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Esclavage : le Gabon choisit son camp

Libreville, Jeudi 26 Mars 2026 (Infos Gabon) – Dans un vote chargé d’histoire et de symboles, le Gabon s’est clairement positionné.

À l’Assemblée générale de l’Organisation des Nations unies, Libreville a soutenu sans ambiguïté la résolution reconnaissant la traite transatlantique et l’esclavage comme des crimes contre l’humanité. Derrière ce choix diplomatique, se dessine bien plus qu’un simple alignement : une affirmation politique, historique et identitaire qui dépasse largement le cadre du vote.

Adopté à une large majorité sous l’impulsion du Ghana, ce texte consacre une vérité longtemps portée par les peuples africains et leurs diasporas. Mais il ne s’arrête pas à la reconnaissance. Il ouvre la voie à une exigence plus dérangeante : celle de la réparation. Une notion qui, pour beaucoup d’États occidentaux, reste encore un terrain sensible, voire conflictuel.

En se rangeant du côté du Groupe africain, le Gabon ne fait pas qu’accompagner un mouvement. Il en épouse la logique profonde : celle d’une justice historique qui ne peut être dissociée des réalités contemporaines. Car derrière les mots « esclavage » et « traite transatlantique », ce sont des héritages bien vivants qui sont pointés, notamment les inégalités économiques, la marginalisation structurelle, ainsi que les fractures sociales persistantes.

Ce positionnement tranche avec celui de certains pays qui ont rejeté ou contourné le texte, invoquant des arguments juridiques ou politiques. À l’inverse, Libreville assume une lecture éthique de l’histoire : reconnaître, c’est déjà réparer en partie ; refuser, c’est prolonger le silence.

Mais cette prise de position pose aussi une question essentielle : que faire après la reconnaissance ? Car le véritable enjeu commence maintenant. Les réparations ne peuvent se limiter à des déclarations ou à des restitutions ponctuelles d’objets culturels. Elles impliquent une refonte des rapports économiques, une relecture des mécanismes de domination et une volonté réelle d’inclusion dans les circuits mondiaux de pouvoir et de richesse.

Pour les Africains et les afrodescendants, cette résolution agit comme un levier. Elle légitime des revendications longtemps marginalisées et redonne une centralité à une mémoire trop souvent reléguée. Elle ouvre également un espace de dialogue, mais aussi de tension, entre mémoire et responsabilité. Le Gabon, en soutenant ce texte, envoie un signal fort : celui d’un pays qui refuse de dissocier passé et présent, et qui entend inscrire la justice historique au cœur des équilibres futurs.

Reste une interrogation fondamentale, que ce vote remet brutalement sur la table : la reconnaissance suffit-elle à transformer le monde, ou n’est-elle qu’une étape vers des bouleversements plus profonds que certains ne sont pas encore prêts à accepter ?

FIN/INFOSGABON/SO/2026

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