Décentralisation au Gabon : L’heure des résultats
Libreville, Samedi 10 Octobre 2026 (Infos Gabon) – À Franceville, la décentralisation gabonaise est confrontée à son véritable enjeu, celui de transformer les compétences transférées aux communes en services publics plus efficaces, en villes mieux organisées et en ressources financières durables.
La deuxième journée de la 6ème Assemblée générale extraordinaire des maires du Gabon, jeudi, a placé cette exigence au cœur des débats. Réunis autour du thème « Décentralisation pour une meilleure gestion urbaine afin de bâtir des communes fortes de la Vème République », les élus et responsables administratifs ont confronté leurs approches sur l’autonomie locale, le financement des collectivités, la planification urbaine et la gestion des déchets.
Au-delà des principes institutionnels, les interventions des panelistes ont mis en évidence une question décisive pour l’avenir des territoires. Comment permettre aux communes de disposer des moyens, des compétences et des outils nécessaires pour répondre aux attentes des populations sans dépendre excessivement des arbitrages budgétaires de l’État ?
L’autonomie locale, de la compétence aux moyens
Le premier panel, animé par Aimé Roger Mouloungui Maganga, conseiller juridique du ministre de l’Intérieur, a porté sur les défis et les perspectives d’une décentralisation effective. Les échanges ont souligné que l’autonomie des collectivités ne peut se limiter à un principe administratif. Elle suppose des responsabilités clairement définies, des capacités opérationnelles et des ressources à la hauteur des missions confiées aux communes.
Cette question financière a été au centre de l’intervention du maire de Port-Gentil, Pascal Houangni Ambourouet. En abordant la mobilisation des recettes locales et les conditions d’une gouvernance financière durable, il a appelé les communes à réduire leur dépendance aux dotations budgétaires. Son approche repose notamment sur la diversification des ressources et la capacité à attirer les investissements directs étrangers.
En s’appuyant sur l’expérience chinoise, l’élu a également plaidé pour des méthodes modernes de pilotage et de gestion des projets. L’enjeu est de faire évoluer la gestion communale vers une logique de résultats, dans laquelle la programmation des investissements, le suivi de leur exécution et l’évaluation de leur impact occupent une place centrale.
Cette orientation pose toutefois une exigence de fond. Attirer des investisseurs ne suffit pas. Les collectivités doivent aussi être en mesure de présenter des projets crédibles, de sécuriser leur mise en œuvre et de démontrer leur utilité économique et sociale. L’autonomie financière se construit ainsi autant par la mobilisation des recettes que par la qualité de la gestion publique.
Planifier les villes, sécuriser les finances
Le maire d’Owendo, Arnaud Sandri Nombo, a déplacé le débat vers la planification urbaine et la gestion durable des territoires. Son intervention a mis l’accent sur la nécessité de disposer d’outils adaptés pour construire des communes modernes, résilientes et mieux organisées.
La planification ne relève pas uniquement de l’aménagement de l’espace. Elle conditionne aussi la capacité des municipalités à anticiper les besoins en infrastructures, à organiser l’occupation du territoire et à accompagner la croissance urbaine. Sans vision cohérente, les investissements risquent de se disperser et les collectivités de multiplier les réponses ponctuelles au détriment d’un développement structuré.
Davy Ndze-Nze Ndong, directeur général des Collectivités locales, a pour sa part rappelé que la mobilisation des ressources dépend notamment de la capacité des communes à concevoir des projets attractifs et structurants. Il a cité le Plan national de croissance et de développement, les plans locaux de développement et le Fonds de péréquation parmi les instruments susceptibles de soutenir la mise en œuvre de la décentralisation.
Les interventions de Wilfried Nzamba Mangala, directeur général du Budget et des Finances, et de Luther Steeven Abouna Yangui, directeur général de la Comptabilité publique, ont complété cette approche par un volet opérationnel. Les deux responsables ont détaillé les procédures financières applicables aux collectivités, en insistant sur l’exécution budgétaire, le contrôle des dépenses et la reddition des comptes.
Ces mécanismes sont essentiels. Une décentralisation efficace ne repose pas seulement sur la disponibilité des financements, mais aussi sur leur utilisation régulière, transparente et conforme aux règles. La qualité de la dépense publique devient ainsi un indicateur aussi important que le volume des ressources mobilisées.
La salubrité, révélateur de la gouvernance communale
La dernière communication, assurée par le professeur Alain Souza, directeur général de l’Enseignement supérieur, a porté sur la gestion durable des déchets plastiques et organiques. Le cadre réglementaire, la sensibilisation des populations et la promotion de l’économie circulaire ont été présentés comme des leviers d’action pour les communes.
Ce sujet rappelle que la gouvernance locale se mesure aussi dans la vie quotidienne. Collecte des déchets, propreté des quartiers et valorisation des matières récupérables mobilisent des moyens financiers, une organisation technique et une coopération constante entre municipalités, opérateurs et habitants. La transition vers une économie circulaire peut également ouvrir des perspectives économiques, à condition que les dispositifs envisagés soient adaptés aux capacités locales.
Les échanges de Franceville dessinent ainsi les contours d’une décentralisation appelée à dépasser le transfert formel de compétences. Les communes doivent pouvoir financer leurs priorités, planifier leur développement, maîtriser leurs dépenses et améliorer concrètement les services rendus aux citoyens.
La réussite de cette ambition dépendra désormais de la traduction des recommandations en décisions applicables, assorties de moyens et d’un suivi effectif. Une commune forte n’est pas celle qui accumule les compétences sur le papier, mais celle qui transforme ses responsabilités en résultats visibles pour sa population. C’est à cette mesure, et non au seul discours institutionnel, que se jugera l’efficacité de la décentralisation dans la Vème République.
FIN/INFOSGABON/SO/2026
Copyright Infos Gabon
LIRE AUSSI Mborantsuo : de la Constitution à la transmission du savoir

















