Gabon : La bataille de la mémoire s’intensifie
Libreville, Mardi 18 Août 2026 (Infos Gabon) – La refondation d’un État ne se mesure pas uniquement à ses routes, ses bâtiments neufs ou ses indicateurs économiques. Elle se lit aussi dans la manière dont une nation regarde son passé.
Depuis son arrivée au pouvoir, Brice Clotaire Oligui Nguema semble avoir fait de cette idée un axe singulier de son action, en remettant progressivement au centre du projet national des lieux, des objets et des figures que le temps, l’abandon ou l’indifférence avaient relégués à l’arrière-plan.
La démarche prend une dimension particulière à l’occasion du 66ᵉ anniversaire de l’indépendance. Après avoir consacré un espace à Georges Damas-Aleka, auteur et compositeur de l’hymne national La Concorde, le pouvoir gabonais entend inscrire la restauration du patrimoine dans une politique plus large de transmission. L’enjeu dépasse donc la rénovation. Il s’agit de reconstruire un récit national à partir de traces parfois fragilisées de l’histoire du pays.
Réparer ce que le temps avait laissé derrière lui
Le symbole est particulièrement fort lorsqu’il concerne des biens ayant appartenu ou servi sous Omar Bongo Ondimba. Certains véhicules associés à cette période, longtemps immobilisés, font aujourd’hui l’objet d’opérations de restauration. Leur remise en état peut sembler anecdotique. Elle ne l’est pas nécessairement.
Un objet historique n’a pas seulement une valeur matérielle. Il constitue une trace d’une époque, d’un pouvoir, d’une société et d’une mémoire collective. Le préserver permet de documenter l’histoire plutôt que de la laisser disparaître.
La même logique s’observe avec la Cité de la Démocratie. Longtemps délaissé, cet ensemble emblématique connaît une nouvelle vie à travers sa réhabilitation et sa modernisation. Sa restauration dépasse la question architecturale. Elle revient à réhabiliter un lieu associé à l’histoire institutionnelle du Gabon et à lui redonner une fonction dans le présent.
Cette philosophie se retrouve également autour de Léon Mba, premier président de la République. L’extension et la valorisation de son mausolée participent à une volonté de replacer les grandes figures de la construction nationale dans l’espace public.
Le choix est politiquement significatif. Une nation ne peut construire durablement son avenir en effaçant ceux qui ont contribué à bâtir son passé.
De Léon Mba à Damas-Aleka, reconstruire un récit commun
L’inauguration, le 17 août 2026, de la Place de la Concorde Georges Damas-Aleka donne à cette politique une dimension supplémentaire.
Né en 1902 et disparu en 1982, Georges Damas-Aleka fut notamment le premier président de l’Assemblée nationale gabonaise et l’auteur-compositeur de La Concorde, devenue l’hymne national au moment de l’indépendance en 1960. Son parcours politique, administratif, diplomatique et littéraire en fait l’une des figures importantes de la naissance de la République.
En consacrant un espace majeur à son nom, le pouvoir ne célèbre donc pas seulement un homme. Il remet en scène une idée fondamentale contenue dans son œuvre. Celle d’un Gabon uni autour de la paix, de la fraternité et de la concorde.
L’esplanade inaugurée à Libreville a précisément vocation à prolonger cette transmission. Son aménagement comprend une allée destinée aux visiteurs, un bâtiment central accueillant notamment un musée et des espaces de bureaux, ainsi que neuf espaces d’exposition consacrés aux spécificités ethniques, culturelles, artisanales et culinaires des différentes provinces.
Le patrimoine devient ainsi un instrument de cohésion. Montrer la diversité du Gabon dans un même lieu revient à rappeler que les identités provinciales et culturelles ne sont pas nécessairement des lignes de fracture, mais peuvent constituer les composantes d’un même récit national.
Le geste a d’autant plus de portée que Georges Damas-Aleka a été élevé, à titre posthume, au rang de Compagnon de l’Ordre de la Libération au grade de Commandeur. La République entend ainsi inscrire la reconnaissance dans la durée.
Un pays ne se refonde pas en effaçant son histoire
Il faut toutefois mesurer cette politique à son véritable objectif. Restaurer le patrimoine ne peut avoir de sens que si les lieux restaurés deviennent accessibles, entretenus et réellement appropriés par les citoyens.
Un musée fermé, un monument sans médiation historique ou un bâtiment restauré sans fonction durable ne produirait qu’une mémoire décorative. Le véritable défi commence donc après l’inauguration. Il consiste à faire vivre ces lieux, à les intégrer à l’éducation, à la culture, au tourisme et à la recherche, et surtout à permettre aux jeunes générations de comprendre pourquoi ils existent.
C’est là que la démarche engagée peut devenir stratégique. Le Gabon ne cherche pas seulement à rénover des murs. Il peut aussi reconstruire une continuité historique entre les générations, en évitant que les périodes successives de son histoire soient présentées comme des mondes séparés.
D’Omar Bongo Ondimba à Léon Mba, de Georges Damas-Aleka aux grandes institutions de la République, cette politique pose finalement une question plus profonde. Quel récit le Gabon veut-il transmettre de lui-même à ses enfants et au monde ?
La réponse semble se dessiner dans les restaurations engagées. Un État qui protège ses archives, ses monuments, ses objets et la mémoire de ses bâtisseurs affirme qu’il ne veut plus subir l’oubli. La véritable refondation ne consiste donc pas à recommencer l’histoire. Elle consiste à la réparer, à l’assumer et à la transmettre, afin que le Gabon nouveau ne soit pas construit contre le Gabon d’hier, mais avec la mémoire de ce qu’il a été.
FIN/INFOSGABON/SO/2026
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