Economie

Gabon : CIMAF change d’échelle

Libreville, Lundi 24 Août 2026 (Infos Gabon) – Le Gabon s’apprête à franchir un cap dans son ambition d’industrialiser davantage sa production de ciment. Avec 125 milliards de francs CFA d’investissements, CIMAF Gabon engage deux opérations qui pourraient modifier durablement l’équilibre de la filière.

Une usine intégrée à Ntoum et une troisième ligne de production à Owendo doivent à la fois augmenter l’offre nationale, réduire la dépendance aux importations de clinker et accompagner les grands chantiers qui transforment actuellement le pays.

L’annonce intervient alors que les besoins en ciment sont directement liés à l’accélération des programmes de logements, d’infrastructures routières, d’équipements publics et de développement urbain. Le sujet n’est donc pas seulement industriel. Il touche à la capacité du Gabon à disposer, sur son propre territoire, des matériaux nécessaires à sa transformation et à limiter l’exposition de son économie aux fluctuations des marchés extérieurs.

Le premier projet, évalué à 100 milliards de francs CFA, constitue la pièce maîtresse de cette stratégie. Implantée à Ntoum, la future cimenterie intégrée doit notamment produire du clinker à partir du gisement calcaire de Méba. Selon CIMAF, cette intégration ferait passer la part de transformation locale d’environ 25 % aujourd’hui à près de 95 %, réduisant ainsi fortement le recours à l’importation de clinker. La mise en service est annoncée pour fin 2028.

Produire davantage, transformer davantage

Cette évolution change la nature même de la filière. Jusqu’ici, une partie importante de la chaîne de valeur échappait au territoire gabonais. Produire localement le clinker, principal produit intermédiaire nécessaire à la fabrication du ciment, revient à déplacer vers le Gabon une étape industrielle stratégique.

CIMAF estime que cette intégration pourrait notamment réduire une sortie annuelle de devises évaluée à près de 40 millions d’euros, tout en améliorant la résilience de la filière face aux tensions logistiques et aux variations des marchés internationaux. Il s’agit d’un enjeu particulièrement important pour un pays qui cherche à renforcer sa souveraineté industrielle et à conserver davantage de valeur sur son territoire.

Le second investissement, de 25 milliards de francs CFA, est beaucoup plus immédiat. La troisième ligne de production du site d’Owendo doit apporter un million de tonnes supplémentaires par an. La capacité totale de CIMAF Gabon atteindra alors environ 1,85 million de tonnes annuelles, contre 850 000 tonnes auparavant. Son entrée en service est prévue en septembre 2026.

Ce calendrier est déterminant. La nouvelle capacité doit permettre de répondre à une demande intérieure que CIMAF estime autour de 900 000 tonnes par an, tout en donnant au pays une marge supplémentaire pour accompagner l’augmentation des besoins liée aux travaux d’infrastructures.

L’enjeu dépasse le ciment

L’intérêt de ces investissements se mesure aussi à leurs effets sur l’économie réelle. La future usine de Ntoum devrait mobiliser près de 1 400 emplois pendant sa construction, puis environ 500 emplois directs et indirects lors de son exploitation, selon CIMAF. Le groupe prévoit également de développer un réseau de sous-traitance privilégiant les entreprises gabonaises.

Cette dimension répond directement aux attentes exprimées par les autorités gabonaises. En décembre 2025, la présidence avait indiqué que l’État détenait désormais 10 % du capital de CIMAF Gabon, tout en demandant au groupe d’accorder une place accrue aux compétences nationales et aux entreprises locales dans la sous-traitance.

Le pari consiste donc à éviter qu’un investissement étranger se limite à importer des équipements, produire et vendre. Le véritable rendement attendu pour le pays est plus large. Il doit se traduire par de la formation, des emplois, des fournisseurs locaux, des recettes, une capacité industrielle accrue et une plus grande maîtrise de la chaîne de valeur.

C’est précisément ce qui donne à l’opération CIMAF une portée stratégique. Le ciment est le matériau de base de presque toute transformation physique du pays. Routes, ponts, écoles, hôpitaux, logements, marchés et ouvrages industriels en dépendent. Sécuriser son approvisionnement revient donc, indirectement, à sécuriser une partie du calendrier des grands investissements publics et privés.

Le gouvernement devra néanmoins veiller à ce que l’augmentation de la capacité se traduise effectivement par une offre régulière et des conditions de prix compatibles avec les objectifs de construction. L’autosuffisance productive ne vaut que si elle améliore concrètement la disponibilité du produit et la compétitivité de l’économie.

Avec 125 milliards de francs CFA, CIMAF ne se contente donc pas d’agrandir ses installations. L’entreprise se positionne au cœur d’un changement de modèle industriel. Pour le Gabon, le véritable enjeu sera de transformer cette capacité nouvelle en valeur locale durable.

Produire son propre clinker, augmenter sa capacité de ciment et développer les compétences gabonaises ne constituent pas trois objectifs séparés. Ils forment les trois piliers d’une même ambition, faire en sorte que les grands chantiers du pays ne soient plus seulement construits au Gabon, mais qu’ils contribuent aussi davantage à construire une industrie gabonaise.

FIN/INFOSGABON/SO/2026

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