Economie

Énergie : le pari stratégique du Gabon

Libreville, Jeudi 9 Avril 2026 (Infos Gabon) – Dans un contexte marqué par des délestages persistants et une pression croissante sur les infrastructures, le Gabon franchit une étape décisive dans la refondation de son secteur énergétique.

Réunis mercredi à l’occasion de la 10e édition du Marché africain de l’énergie (AEMP) à Libreville, autorités, partenaires internationaux et investisseurs ont lancé les bases d’un Pacte énergétique national ambitieux, censé conduire le pays vers l’accès universel à l’électricité d’ici 2030. Au-delà des discours, c’est une transformation structurelle qui s’engage, entre souveraineté, attractivité économique et urgence sociale.

Libreville, carrefour stratégique de la transition énergétique

Organisée au Nomad Suites Résidence, la rencontre s’inscrit dans le cadre de l’initiative continentale « Mission 300 », portée notamment par la Banque africaine de développement (BAD) et la Banque mondiale (BM), visant à raccorder 300 millions d’Africains à l’électricité d’ici 2030.

Dès l’ouverture, le maire de Libreville, Pierre Matthieu Obame Etoughé, a posé les termes du débat : « Une énergie fiable et accessible, c’est une meilleure qualité de vie pour nos concitoyens ». Derrière cette évidence, une réalité plus brutale : celle d’une capitale encore fragilisée par des coupures récurrentes, révélatrices des limites du système actuel.

Un Pacte énergétique pour 2030 : ambition et urgence

Représentant le Vice-président du gouvernement, le ministre de l’Intérieur Adrien Nguema Mba a présenté le Pacte énergétique national comme une feuille de route stratégique visant trois objectifs majeurs : garantir l’accès universel à l’électricité d’ici 2030, diversifier le mix énergétique et promouvoir des solutions durables et propres.

« L’Africa Energy Marketplace constitue une plateforme idéale pour redéfinir les contours de nos partenariats », a-t-il déclaré, appelant à transformer les engagements politiques en financements concrets. Cet appel à la mobilisation traduit une prise de conscience : l’énergie est désormais un enjeu de souveraineté nationale autant qu’un levier de croissance.

Le paradoxe gabonais : produire sans distribuer

L’un des moments forts des travaux est venu du ministre de l’Accès universel à l’Eau et à l’Énergie, Philippe Tonangoye, qui a levé un coin du voile sur les causes réelles des délestages. Contrairement à une idée répandue, le problème n’est pas uniquement la production. « L’énergie existe, mais il y a un problème pour la transporter », a-t-il expliqué.

En cause : des infrastructures vieillissantes, notamment entre Owendo et Bisségué, une fragmentation du réseau électrique, ainsi que des insuffisances dans la planification énergétique. Ces « délestages programmés » révèlent une défaillance structurelle : un système incapable d’acheminer efficacement l’énergie produite.

Des financements massifs pour une réforme profonde

Pour corriger ces déséquilibres, le Gabon peut compter sur un soutien international significatif. Un financement de 85 milliards de FCFA a déjà été mobilisé via un programme appuyé par la Banque mondiale. Mais l’ampleur des besoins est bien supérieure. Selon les estimations, près de 1,6 milliard de dollars seront nécessaires pour mettre en œuvre le Pacte énergétique.

Le vice-président de la BAD, Kevin Kariuki, a salué les performances du pays, avec un taux d’accès à l’électricité de 94 %, tout en soulignant le défi restant. « Il faut encore raccorder près de 494 000 personnes pour atteindre l’objectif de 2030 », a-t-il indiqué.

Mission 300 : le Gabon dans la dynamique continentale

L’intégration du Gabon dans la « Mission 300 » marque un tournant. Le pays rejoint une dynamique africaine visant à accélérer l’électrification à grande échelle.

Pour Sergio Portatadino du Tony Blair Institute, le potentiel du Gabon est considérable. « Le Gabon a de très grandes ressources hydroélectriques, du gaz et aussi du solaire », a-t-il expliqué. Mais ce potentiel reste sous-exploité. Le diagnostic met en évidence : une production inférieure aux capacités installées, un manque de coordination entre énergie et approvisionnement en gaz, des difficultés de recouvrement des factures, ainsi qu’une priorisation encore insuffisante des projets.

Cinq piliers pour refonder le système énergétique

Le Pacte énergétique national repose sur une architecture claire, articulée autour de cinq axes : Renforcement de la production et des réseaux ; Intégration énergétique régionale ; Accès universel et solutions de cuisson propre ; Mobilisation accrue du secteur privé ; Amélioration de la viabilité financière du secteur.

Cette approche globale traduit une volonté de sortir d’une logique d’urgence pour entrer dans une planification stratégique de long terme.

Un enjeu social, économique et politique majeur

Au-delà des chiffres et des infrastructures, l’enjeu est profondément humain. L’accès à l’électricité conditionne à la fois le développement industriel, l’accès à l’eau potable, la sécurité urbaine, l’éducation et la santé. Il s’agit donc d’un levier transversal de transformation.

Mais il y a aussi une dimension politique. En érigeant l’énergie en priorité nationale, le pouvoir envoie un signal fort : celui d’un État qui entend reprendre la main sur un secteur clé de la vie quotidienne.

Le test de la crédibilité

Le Pacte énergétique national est plus qu’un projet technique : c’est un test de crédibilité pour l’État gabonais. Les annonces sont ambitieuses, les financements identifiés, les partenaires mobilisés. Mais l’histoire récente du secteur énergétique africain rappelle une réalité implacable : les promesses ne suffisent pas, seule l’exécution compte.

Si le Gabon parvient à transformer cette feuille de route en résultats concrets, il pourrait devenir un modèle régional et un futur hub énergétique en Afrique centrale. Dans le cas contraire, il risque de prolonger un paradoxe déjà bien connu : celui d’un pays riche en ressources, mais encore en quête d’énergie fiable pour tous.

L’enjeu est clair : faire de l’électricité non plus un privilège, mais un droit effectif pour chaque citoyen.

FIN/INFOSGABON/SO/2026

Copyright Infos Gabon

LIRE AUSSI Gabon : un nouvel ordre numérique sous haute surveillance

Related Posts

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *