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Énergie : les réseaux deviennent le nouveau front du travail

Libreville, Mardi 6 Octobre 2026 (Infos Gabon) – La transition énergétique ne se gagnera pas uniquement dans les centrales, les parcs renouvelables ou les laboratoires. Elle se jouera aussi dans les réseaux électriques, dans les compétences disponibles et dans la capacité des entreprises à transformer leurs chaînes de production.

C’est l’un des enseignements majeurs des échanges organisés le 29 septembre à Milan dans le cadre du 120ᵉ anniversaire de la Confédération générale italienne du travail (CGIL), consacré aux transformations du travail et aux grands bouleversements économiques et technologiques.

Au cœur du débat, l’intervention de Vincenzo Ranieri, directeur général d’E-Distribuzione, société du groupe Enel et principal opérateur italien de distribution et de comptage électrique, a déplacé le regard : la transition n’est pas seulement une question d’énergie produite, mais une question d’infrastructures capables de transporter cette énergie, de travailleurs capables de les moderniser et d’entreprises capables de suivre le mouvement.

« Le rythme de la transition sera déterminé par les réseaux, les chaînes d’approvisionnement de la production et la main-d’œuvre », a souligné Ranieri. Une formule qui résume une transformation désormais systémique : électrifier davantage l’économie sans moderniser les réseaux reviendrait à construire une nouvelle économie énergétique sur des infrastructures anciennes.

Le réseau, infrastructure stratégique

L’essor des énergies renouvelables, la multiplication des producteurs décentralisés, l’électrification des usages et la numérisation des réseaux bouleversent progressivement le modèle électrique traditionnel. Le consommateur devient aussi, dans certains cas, producteur. Les flux d’électricité se complexifient et les infrastructures doivent gagner simultanément en capacité, en flexibilité et en résilience.

Cette mutation suppose des investissements considérables, mais aussi une autre manière de penser la planification énergétique. La transition ne peut être réduite au remplacement d’une source d’énergie par une autre. Elle implique de repenser toute la chaîne : production, transport, distribution, stockage, équipements, maintenance et usages.

E-Distribuzione a déjà inscrit cette évolution dans un vaste programme d’investissement. Selon les éléments présentés lors des débats, le développement de son réseau a mobilisé environ 40 milliards d’euros et permis de connecter quelque deux millions de producteurs, notamment des ménages et de petits opérateurs.

La question des réseaux devient ainsi une question industrielle. Chaque retard dans leur modernisation peut ralentir le raccordement de nouvelles capacités de production et, par conséquent, freiner l’ensemble de la transition.

La bataille des compétences

Mais une infrastructure, aussi performante soit-elle, ne fonctionne pas sans les femmes et les hommes capables de la concevoir, de la piloter et de la maintenir. C’est ici que le débat énergétique rejoint directement celui sur l’avenir du travail.

La transformation du système électrique crée de nouveaux besoins en ingénierie, en maintenance, en numérique, en cybersécurité, en analyse des données et en gestion des infrastructures. Elle impose aussi de renouveler les compétences dans des métiers existants et d’accompagner les salariés dont les fonctions évoluent.

C’est précisément l’un des intérêts de la réflexion portée à Milan : ne pas dissocier la transition technologique de sa dimension sociale. La CGIL avait organisé cette première journée autour de plusieurs grandes mutations, de l’intelligence artificielle à la transition énergétique, avec l’idée de placer la personne au centre des transformations.

Le sujet dépasse largement l’Italie. Pour les économies européennes comme pour de nombreux pays émergents ou en voie de développement dont le Gabon qui est en chantier, la disponibilité de compétences techniques devient un facteur aussi stratégique que l’accès aux capitaux ou aux technologies. La transition énergétique créera de la valeur à condition que les travailleurs puissent être formés aux métiers qu’elle fait émerger.

Une transition qui redessine le modèle économique

C’est également ce qui donne à la célébration des 120 ans de la CGIL une portée particulière. Fondée à Milan en 1906, l’organisation syndicale avait alors pour ambition de fédérer des travailleurs issus de métiers et de territoires différents. Cent vingt ans plus tard, le défi n’est plus seulement de défendre le travail dans un monde industriel : il est de comprendre comment le travail lui-même se transforme sous l’effet de l’énergie, du numérique, de l’intelligence artificielle et des nouvelles chaînes de valeur.

La deuxième journée des célébrations, le 30 septembre au Teatro alla Scala, a donné à cette réflexion une dimension institutionnelle particulière avec la présence du président de la République, Sergio Mattarella. La cérémonie a retracé l’histoire de la CGIL tout en ouvrant une réflexion sur son avenir.

L’enjeu de fond est désormais mondial. Une transition énergétique réussie ne pourra pas être simplement mesurée en tonnes de carbone évitées ou en mégawatts renouvelables installés. Elle devra également être évaluée par les emplois qu’elle crée, les compétences qu’elle développe, les industries qu’elle consolide et la capacité des territoires à bénéficier de cette transformation.

À Milan, le message est donc plus large qu’un débat sur l’électricité. Il rappelle que l’énergie est devenue une infrastructure du développement et que les réseaux en constituent l’ossature. Mais il rappelle surtout une évidence trop souvent séparée des politiques climatiques : il n’y aura pas de transition durable sans travailleurs formés pour la conduire, ni de transformation énergétique réussie sans une stratégie industrielle capable d’en distribuer les bénéfices.

FIN/INFOSGABON/SO/2026

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