Fegafoot : une élection verrouillée pour relancer un football en crise
Libreville, Samedi 28 Mars 2026 (Infos Gabon) – À quelques semaines d’un scrutin censé incarner un nouveau départ, le football gabonais se retrouve face à une équation paradoxale : relancer une discipline en crise sans véritable compétition électorale.
Le 27 mars 2026, la commission électorale de la Fédération gabonaise de football (Fegafoot) a tranché : un seul dossier de candidature a été jugé conforme. Celui de Pierre Alain Mounguengui, président sortant, désormais seul en lice pour l’élection du 18 avril.
Dans un contexte marqué par l’échec cuisant du Gabon à la Coupe d’Afrique des Nations 2025, cette absence de concurrence interroge autant qu’elle inquiète.
Une élection sans suspense, un système sous tension
Officiellement, les autres candidatures ont été rejetées pour « irrégularités ». Mais derrière cet argument administratif se dessine une réalité plus politique : l’accès à la présidence de la fédération semble de plus en plus restreint.
Les critères d’éligibilité, notamment les exigences de parrainage, ont agi comme un filtre drastique. Résultat : un scrutin vidé de son incertitude, où l’issue paraît connue avant même le vote. Pour de nombreux observateurs, cette configuration affaiblit la crédibilité du processus électoral et renforce l’image d’un système verrouillé.
Dans ces conditions, difficile de parler de débat démocratique ou de confrontation de projets. La fonction semble se perpétuer dans une forme de continuité institutionnelle, où la stabilité prend le pas sur le renouvellement.
Douze ans de pouvoir, et après ?
À la tête de la FEGAFOOT depuis douze ans, Pierre Alain Mounguengui brigue un quatrième mandat. Une longévité qui, en soi, pourrait être un gage d’expérience. Mais elle soulève aussi une question centrale : celle du bilan.
Car le football gabonais traverse une période délicate. Résultats sportifs en baisse, organisation interne critiquée, difficultés structurelles persistantes. L’élimination précoce de l’équipe nationale à la CAN 2025 a agi comme un révélateur brutal des limites actuelles du système.
Dans ce contexte, l’élection à venir aurait pu être l’occasion d’un débat de fond sur les réformes nécessaires : formation des jeunes, professionnalisation des clubs, gouvernance, attractivité du championnat. Au lieu de cela, elle se profile comme une formalité.
Relancer sans se réinventer ?
Le véritable enjeu dépasse donc la seule question électorale. Il concerne la capacité du football gabonais à se réinventer. Peut-on impulser une nouvelle dynamique sans renouvellement des idées ni ouverture du jeu institutionnel ?
Certes, la stabilité peut favoriser la continuité des projets. Mais elle peut aussi freiner l’innovation, surtout dans un environnement en mutation rapide, où les standards du football africain évoluent sous l’effet de la concurrence et de la professionnalisation accrue.
Le risque est clair : maintenir un statu quo alors que le besoin de transformation est urgent.
Un tournant manqué ou une dernière chance ?
Sauf improbable retournement de situation, le scrutin du 18 avril devrait consacrer la reconduction de Pierre Alain Mounguengui. Reste à savoir ce que ce nouveau mandat portera réellement. Sera-t-il celui d’une continuité assumée, au risque de prolonger les fragilités actuelles ? Ou celui d’un sursaut, d’une réforme interne profonde capable de redonner au football gabonais l’élan qu’il a perdu ?
Plus qu’une simple élection, c’est un test de crédibilité pour toute une institution. Car après l’échec de la CAN 2025, le temps n’est plus à la gestion ordinaire. Il est à la reconstruction. Et cette reconstruction ne pourra se faire sans courage politique, ni sans une véritable ouverture du jeu.
FIN/INFOSGABON/SO/2026
Copyright Infos Gabon
LIRE AUSSI Sommet de l’OEACP à Malabo : le pari économique d’Oligui Nguema

















