Gabon : Plaine Ayémé, le solaire entre dans le réseau
Libreville, Dimanche 6 Septembre 2026 (Infos Gabon) – Samedi 5 septembre 2026, à Plaine Ayémé, le Gabon a franchi une nouvelle étape dans sa bataille énergétique. À plus de 30 kilomètres de Libreville, le vice-président du gouvernement, Hermann Immongault, aux cotés du ministre du Commerce extérieur des Émirats arabes unis, a réceptionné la première phase de la centrale solaire construite par le groupe SOLEN.
Derrière les 92 000 panneaux alignés sur 105 hectares se joue un enjeu beaucoup plus vaste, celui de renforcer l’alimentation électrique du Grand Libreville tout en faisant progressivement une place plus importante aux énergies renouvelables dans le mix national.
La première tranche affiche une capacité de 30 MW en courant alternatif et 44 MW en courant continu, avec un stockage de 8 MWh par batteries. Le projet doit à terme atteindre 120 MW et viser quelque 45 000 foyers. Son coût global est annoncé à 150 millions d’euros, soit près de 99 milliards de francs CFA, dans le cadre d’un partenariat public-privé.
La cérémonie de samedi donne surtout une dimension concrète à un projet engagé depuis plusieurs années. La centrale avait été inaugurée une première fois en 2024 avec l’objectif de devenir progressivement un pilier supplémentaire de l’approvisionnement du Grand Libreville. Le passage à cette nouvelle phase traduit donc une volonté d’entrer dans une logique de montée en puissance plutôt que de rester au stade de l’annonce.
Le ministre de l’Accès universel à l’eau et à l’énergie, Philippe Tonangoye, a résumé l’enjeu en affirmant que cette centrale doit « augmenter de manière significative les capacités de production disponibles dans la région de Libreville » tout en introduisant davantage d’énergies renouvelables et propres. Le représentant de SOLEN Gabon, Igor Simard, a pour sa part présenté cette première phase comme « le socle d’une ambition plus large ».
Ces déclarations donnent le sens politique de l’investissement. Pour un pays qui cherche simultanément à répondre aux coupures électriques et à diversifier ses sources de production, le solaire offre une voie complémentaire aux centrales thermiques et hydroélectriques. L’utilisation de batteries constitue également un élément important du dispositif. Elle permet de mieux gérer l’intermittence de la production solaire et d’apporter davantage de flexibilité au système.
Une réponse à l’urgence du Grand Libreville
L’enjeu est particulièrement important dans la région de Libreville, qui concentre une part majeure de la population et de l’activité économique du Gabon. La disponibilité de l’électricité conditionne directement le fonctionnement des ménages, des hôpitaux, des administrations, des commerces et des entreprises.
La mise en service de Plaine Ayémé intervient d’ailleurs dans une séquence où le Gabon multiplie les investissements pour restaurer ses capacités électriques. À Port-Gentil, deux turbines à gaz doivent apporter 50 MW supplémentaires. À Owendo, cinq nouvelles turbines doivent renforcer la centrale d’Akournam avec une capacité cumulée de 100 MW. Le choix apparaît donc comme celui d’un bouquet énergétique combinant réponse immédiate par le thermique et diversification progressive par le renouvelable.
Cette combinaison est importante. Le solaire ne peut, à lui seul, résoudre les contraintes du réseau. La production doit pouvoir être transportée et distribuée sans engorgement, les équipements doivent être entretenus et les capacités de stockage suffisamment performantes. Une centrale supplémentaire n’améliore durablement le service que si l’ensemble de la chaîne électrique progresse simultanément.
Du mégawatt à la souveraineté
Plaine Ayémé pourrait néanmoins devenir un marqueur de la transition énergétique gabonaise. Avec 120 MW visés à terme, le site pourrait prendre une dimension majeure à l’échelle de l’Afrique centrale. Mais sa réussite devra être appréciée sur des critères plus exigeants que la puissance installée. Combien de foyers seront réellement desservis, avec quelle régularité, à quel coût et pendant combien de temps ?
Le projet soulève aussi une question industrielle. Si le Gabon veut faire des renouvelables un secteur stratégique, il lui faudra développer des compétences locales dans l’installation, l’exploitation, la maintenance, le stockage et l’ingénierie. La transition énergétique peut ainsi devenir un nouveau terrain de formation et d’emploi pour une jeunesse qui cherche des débouchés dans des secteurs à forte valeur ajoutée.
L’investissement de Plaine Ayémé prend enfin une dimension géopolitique. La présence du ministre du Commerce extérieur des Émirats arabes unis aux côtés d’Hermann Immongault illustre l’ouverture du Gabon à des partenariats internationaux pour financer sa transformation énergétique. L’enjeu pour Libreville sera de faire en sorte que ces partenariats se traduisent par davantage de capacité nationale, de compétences et de valeur créée localement.
La réception de samedi constitue donc une étape importante, mais pas encore l’aboutissement. Le véritable rendez-vous sera celui de la performance. Si les 45 000 foyers ciblés bénéficient effectivement d’une électricité plus fiable et si l’ensemble du dispositif atteint progressivement les 120 MW annoncés, Plaine Ayémé pourra devenir l’un des projets emblématiques du nouveau paysage énergétique gabonais.
Le Gabon ne manque désormais plus de projets énergétiques. Son défi est de les faire fonctionner ensemble. Plaine Ayémé apporte 30 MW de solaire dès cette première phase, mais sa véritable valeur se mesurera à sa capacité à contribuer durablement à un réseau plus stable, plus diversifié et moins vulnérable. C’est là que cette centrale cessera d’être seulement une infrastructure solaire pour devenir un instrument de souveraineté énergétique.
FIN/INFOSGABON/SO/2026
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