Fégafoot : une élection gelée, un système sous tension
Libreville, Lundi 13 Avril 2026 (Infos Gabon) – Le football gabonais traverse une zone de turbulence où se joue bien plus qu’un simple renouvellement de dirigeants. À quelques jours d’un scrutin annoncé comme décisif, la FIFA a choisi de suspendre le processus électoral de la Fédération gabonaise de football (Fégafoot) et de le reporter à décembre 2026.
Une décision exceptionnelle qui intervient dans un contexte de défiance croissante, alors que le pays tente de reconstruire son image sportive après l’échec cuisant de la CAN 2025 au Maroc.
Derrière ce report, une réalité dérangeante s’impose : le football gabonais fonctionne encore, pour une large part, en dehors des normes administratives et juridiques. Paul Ulrich Kessany, le ministre des Sports qui a décidé avec son collègue de l’intérieur, a mis en avant la nécessité d’un assainissement en profondeur, évoquant des associations et ligues non reconnues. En réponse, la FIFA accorde un délai de huit mois pour remettre de l’ordre, avec la promesse d’un « guichet unique » censé régulariser l’ensemble des acteurs. Ce n’est donc plus seulement une élection qui est en jeu, mais une refondation du système.
Pourtant, cette pause institutionnelle ne change rien à l’équilibre du pouvoir. À la tête de la fédération depuis plus d’une décennie, Pierre-Alain Mounguengui reste en fonction. Seul candidat validé avant le report, il s’acheminait vers une réélection sans opposition, ouvrant la voie à un quatrième mandat de quatre ans. Une situation qui cristallise les critiques et alimente un sentiment de verrouillage au sein de l’opinion sportive.
Car au-delà des arguments administratifs, c’est la question démocratique qui se pose. Comment relancer un football en crise sans débat, sans alternative, sans confrontation de projets ? Pour de nombreux observateurs, cette élection avortée ressemblait davantage à une formalité qu’à un véritable choix collectif.
Les contestations se multiplient. Après l’Union Sportive d’Oyem, l’Association Omnisports du Centre Mbérie Sportif est montée au créneau pour dénoncer les dérives du processus. Son président fondateur, Bosco Alaba Fall, évoque sans détour une « mise en scène électorale », pointant l’absence de pluralité et les risques de manipulation. Ces prises de position traduisent un malaise profond : celui d’un football en quête de crédibilité.
Dans les coulisses, les tensions sont palpables. Clubs, anciens joueurs et acteurs du milieu dénoncent des pressions et réclament davantage de transparence. L’enjeu dépasse la seule fédération : il s’agit de redonner confiance à un écosystème fragilisé, où la performance sportive ne peut être dissociée de la qualité de la gouvernance.
Ce moment de blocage peut toutefois devenir une opportunité. En imposant un délai et des exigences, la FIFA et les autorités gabonaises ouvrent une fenêtre pour repenser les règles du jeu. Professionnalisation des structures, clarification des statuts, renforcement des mécanismes démocratiques : autant de chantiers indispensables pour reconstruire durablement.
Car l’échec de la CAN 2025 n’est pas qu’un accident sportif. Il est le symptôme d’un système à bout de souffle. Sans réforme en profondeur, les mêmes causes produiront les mêmes effets.
En définitive, le report de cette élection agit comme un révélateur. Il met à nu les fragilités d’un football gabonais en quête de renouveau, mais aussi les résistances d’un modèle installé depuis plus d’une décennie. Entre continuité et rupture, le pays se trouve à la croisée des chemins.
Le temps accordé jusqu’en décembre 2026 ne devra pas être un simple sursis. Il devra être celui d’un choix clair : préserver un statu quo contesté ou engager enfin la transformation attendue. Car pour le Gabon, relancer son football, ce n’est pas seulement gagner des matchs. C’est reconstruire une institution crédible, à la hauteur des ambitions nationales.
Signalons que l’élection qui devrait également avoir lieu le 25 avril prochain au Comité National Olympique Gabonais (CNOG) a également été reportée pour les mêmes motifs. Outre la FIFA, le gouvernement a également saisi la Confédération Africaine de Football (CAF) et le Comité international olympique (CIO), afin de les informer de cette démarche.
FIN/INFOSGABON/SO/2026
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