Gabon : ARCEP, le dialogue devient un outil de régulation
Libreville, Vendredi 21 Août 2026 (Infos Gabon) – Le secteur numérique gabonais entre dans une nouvelle phase de régulation. Jeudi à Libreville, l’Autorité de régulation des communications électroniques et des postes a installé un comité d’échanges réunissant le régulateur, les opérateurs et les représentants des consommateurs. L’initiative répond à une réalité devenue difficile à contourner. À mesure que les services numériques prennent une place centrale dans l’économie et la vie quotidienne, les tensions autour de la qualité des services, des droits des usagers, des coûts et des responsabilités des acteurs exigent désormais davantage qu’une intervention ponctuelle du régulateur.
Présidée par le président du Conseil de régulation de l’ARCEP, Célestin Kadjidja, cette nouvelle instance entend instaurer un dialogue permanent entre les différentes composantes de l’écosystème. L’ambition affichée est de passer d’une régulation essentiellement corrective à une démarche davantage fondée sur l’anticipation, l’écoute et la recherche de solutions concertées. Dans un marché où les évolutions technologiques sont rapides et où les attentes des consommateurs progressent au même rythme, cette transformation du dialogue institutionnel pourrait devenir un facteur déterminant de stabilité.
Prévenir les conflits plutôt que les subir
Le principal intérêt de ce comité réside dans sa vocation à rapprocher des acteurs dont les intérêts ne sont pas toujours convergents. Les opérateurs cherchent à préserver leurs investissements et leur capacité d’innovation, tandis que les consommateurs attendent une qualité de service constante, des réponses rapides et une meilleure protection de leurs droits. Entre les deux, le régulateur doit garantir les règles du jeu et défendre l’intérêt général.
Célestin Kadjidja a précisément insisté sur cette nécessité d’un cadre permanent de concertation, capable de favoriser une compréhension mutuelle et de faire émerger des réponses concrètes avant que les différends ne s’installent. Cette approche traduit une évolution importante de la régulation. Dans un secteur aussi sensible que les communications électroniques, traiter un conflit après son apparition peut s’avérer coûteux pour toutes les parties. L’anticiper permet, au contraire, de préserver la confiance dans le marché et d’éviter que les consommateurs ne soient les premiers à supporter les conséquences des dysfonctionnements.
La voix des usagers devra cependant rester au centre du dispositif. Le président de SOS Consommateurs, Christian Abiaghe, a salué la création de cet espace tout en appelant à une prise en compte plus large des préoccupations liées à l’utilisation des équipements électroniques. Il a notamment mis en avant la question environnementale et la gestion des déchets générés par le développement du numérique. Une manière de rappeler que la protection du consommateur ne se limite plus à la qualité d’une connexion ou à la résolution d’une réclamation.
Des outils pour mesurer et répondre
L’ARCEP entend parallèlement renforcer les moyens permettant aux utilisateurs de faire entendre leur voix. La réactivation du centre d’appels au 1331 constitue l’un des instruments annoncés pour faciliter les échanges avec les parties prenantes. Une adresse électronique doit également compléter ce dispositif afin de rendre les démarches plus accessibles.
L’Autorité a par ailleurs présenté l’application DQS, conçue pour mesurer la qualité des services et de la connectivité. Derrière cet outil se joue un enjeu majeur. La régulation ne peut être efficace que si elle repose sur des données suffisamment précises pour identifier les insuffisances, comparer les performances et orienter les décisions. La mesure de la qualité de service peut ainsi contribuer à rendre les opérateurs davantage responsables de leurs engagements tout en donnant aux consommateurs des éléments plus objectifs sur la performance réelle des réseaux.
Cette démarche prend une importance particulière dans un pays où la transformation numérique constitue désormais un levier de développement économique, administratif et social. L’accès à Internet et aux services de communication n’est plus seulement une question technique. Il touche directement l’activité des entreprises, l’accès aux services publics, l’éducation, les transactions financières et la compétitivité du pays.
La création de ce comité constitue donc moins un simple rendez-vous institutionnel qu’un test de maturité pour l’écosystème numérique gabonais. Son efficacité dépendra de sa capacité à produire des résultats concrets, à assurer une représentation réelle des consommateurs et à transformer les échanges en décisions suivies d’effets.
L’ARCEP ouvre ainsi un espace dont la pertinence se mesurera dans la durée. Si le dialogue devient régulier, transparent et orienté vers des solutions, le régulateur pourra consolider son rôle de médiateur et de garant de l’équilibre du secteur. Le véritable enjeu n’est donc pas seulement de faire parler les acteurs du numérique autour d’une même table. Il est désormais de faire de cette table un lieu où les problèmes sont identifiés plus tôt, où les responsabilités sont assumées et où l’intérêt du consommateur cesse d’être une préoccupation secondaire pour devenir l’un des critères centraux de la régulation.
FIN/INFOSGABON/SO/2026
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