Foncier numérique : Le Gabon face au défi de la transparence
Libreville, Jeudi 15 Octobre 2026 (Infos Gabon) – La transformation numérique du foncier gabonais entre dans une phase où les annonces doivent désormais céder la place aux résultats. Derrière la volonté de dématérialiser les procédures et de fiabiliser les données cadastrales se joue une question essentielle pour l’État et les citoyens, celle de la sécurisation de la propriété, de la transparence administrative et de la confiance dans les documents qui établissent les droits sur les terrains.
Le ministre du Logement, de l’Habitat, de l’Urbanisme et du Cadastre, Mays Mouissi, a reçu lundi Nina Natacha Sackemounou, secrétaire permanente de la CNTIPPEE, accompagnée de représentants de Gabon Digital, pour examiner la contribution possible du programme à cette réforme. Aucun accord spécifique ni financement dédié au cadastre n’a été annoncé à l’issue de l’audience.
Un chantier administratif aux conséquences économiques
Le foncier dépasse largement la gestion des parcelles. Il conditionne l’accès à la propriété, la réalisation de projets immobiliers, la sécurité des investissements et, plus largement, la capacité de l’administration à prévenir les contestations. Lorsque les données sont dispersées, incomplètes ou contradictoires, les démarches deviennent plus difficiles à traiter et les usagers peuvent se retrouver confrontés à des délais et à des incertitudes coûteuses.
Le système envisagé doit centraliser les informations cadastrales, améliorer l’identification des parcelles et réduire les doublons ou les incohérences entre les fichiers. L’objectif est également de simplifier les formalités, d’accélérer le traitement des dossiers et d’augmenter la production des titres fonciers. Ces effets restent toutefois attendus. Leur réalisation dépendra de la qualité des données initiales, de leur mise à jour et de la capacité des services concernés à travailler à partir d’informations compatibles.
Gabon Digital et SNEDAI, deux leviers à coordonner
L’éventuelle participation de Gabon Digital s’inscrit dans un programme soutenu par la Banque mondiale, qui a accordé au Gabon un prêt de 68,5 millions de dollars en janvier 2024 pour accélérer la numérisation des services publics. Ce financement porte sur la transformation numérique de l’administration au sens large. Il ne constitue pas, à lui seul, la preuve qu’une enveloppe précise a été réservée à la digitalisation du cadastre.
En parallèle, le ministère du Logement a signé, le 14 septembre 2026, un protocole avec SNEDAI Groupe, représenté par son président-directeur général, Adama Bictogo. Le partenariat prévoit la préparation d’un système destiné à consolider les données foncières et cadastrales. Une phase pilote a été envisagée dans la province de l’Estuaire, notamment dans le Grand Libreville, tandis que l’implication de l’Agence nationale des infrastructures numériques et des fréquences (ANINF) figure parmi les étapes annoncées. Le 12 octobre, Mays Mouissi a demandé d’accélérer les travaux et de préparer le déploiement des premiers lots, sans qu’un calendrier détaillé soit rendu public.
La priorité est donc moins de multiplier les annonces que d’assurer la cohérence des interventions. La réussite du chantier suppose une coordination entre le Logement, l’Économie, l’Économie numérique, les services cadastraux et les partenaires techniques. Elle exige aussi des règles claires sur l’accès aux données, leur protection, leur correction et la responsabilité des administrations qui les utilisent.
La confiance se mesurera aux résultats
La numérisation ne garantit pas automatiquement la transparence. Un fichier informatisé peut accélérer les procédures, mais il ne résout pas à lui seul les erreurs anciennes, les conflits de propriété ou les faiblesses du contrôle administratif. Il faudra donc rendre les démarches plus lisibles, assurer la traçabilité des opérations et permettre aux usagers de comprendre comment leurs dossiers sont traités.
Pour les citoyens comme pour les investisseurs, l’enjeu est concret. Un cadastre fiable doit réduire l’incertitude, faciliter les transactions et renforcer la sécurité des droits sans créer de nouvelles barrières numériques. Le Gabon dispose désormais de plusieurs initiatives et partenaires pour avancer dans cette direction. La prochaine étape sera décisive, car c’est dans le déploiement effectif, l’interconnexion des services et les bénéfices observables pour les usagers que se jugera la portée de la réforme.
FIN/INFOSGABON/SO/2026
Copyright Infos Gabon
LIRE AUSSI Eurobond : Le Gabon lève 580 millions de dollars mais reste sous pression

















