Politique

Gabon–Émirats, le temps du concret

Libreville, Lundi 7 Septembre 2026 (Infos Gabon) – Le partenariat entre Libreville et Abu Dhabi entre dans une phase où les déclarations doivent désormais produire des capitaux, des infrastructures et des emplois.

Le 5 septembre 2026, le président Brice Clotaire Oligui Nguema a reçu à Libreville Thani bin Ahmed Al Zeyoudi, ministre émirati du Commerce extérieur, venu à la tête d’une délégation associant responsables publics et acteurs économiques.

Au cœur des discussions se trouve le passage à l’exécution du partenariat économique global signé en février, avec une ambition claire, transformer une croissance commerciale déjà rapide en investissements structurants pour le Gabon.

Les chiffres expliquent l’intérêt d’Abu Dhabi. Le commerce non pétrolier entre les deux pays a atteint 320,6 à 320,7 millions de dollars en 2025, soit plus du double du niveau enregistré en 2021. Sur les six premiers mois de 2026, il atteignait déjà 141,7 millions de dollars. La dynamique existe donc. L’enjeu est maintenant de lui donner une profondeur industrielle.

Le CEPA signé le 6 février doit précisément faciliter ce changement d’échelle. Il prévoit une réduction des droits de douane, la suppression de certaines barrières commerciales, un meilleur accès aux marchés de services, un cadre pour le commerce numérique et un mécanisme de règlement des différends. Pour les entreprises, l’objectif est de rendre les échanges plus prévisibles et les investissements plus sécurisés.

Mais un accord commercial n’est jamais une politique industrielle à lui seul. Sa véritable portée dépendra des projets qui en découleront. Les secteurs évoqués par les deux parties sont à cet égard révélateurs. Mines, agriculture, énergie renouvelable, logistique, infrastructures, numérique, santé ou encore transport maritime figurent parmi les domaines susceptibles d’accueillir de nouveaux investissements. La délégation émiratie reçue à Libreville reflète d’ailleurs cette diversité, avec des représentants des secteurs agricole, minier, énergétique, aéronautique, sanitaire et logistique.

Une nouvelle lecture des ressources gabonaises

Pour les Émirats arabes unis, le Gabon présente un double intérêt. Le pays dispose de ressources naturelles importantes, notamment le manganèse, le bois, le pétrole et un potentiel agricole encore largement sous-exploité. Pour Libreville, l’enjeu est précisément d’éviter que cette richesse continue à être principalement exportée sous forme de matières premières.

Le ministre émirati Thani Al Zeyoudi avait déjà souligné, lors de la signature du CEPA, que les ressources brutes représentaient plus de 90 % des exportations gabonaises. L’accord devait donc favoriser la diversification et créer davantage de possibilités dans les secteurs non pétroliers.

Cette orientation rejoint la stratégie gabonaise de transformation. La coopération avec Abu Dhabi peut apporter des capitaux, des technologies et des débouchés. Mais le rapport de force économique ne doit pas être perdu de vue. Attirer des investisseurs ne suffit pas. Libreville devra négocier des conditions qui permettent au pays de conserver une part plus importante de la valeur produite, notamment à travers la transformation locale, la formation de compétences et le développement des entreprises gabonaises.

Le précédent de la centrale solaire de Plaine Ayémé donne déjà une illustration concrète de cette logique. Le projet, porté par SOLEN et développé dans le cadre d’un partenariat public-privé, contribue à diversifier le mix énergétique du Grand Libreville. La nouvelle centrale symbolise ainsi le type d’actifs que le rapprochement avec les Émirats pourrait progressivement multiplier.

Du CEPA aux résultats

Le véritable test du partenariat se situe donc désormais après la signature et les audiences officielles. Les deux gouvernements ont annoncé leur volonté de traduire leurs priorités communes en résultats mesurables.

Pour le Gabon, cela signifie attirer des investissements qui augmentent la capacité productive plutôt que des opérations limitées au commerce de marchandises. Pour les entreprises émiraties, le pays peut servir de plateforme vers l’Afrique centrale grâce à ses infrastructures portuaires, forestières et minières et à sa position dans le golfe de Guinée.

La création d’un Conseil d’affaires conjoint Gabon–Émirats, annoncée lors de la signature du CEPA, doit justement contribuer à rapprocher les secteurs privés des deux pays. Cette dimension est essentielle, car les accords gouvernementaux ne peuvent produire durablement de la croissance sans un pipeline de projets financés et exécutés.

Le président Oligui Nguema a donc devant lui une opportunité importante. Le partenariat avec les Émirats peut devenir un accélérateur de diversification pour le Gabon, à condition qu’il soit piloté avec une logique de création de valeur locale. Chaque projet devra être évalué selon sa capacité à créer des emplois, renforcer les PME nationales, transférer des compétences, développer les exportations et améliorer les infrastructures.

Le sommet du 5 septembre marque ainsi moins un aboutissement qu’un changement de phase. Les deux pays disposent désormais d’un cadre commercial favorable et d’une relation politique étroite. Il leur reste à construire la partie la plus difficile, celle des investissements réellement engagés.

Le Gabon aurait tort de mesurer ce partenariat au seul volume des échanges commerciaux. Le véritable indicateur sera la transformation de son économie. Si les capitaux émiratis permettent au pays de produire davantage, de transformer davantage et d’exporter davantage de produits à valeur ajoutée, le CEPA aura rempli sa promesse. Dans le cas contraire, il restera un accord commercial de plus.

La visite de Thani Al Zeyoudi aura donc servi à poser une question simple mais décisive. Le Gabon peut-il faire des Émirats non seulement un débouché commercial, mais un partenaire de transformation économique ? C’est désormais sur le terrain des projets que la réponse devra être apportée.

FIN/INFOSGABON/SO/2026

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