Economie

Gabon : Comilog, l’après-mine commence déjà à Moanda

Libreville, Lundi 21 Septembre 2026 (Infos Gabon) – À Moanda, le changement de direction annoncé le 16 septembre 2026 ouvre une nouvelle séquence pour Comilog. À compter du 1er janvier 2027, Issempedjeno Ngaka succédera à Léod-Paul Batolo à la tête de la filiale gabonaise d’Eramet, après près de huit années de direction.

Au-delà de la succession des dirigeants, le passage de relais invite surtout e transformation locale. C’est là que se mesurera la portée réelle de la succession ouverte en 2027.

À Moanda, la question n’est plus seulement de savoir combien de tonnes de manganèse Comilog peut extraire. Elle porte désormais sur ce que cette richesse minérale laisse derrière elle, dans l’économie locale, les infrastructures, les compétences et les activités capables de survivre au cycle minier. Le départ annoncé de Léod-Paul Batolo, qui quittera ses fonctions d’administrateur directeur général le 1er janvier 2027 au profit d’Issempedjeno Ngaka, intervient ainsi à un moment où la filiale gabonaise d’Eramet doit franchir une nouvelle étape.

Entre 2019 et 2026, Comilog n’a pas seulement consolidé son appareil productif. L’entreprise a progressivement déplacé une partie de son action vers une question plus complexe, celle de la transformation économique des territoires miniers. Cette évolution apparaît dans les programmes de responsabilité sociétale, les investissements dans les infrastructures, l’accompagnement de l’entrepreneuriat et la volonté affichée de réduire la dépendance des communautés à l’activité extractive.

De la logique de compensation à celle de l’autonomisation

Pendant des décennies, la présence d’une compagnie minière dans une ville comme Moanda s’est principalement mesurée à travers les emplois, les infrastructures et les recettes générées par l’exploitation. Cette équation reste centrale. Mais elle ne suffit plus à répondre aux attentes d’un territoire dont l’avenir ne peut dépendre indéfiniment d’une ressource non renouvelable.

C’est précisément sur ce terrain que la stratégie RSE de Comilog a évolué. L’entreprise présente désormais la diversification économique comme un axe stratégique visant à favoriser la création de valeur locale, l’entrepreneuriat et l’inclusion économique. Le Fonds d’Amorçage, créé avec l’État gabonais en 2022, illustre cette orientation avec un objectif de soutien aux petites et microentreprises dans les territoires traversés par le Transgabonais. À fin 2025, Comilog indique avoir consacré 2,5 milliards de FCFA à ce dispositif, avec 27 entrepreneurs financés et 138 bénéficiaires d’un accompagnement destiné à renforcer leurs capacités.

L’enjeu est considérable. Il ne s’agit plus seulement de construire une école, une route ou un réseau d’eau, mais de créer les conditions permettant à une activité économique locale de continuer à fonctionner indépendamment de la mine.

La logique apparaît également dans les actions consacrées à la formation, au numérique, à l’agriculture ou à l’entrepreneuriat. Le FabLab de Moanda, les programmes de formation, les initiatives en faveur des jeunes et le dispositif « Un Taxi, un Emploi, un Avenir » témoignent de cette volonté de multiplier les possibilités de revenus en dehors de l’exploitation minière.

Une présence industrielle qui devient aussi territoriale

Cette évolution ne signifie pas pour autant que Comilog se détourne de son cœur industriel. La performance minière demeure le socle économique qui permet de financer les investissements, les emplois et une partie des engagements sociaux. Les résultats publiés pour 2024 montrent d’ailleurs une entreprise confrontée, comme l’ensemble du secteur, aux fluctuations des marchés. La production de minerai de manganèse s’est établie à 6,8 millions de tonnes cette année-là, en recul de 8 % sur un an, tandis que le chiffre d’affaires consolidé atteignait 718,1 milliards de FCFA.

Cette réalité rappelle une donnée fondamentale pour le Gabon. La diversification des territoires miniers ne peut être pensée contre l’industrie extractive, mais à partir de sa capacité à générer des ressources, des infrastructures, des compétences et des marchés.

Le transfert récent à l’État gabonais d’infrastructures d’une valeur de 6,47 milliards de FCFA donne une illustration concrète de cette articulation. À Lékolo II, une station de traitement de l’eau dessert 417 logements, tandis que deux forages renforcent les capacités de production. Ces équipements sont désormais appelés à s’inscrire dans le patrimoine et les politiques publiques nationales.

Le mouvement est révélateur d’une évolution du rôle de l’entreprise. L’objectif n’est plus uniquement de produire dans un territoire, mais de contribuer à y laisser des actifs, des compétences et des capacités susceptibles de continuer à produire des effets au-delà de la seule activité minière.

Ngaka face au défi de la transformation

C’est dans cette configuration que s’ouvre le mandat d’Issempedjeno Ngaka. La succession ne constitue donc pas une simple alternance managériale. Elle intervient au moment où les acquis industriels doivent désormais être convertis en une nouvelle étape de création de valeur.

Le premier défi sera de préserver la compétitivité de l’outil minier tout en poursuivant les investissements nécessaires à sa modernisation. Le second sera plus structurel pour le Gabon, celui d’aller plus loin dans la transformation locale du manganèse et dans la montée en gamme des activités associées à cette ressource.

Le complexe métallurgique de Moanda constitue déjà une première réponse à cette ambition. Mais la véritable question des prochaines années sera de savoir jusqu’où le pays peut pousser cette logique, en développant davantage de compétences industrielles, de sous-traitance locale, de services spécialisés et de valeur ajoutée autour du manganèse.

Sur le terrain social, la trajectoire est également appelée à changer. Le rapport RSE de Comilog présente désormais l’autonomisation des populations et la diversification comme une nouvelle orientation de long terme. L’entreprise devra donc démontrer que les mécanismes mis en place peuvent produire des activités économiquement viables et durables, plutôt que de rester dépendants des financements de la compagnie.

Le passage de Batolo à Ngaka intervient ainsi à un moment charnière. Le premier laisse une organisation industrielle renforcée et une politique territoriale progressivement structurée. Le second devra déterminer jusqu’où ces fondations peuvent conduire Comilog et, au-delà, contribuer à l’ambition gabonaise de mieux valoriser ses ressources.

Le véritable indicateur du prochain cycle ne sera donc pas uniquement le volume extrait. Il se mesurera aussi à la capacité de Moanda et du Haut-Ogooué à développer, autour de la mine, une économie plus diversifiée, plus compétitive et davantage capable de créer sa propre dynamique. C’est là que se jouera une partie essentielle de l’après-mine, alors même que la mine demeure aujourd’hui au cœur de l’économie locale.

FIN/INFOSGABON/SO/2026

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