Environnement

Échec du traité plastique à Genève : entre fracture écologique et bataille économique

Libreville, Vendredi 15 Août 2025 (Infos Gabon) – L’issue des négociations de Genève sur un traité international contraignant contre la pollution plastique n’a surpris que les plus optimistes. Derrière l’image d’un blocage diplomatique se cache un bras de fer bien plus large, où environnement et économie s’entrechoquent frontalement.

En coulisses, l’industrie pétrochimique, soutenue par plusieurs puissances productrices d’hydrocarbures, a pesé de tout son poids pour freiner toute réduction drastique de la production de plastiques à usage unique. Officiellement, l’argument est économique : limiter cette production reviendrait à couper l’un des moteurs de croissance et d’emplois dans des pays où la pétrochimie est un pilier stratégique.

En Afrique, cette ligne de défense trouve un écho particulier. La Chambre africaine de l’énergie (AEC) avait prévenu : un accord trop ambitieux sur le plastique risquait d’étouffer des économies déjà fragiles mais riches en pétrole et en gaz, comme le Gabon, l’Angola, le Ghana ou le Sénégal. Pour ces nations, la pétrochimie n’est pas seulement un secteur industriel, c’est un levier de diversification économique, un outil de souveraineté énergétique et une promesse d’industrialisation rapide.

Le rejet du traité à Genève offre donc, pour elles, un sursis. Mais il souligne aussi un paradoxe : le continent africain, victime directe de la pollution plastique, c’est-à-dire des rivières engorgées aux côtes asphyxiées, se retrouve dans la position inconfortable de défendre le statu quo par nécessité économique.

Sur le plan géopolitique, l’échec de Genève illustre la difficulté de bâtir un consensus mondial lorsque les intérêts économiques de grandes puissances et d’alliés régionaux sont en jeu. Les pays industrialisés, moteurs de la production de plastiques depuis des décennies, plaident aujourd’hui pour la sobriété, mais leurs solutions heurtent de plein fouet les trajectoires de développement de pays émergents qui cherchent encore à combler leur retard industriel.

Cet épisode montre que la bataille contre la pollution plastique ne pourra se gagner uniquement dans les salles de conférence. Sans mécanismes financiers massifs pour compenser les pertes industrielles et accompagner une transition juste, chaque future négociation risque de buter sur la même équation insoluble : comment sauver la planète sans brider la croissance des économies qui n’ont pas encore profité pleinement de leurs ressources ?

FIN/INFOSGABON/SO/2025

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