Economie

Gabon : 51 milliards pour desserrer l’étau sur les entreprises

Libreville, Mardi 11 Août 2026 (Infos Gabon) – À l’approche du 66ᵉ anniversaire de l’indépendance, le gouvernement gabonais veut transformer une dette longtemps vécue comme un frein en levier de relance.

Reçu lundi 10 août au Palais de la Rénovation avec plusieurs dirigeants de PME et de PMI, le patronat gabonais a obtenu une annonce financière majeure du président Brice Clotaire Oligui Nguema. Au total, 51 milliards de francs CFA de créances publiques doivent être mobilisés, avec une priorité affichée aux entreprises nationales et à la préservation de l’emploi.

La rencontre avec la Fédération des Entreprises du Gabon, conduite par son président Alain Kouakoua, avait une portée qui dépassait le simple échange institutionnel. Elle intervient alors que les retards de paiement de l’État pèsent directement sur la trésorerie de nombreuses entreprises, leur capacité à honorer leurs engagements, à maintenir leurs effectifs et à investir.

La première enveloppe annoncée atteint 21 milliards de francs CFA, correspondant à 1 478 ordonnances de paiement couvrant la période 2022-2026. Elle doit notamment bénéficier aux PME actives dans le BTP, l’entretien, l’approvisionnement en carburant et la fourniture de produits alimentaires. À cette somme s’ajoutent 30 milliards de francs CFA destinés aux opérateurs des secteurs forêt-bois et minier.

L’effort global porte ainsi à 51 milliards le montant annoncé pour l’apurement progressif des créances dues par l’État.

Une bouffée d’oxygène, mais aussi une obligation de résultat

L’annonce répond à une difficulté centrale de l’économie gabonaise. Lorsqu’une entreprise dépend de commandes publiques et attend durablement leur règlement, la dette de l’État devient mécaniquement une dette qui se propage dans toute la chaîne économique. Fournisseurs impayés, investissements reportés, recrutements différés et fragilisation des emplois peuvent alors s’enchaîner.

Le paiement annoncé doit donc produire un effet bien au-delà des comptes des entreprises bénéficiaires. Il peut restaurer de la liquidité, permettre la reprise de certains investissements et contribuer à maintenir des activités et des emplois.

Mais le chef de l’État a parallèlement fixé une ligne de conduite. Le règlement des créances publiques devra respecter les procédures de contrôle, de gestion et de transparence prévues par la Ve République. Les entreprises dont les créances n’ont pas encore été enregistrées sont invitées à se rapprocher de la Task Force, de la Direction générale du Budget et du Trésor public afin de faire auditer leurs prestations.

Cette exigence est essentielle. L’apurement d’une dette publique ne peut être durablement crédible que s’il repose sur des créances établies, contrôlées et documentées. La volonté d’accélérer les paiements s’accompagne donc d’une exigence de traçabilité.

Du remboursement à la transformation économique

Le message adressé aux entrepreneurs ne s’arrête cependant pas au paiement des factures. Brice Clotaire Oligui Nguema les a appelés à transformer les ressources récupérées en capacités productives, en investissements et en emplois.

Le président souhaite également voir émerger des entreprises gabonaises de taille plus importante. Son appel à la mutualisation des compétences et au regroupement des PME vise précisément à dépasser la fragmentation d’un tissu entrepreneurial souvent constitué de structures de taille limitée. L’objectif est de faire émerger des acteurs capables de répondre à des marchés publics plus importants et de porter des projets structurants.

La formule présidentielle résume cette orientation avec force. « La force d’un État, ce n’est pas l’administration. C’est le secteur privé. » Elle traduit une volonté de repositionner l’entreprise comme l’un des moteurs de la transformation économique nationale, plutôt que comme un simple prestataire de l’administration.

Cette vision impose toutefois une responsabilité réciproque. L’État doit payer les prestations régulièrement exécutées. Les entreprises, elles, doivent respecter leurs engagements, faire preuve de rigueur et de transparence dans l’exécution des marchés publics.

Le gouvernement a d’ailleurs reçu instruction d’accélérer le paiement des créances régulièrement établies afin de préserver la continuité des activités économiques et des chantiers.

L’enjeu des 51 milliards dépasse donc leur montant. Leur véritable impact se mesurera à leur capacité à remettre de la circulation dans l’économie, préserver des emplois et financer de nouvelles capacités de production. Le pari du pouvoir est clair. Faire de l’apurement de la dette intérieure non pas une simple opération comptable, mais un point de départ pour renforcer un secteur privé gabonais capable de produire davantage, d’employer davantage et, à terme, de porter lui-même une part croissante de la souveraineté économique du pays.

FIN/INFOSGABON/SO/2026

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