Gabon : Akendengué revient à la source
Libreville, Vendredi 17 Juillet 2026 (Infos Gabon) – Il existe des artistes qui traversent les générations et des artistes qui finissent par incarner une nation entière. Pierre Claver Akendengué appartient à cette seconde catégorie. Depuis plus d’un demi-siècle, sa voix accompagne les mutations du Gabon, ses espoirs, ses blessures et ses rêves.
Le 1er août prochain, l’auteur de Africa Obota accomplira pourtant un geste inédit dans sa carrière exceptionnelle. Pour la première fois, il se produira à Omboué, dans cette terre de l’Ogooué-Maritime où sont nées les racines profondes de son inspiration artistique.
Le choix du stade d’Omboué pour accueillir le concert hommage intitulé “Retour aux sources originelles” dépasse largement la simple programmation culturelle. Il s’agit d’un retour symbolique vers le lieu où s’est forgée l’une des œuvres musicales les plus influentes du continent africain.
Car si Pierre Claver Akendengué a chanté sur les plus grandes scènes d’Afrique, d’Europe, d’Amérique et d’Asie, il n’avait encore jamais offert ce rendez-vous à cette partie du Gabon qui l’a vu grandir et qui continue de nourrir son imaginaire artistique.
Une œuvre née de la mémoire des anciens
À quelques kilomètres d’Omboué se trouve Awuta, village natal du musicien. C’est dans cet environnement fait de récits initiatiques, de chants traditionnels, de proverbes et de savoirs ancestraux transmis par les anciens que s’est construite la sensibilité artistique du futur ambassadeur culturel du Gabon. Les villages d’Awuta, d’Irizé ou encore de Nandipo constituent le socle invisible d’une œuvre qui a toujours puisé sa force dans le dialogue permanent entre modernité et tradition.
Pour Richard Auguste Onouviet, vice-président du label ROMEPA et porte-parole de l’initiative qui s’est exprimé jeudi à l’occasion d’une conférence de presse à Libreville, le concert du 1er août ne peut être réduit à une simple représentation musicale. Selon lui, Pierre Claver Akendengué revient avant tout rencontrer ceux qui continuent de vivre à travers sa musique, ces figures tutélaires qui ont façonné sa pensée et inspiré son parcours artistique.
Le thème retenu, Retour aux sources originelles, prend alors une dimension presque spirituelle. Il évoque autant la mémoire collective que le devoir de transmission. L’image du poème de Birago Diop, Les morts ne sont pas morts, convoquée par les organisateurs, résume parfaitement l’esprit de cette célébration où passé, présent et avenir se rejoignent dans un même hommage.
Une célébration populaire de la culture gabonaise
Le caractère gratuit du concert constitue l’un des choix les plus forts de cette initiative. Dans un contexte où les grands événements culturels deviennent souvent inaccessibles à une partie importante des populations, les organisateurs ont fait le pari inverse en privilégiant l’ouverture et le partage. Autour de Pierre Claver Akendengué se retrouveront plusieurs générations d’artistes gabonais, notamment Hilarion Nguema, Claude Damas Ozimo, Prisca Allong et Poussy.
La programmation illustre une volonté assumée de créer un dialogue entre les héritiers de la tradition musicale gabonaise et les nouvelles voix de la scène contemporaine. Cette rencontre artistique se veut également un acte de transmission, à l’image du parcours de celui qui demeure l’une des références majeures de la musique africaine francophone.
Au-delà du concert lui-même, les promoteurs espèrent voir la célébration se prolonger spontanément dans les quartiers d’Omboué à travers des bals populaires et des animations communautaires capables de transformer cette journée en véritable fête collective.
Le patrimoine culturel comme enjeu stratégique
Derrière cet événement se dessine également une réflexion plus large sur la préservation du patrimoine immatériel gabonais. Le label ROMEPA, créé autour de Richard Onouviet, Michel Essonghé et Pierre Akendengué lui-même, entend inscrire cette démarche dans la durée.
Sa mission dépasse la seule organisation d’événements. Elle vise la sauvegarde, la valorisation et la transmission d’un héritage artistique qui appartient désormais à toute une nation. L’annonce prochaine d’un nouvel album de Pierre Claver Akendengué confirme d’ailleurs que cette mémoire demeure vivante, créative et tournée vers l’avenir.
Dans un monde où les identités culturelles subissent les effets de l’uniformisation mondiale, le retour du baobab de la musique gabonaise sur la terre qui l’a vu naître prend une portée particulière. Le 1er août prochain, Omboué n’accueillera pas seulement un concert.
La ville assistera au retour d’un enfant prodige devenu patrimoine national et figure majeure de la conscience culturelle africaine. Et peut-être, le temps d’une soirée, le Gabon retrouvera dans la voix de Pierre Claver Akendengué une partie de sa propre mémoire.
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