Economie

Bois : la dépendance chinoise, talon d’Achille du modèle gabonais

Libreville, Samedi 2 Mai 2026 (Infos Gabon) – À Libreville, la filière bois s’impose comme l’un des symboles les plus visibles de la transformation économique du Gabon.

Industrialisation accélérée, exportations en hausse, montée en puissance des capacités locales : tout semble indiquer que le pari de la transformation sur place est en train d’être gagné. Pourtant, derrière cette dynamique, un déséquilibre structurel fragilise l’ensemble : une dépendance massive à un seul marché, la Chine.

Une transformation industrielle indéniable

Depuis l’interdiction d’exporter des grumes en 2010, le pays a profondément restructuré sa filière. L’émergence de la zone économique spéciale de Nkok, développée en partenariat avec le groupe Olam (ARISE – GSEZ), a permis l’installation d’un tissu industriel dense.

Aujourd’hui, scieries modernes, unités de placage et chaînes de production de contreplaqué ont fait du Gabon un leader africain dans la transformation du bois. Les exportations hors pétrole ont progressé, confirmant l’ambition de diversification économique.

Une dépendance commerciale préoccupante

Mais cette réussite repose sur un pilier unique. Près de 80 % des produits transformés sont exportés vers la Chine, où ils alimentent une industrie du meuble et de la construction en constante demande.

Cette concentration expose directement le Gabon aux cycles économiques chinois. Chaque ralentissement à Pékin se répercute sur les chaînes de production gabonaises : baisse des commandes, tensions sur l’emploi, fragilisation des recettes d’exportation.

Une chaîne de valeur partiellement captée

Plus préoccupant encore, une part importante des unités industrielles est détenue ou contrôlée par des opérateurs étrangers, majoritairement asiatiques. Ces acteurs maîtrisent souvent l’ensemble de la chaîne : de l’approvisionnement en bois à la transformation, jusqu’à l’exportation vers leurs marchés d’origine.

Résultat : une partie significative de la valeur ajoutée échappe encore à l’économie nationale. Si les volumes produits augmentent, les marges les plus stratégiques (commerciales et logistiques) sont souvent captées en dehors du territoire gabonais.

Le défi de la diversification des marchés

Autre fragilité : la perte progressive des marchés européens. Les exigences du nouveau cadre réglementaire de l’Union européenne, notamment en matière de traçabilité et de lutte contre la déforestation, compliquent l’accès à ces débouchés à forte valeur ajoutée.

Faute de conformité rapide aux standards internationaux (certification, géolocalisation des parcelles, transparence), le Gabon risque de rester enfermé dans une dépendance quasi exclusive à l’Asie, limitant ses marges de manœuvre.

Entre opportunité et vulnérabilité

Le paradoxe est désormais clair : sans la demande chinoise, la transformation locale n’aurait probablement jamais atteint une telle échelle. Mais avec elle, le pays peine à maîtriser pleinement sa rente forestière.

Les autorités ont engagé des réformes, évoquant notamment une révision du cadre forestier et un objectif de généralisation du bois certifié. Reste à savoir si ces ambitions pourront être traduites en actions concrètes et rapides.

Un tournant stratégique pour l’après-pétrole

La filière bois devait incarner l’alternative au pétrole. Elle en révèle aujourd’hui les limites. Car remplacer une dépendance par une autre ne constitue pas une transformation durable.

Pour Libreville, l’enjeu dépasse le secteur forestier : il s’agit de reprendre le contrôle de la chaîne de valeur, diversifier les partenaires et renforcer les exigences de durabilité.

Sans cela, le modèle restera performant en apparence, mais vulnérable en profondeur. Et dans un monde de plus en plus instable, cette fragilité pourrait coûter bien plus cher que les gains actuels.

FIN/INFOSGABON/SO/2026

Copyright Infos Gabon

LIRE AUSSI Gabon : la révolution silencieuse de la fonction publique

Related Posts

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *