Data centers : l’Afrique investit massivement, mais reste marginale dans la course mondiale
Libreville, Mardi 24 Février 2026 (Infos Gabon) – L’Afrique construit, accélère et multiplie les projets de centres de données. Pourtant, malgré une croissance spectaculaire de ses capacités, le continent demeure un acteur quasi invisible à l’échelle mondiale.
C’est le paradoxe mis en lumière par le rapport Data Center en Afrique 2026, publié par l’Association des Data Center Africains (ADCA) en partenariat avec Rising Advisory.
Une croissance rapide, une présence toujours marginale
Selon l’étude, 238 mégawatts (MW) de capacité sont actuellement en construction, soit une augmentation estimée à 66 % de l’infrastructure existante. À première vue, la dynamique est impressionnante. Les investissements se multiplient, portés par l’essor du cloud, de la numérisation des services publics et des ambitions liées à l’intelligence artificielle.
Mais derrière cette progression, un chiffre interpelle : même si l’ensemble des projets annoncés se concrétise, l’Afrique ne représentera que 0,6 % de la capacité informatique mondiale.
Autrement dit, le continent triple ses capacités, tout en restant largement en marge de la puissance de calcul globale.
Des infrastructures en avance sur la demande
Autre enseignement du rapport : en dehors de l’Afrique du Sud, le taux moyen d’occupation des data centers plafonne autour de 33 %. Ce faible niveau suggère que les infrastructures sont déployées en anticipation d’une demande qui tarde encore à se matérialiser.
Les acteurs du secteur misent sur une montée en puissance future des besoins liés au cloud computing et à l’intelligence artificielle. Mais pour l’instant, la consommation locale de services numériques à grande échelle reste limitée, freinée par des marchés fragmentés et des environnements réglementaires parfois instables.
L’énergie, nouveau verrou stratégique
Longtemps, la fibre optique constituait le principal défi technique du développement numérique africain. Aujourd’hui, le goulot d’étranglement se situe ailleurs : l’énergie.
Le rapport souligne que les pertes sur les réseaux électriques peuvent atteindre jusqu’à 20 % dans certains hubs majeurs. Or, les centres de données sont particulièrement énergivores. Sans fiabilité et stabilité du réseau électrique, leur rentabilité et leur compétitivité restent fragiles.
Cette contrainte énergétique redessine les priorités d’investissement : la souveraineté numérique passe désormais par la souveraineté énergétique.
Une fracture computationnelle en expansion
Les auteurs évoquent une « fracture computationnelle » croissante. L’expression désigne l’écart grandissant en matière de puissance de calcul entre l’Afrique et les grandes régions technologiques du monde.
Cette disparité ne se limite pas à une question d’infrastructures. Elle a des implications directes sur la capacité du continent à développer ses propres solutions d’intelligence artificielle, à héberger ses données stratégiques et à maîtriser ses flux numériques.
La version française du rapport, dont le lancement officiel est prévu le 24 février 2026, devrait approfondir les spécificités de l’Afrique de l’Ouest et de l’Afrique du Nord, deux régions où les ambitions numériques se heurtent encore à des défis structurels.
En somme, l’Afrique investit dans le béton et les serveurs. Mais sans transformation énergétique, demande locale solide et cadre réglementaire harmonisé, le continent risque de construire des infrastructures modernes, sans encore peser réellement dans l’économie mondiale de la donnée.
FIN/INFOSGABON/SO/2026
Copyright Infos Gabon

















