Politique

Hollando, le Gabon choisit de regarder son passé en face

Libreville, Vendredi 21 Août 2026 (Infos Gabon) – À Libreville, la mémoire nationale gagne un nouveau lieu de recueillement. En marge des célébrations du 66ᵉ anniversaire de l’indépendance, la « Place des exécutés d’Hollando », située à proximité du monument Georges Damas Aleka, est désormais mise en valeur comme un espace consacré au souvenir des hommes condamnés à mort et exécutés entre 1979 et 1985. Loin des monuments célébrant les victoires et les grandes figures nationales, ce site rappelle une autre histoire, plus douloureuse, que le Gabon choisit désormais d’inscrire dans son paysage mémoriel.

Face à la mer, six colonnades blanches disposées en arc de cercle donnent au lieu une architecture à la fois sobre et solennelle. Au centre, des plaques portent en lettres dorées les noms de plusieurs personnes exécutées durant cette période. Jean-Baptiste Medang-Ovono et Pierre Mouemba figurent parmi les premiers noms inscrits, exécutés le 18 juillet 1979. Ferdinand Nzigou Boulingui, Souleymane Massala et Christophe Mickoto Mombo ont été exécutés le 1er décembre 1982. Le capitaine Alexandre Mandja Ngokouta, condamné après une tentative de coup d’État, figure également sur le mémorial, avec la date de son exécution, le 11 août 1985.

La portée du lieu dépasse toutefois l’identité des personnes qui y sont mentionnées. En donnant une existence publique à ces noms, le Gabon transforme une page longtemps confinée à la mémoire familiale ou aux récits historiques en objet de mémoire collective. Le choix de la proximité avec l’espace Georges Damas Aleka n’est pas neutre. D’un côté, la nation célèbre les symboles de son unité, de sa liberté et de sa concorde. De l’autre, elle rappelle les tragédies qui ont marqué son histoire politique. Entre ces deux mémoires se dessine une conception plus mature du récit national, qui ne consiste plus seulement à célébrer, mais aussi à se souvenir.

L’émotion des visiteurs traduit cette dimension. « En me tenant debout ici aujourd’hui, sur cette place du souvenir érigée pour ces hommes, j’ai un frisson qui me traverse le corps », témoigne l’un d’eux. Ce sentiment résume peut-être la vocation première du site. Faire ressentir avant même de raconter.

La Place des exécutés d’Hollando pose ainsi une question essentielle aux générations présentes. Que fait une nation de ses épisodes les plus sombres et de ceux dont les noms ont longtemps risqué de disparaître de la mémoire publique ? La réponse gabonaise semble désormais prendre la forme d’un lieu ouvert, visible et transmissible.

Ce mémorial ne constitue donc pas seulement un aménagement urbain. Il devient un avertissement silencieux sur le prix de la violence politique et judiciaire, tout en invitant à réfléchir au droit à la vie, à la justice et à l’évolution des sociétés. Une nation ne consolide pas sa mémoire en effaçant ses blessures. Elle la renforce lorsqu’elle accepte de les nommer, de les regarder et de les transmettre. À Hollando, Libreville fait précisément ce choix.

FIN/INFOSGABON/SO/2026

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