Gabon : Crise à l’EEG, le pouvoir appelé à arbitrer
Libreville, Jeudi 20 Août 2026 (Infos Gabon) – La crise qui traverse l’Église évangélique du Gabon entre désormais dans une phase où la frontière entre autonomie religieuse et intervention publique devient particulièrement sensible. Après la suspension à titre conservatoire du bureau national issu du dernier synode par le ministère de l’Intérieur, le collectif des pasteurs laïcs appelle directement le président Brice Clotaire Oligui Nguema à intervenir pour mettre fin au bras de fer.
Réunis le 18 août à Baraka, les responsables du collectif ont contesté la décision administrative, qu’ils considèrent comme une intrusion dans le fonctionnement interne de l’Église. Leur argument repose sur un principe central. L’EEG, en vertu de ses propres textes et du principe de laïcité, doit pouvoir organiser sa gouvernance, régler ses différends et déterminer ses dirigeants sans intervention de l’État.
Cette contestation renvoie directement au dernier synode de renouvellement de la présidence de l’institution. Le scrutin avait opposé deux candidats issus de la région synodale du Ntem, les révérends Moïse Ovono Megnie et Jean-Daniel Allogo-Essimengane. Ce dernier avait été déclaré vainqueur, mais le résultat demeure contesté, plongeant l’Église dans une crise institutionnelle dont l’issue reste incertaine.
Le paradoxe est désormais manifeste. Alors que les responsables religieux dénoncent l’intervention de l’administration dans leurs affaires, ils sollicitent simultanément l’arbitrage du chef de l’État. Cette contradiction révèle surtout la profondeur de l’impasse. Lorsque les mécanismes internes ne suffisent plus à restaurer l’autorité d’une décision synodale, la tentation de rechercher un arbitre extérieur devient presque inévitable.
Pour le collectif, cependant, la réponse doit rester fondée sur les textes de l’Église. Le synode étant présenté comme l’instance suprême de l’EEG, ses décisions devraient, selon ses membres, être reconnues et appliquées. Leur démarche auprès du président de la République vise ainsi à obtenir une clarification et une sortie de crise, davantage qu’une substitution du pouvoir politique aux autorités religieuses.
L’affaire place donc Brice Clotaire Oligui Nguema devant une équation délicate. Intervenir trop directement pourrait nourrir les accusations d’ingérence. Ne rien faire pourrait prolonger une crise qui affecte une institution religieuse majeure du pays. Le véritable enjeu sera de trouver une voie permettant de favoriser l’apaisement sans fragiliser le principe d’autonomie des communautés religieuses.
Au-delà de la querelle de personnes et de l’issue d’un scrutin contesté, cette crise pose une question plus profonde sur la gouvernance des institutions confessionnelles au Gabon. Elle rappelle que l’autorité ne repose pas uniquement sur la désignation d’un dirigeant, mais également sur la capacité d’une organisation à faire respecter ses règles et à résoudre ses conflits.
L’appel lancé au chef de l’État constitue donc moins un simple épisode dans une crise ecclésiale qu’un révélateur des tensions entre autonomie institutionnelle, autorité administrative et recherche d’un arbitre national. Pour sortir durablement de cette impasse, l’EEG devra surtout retrouver la capacité de faire prévaloir ses propres mécanismes de règlement des différends. C’est à cette condition que l’apaisement pourra être durable et que l’indépendance revendiquée par l’institution retrouvera toute sa portée.
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