un geste symbolique fort, une main tendue à la jeunesse. Mais derrière l’image éclatante d’une jeunesse souriante recevant son outil numérique, une question plus vaste s’impose : qu’allons-nous en faire ?

Distribuer un ordinateur, c’est bien. Construire un écosystème éducatif qui donne sens à cet outil, c’est mieux. L’enjeu, ici, n’est pas tant la technologie que la cohérence : sans électricité stable, sans connexion Internet fiable, sans encadrement pédagogique, l’ordinateur risque de devenir un simple miroir de nos ambitions inachevées.

Un outil sans environnement devient un symbole sans utilité

Dans un pays où l’accès au logement étudiant demeure un luxe, où les bibliothèques manquent d’ouvrages récents et où l’encadrement académique reste inégal, la fracture numérique ne se résorbe pas à coups de matériel. Elle se comble par une vision d’ensemble : celle d’une éducation où le savoir, la technologie et la dignité marchent ensemble.

Le numérique peut transformer la vie de l’étudiant gabonais — lui permettre de suivre des cours en ligne, d’accéder aux bibliothèques virtuelles du monde, de créer, d’innover, de dialoguer avec le monde. Mais encore faut-il lui en donner les moyens.

À quoi bon un ordinateur flambant neuf si la connexion est intermittente, si les campus ferment à 18 heures, si la formation au digital se résume à des slogans ?

Former, accompagner, connecter

Il est temps de dépasser le geste politique pour bâtir une politique publique durable. L’État, les entreprises et les universités doivent s’unir dans une même vision : celle d’un Gabon apprenant et productif, où chaque ordinateur offert devient un instrument de transformation collective.

Associer des opérateurs comme Gabon Telecom, Airtel ou GVA, créer des centres de formation numérique dans chaque campus, garantir une maintenance technique et un accès Internet permanent, voilà la suite logique du programme. Faute de quoi, cette belle initiative risque de s’arrêter à la photo du jour.

L’éducation n’est pas un gadget

L’éducation, comme l’a souligné Nelson Mandela en disant que c’est “l’arme la plus puissante que l’on puisse utiliser pour changer le monde”, et selon Émile Durkheim, elle est l’action des générations adultes sur les plus jeunes, afin de les préparer à la vie sociale, “ne doit donc pas être un acte ponctuel, mais un écosystème”. C’est un souffle continu, une organisation cohérente qui exige pédagogie, suivi, exigence et moyens.

Le geste du Chef de l’État ouvre une brèche d’espérance. Mais il appelle aussi à une introspection collective : quelle place voulons-nous donner à la connaissance dans la société gabonaise ?

La jeunesse gabonaise a soif d’apprendre, d’inventer, de s’accomplir. Elle a besoin de symboles, oui, mais surtout de systèmes. Un ordinateur ne remplacera jamais un enseignant passionné, une bibliothèque ouverte, un logement décent ou un laboratoire équipé.

Mais il peut être la clé d’un renouveau — si l’on décide enfin de traiter le savoir non comme une dépense, mais comme un investissement national. Et le Pr Simplice Désiré Mamboula, ministre de l’Enseignement supérieur, ne dira pas le contraire.

Le numérique comme miroir de nos ambitions

Le programme « Un étudiant, un ordinateur » restera dans les annales comme le début d’un cycle. Un cycle où le numérique devient le miroir de nos ambitions éducatives.

Ce que nous ferons de ces ordinateurs dira beaucoup de ce que nous voulons faire de notre jeunesse. Le Président a posé la première pierre. Il appartient désormais à toute la société — ministères, enseignants, opérateurs, parents, étudiants — d’en bâtir la maison.

Car au fond, la vraie révolution n’est pas dans la machine.
Elle est dans l’esprit qu’on y met. Et c’est là que commence la transformation du Gabon.

FIN/INFOSGABON/SO/2025

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