Economie

Gabon : FACOMA, Port-Gentil mise sur l’entrepreneuriat

Libreville, Mardi 04 Août 2026 (Infos Gabon) – À Port-Gentil, la relance économique ne pourra plus reposer uniquement sur les ressorts traditionnels de l’économie pétrolière. L’ouverture de la troisième édition de la Foire commerciale marigovéenne (FACOMA) intervient dans une ville confrontée depuis plusieurs années aux effets de la crise du secteur pétrolier et aux conséquences de la pandémie de Covid-19.

En ouvrant officiellement cette nouvelle édition, la ministre du Travail et de la Lutte contre le chômage, Jacqueline Bignoumba, a posé un diagnostic sans détour et surtout avancé une orientation devenue stratégique pour l’économie gabonaise, faire de l’entrepreneuriat national un moteur de création d’emplois et de résilience économique.

La cérémonie s’est déroulée en présence du ministre de la Pêche, Aimé Martial Massamba, du gouverneur de l’Ogooué-Maritime, Françoise Assengone Obame et du Maire de Port-Gentil, Pascal Houagni Ambouroue. Au-delà du caractère commercial de l’événement, la FACOMA apparaît désormais comme un instrument de proximité pour reconnecter production, consommation et création de valeur dans une province dont le potentiel économique reste considérable.

Le message de Jacqueline Bignoumba est particulièrement significatif. « Compter uniquement sur l’emploi public ou privé ne peut plus constituer l’objectif principal », a-t-elle affirmé, appelant les Gabonais à investir davantage dans la création de petites et moyennes entreprises. Cette orientation traduit une évolution importante de la conception de l’emploi au Gabon. Dans une économie longtemps structurée autour de grands employeurs, notamment dans le secteur pétrolier, la diversification passe désormais aussi par la multiplication d’entreprises capables de produire, de transformer et d’embaucher localement.

La consommation locale comme levier économique

La FACOMA entend précisément créer cet écosystème à l’échelle de l’Ogooué-Maritime. Producteurs, pêcheurs, artisans, commerçants et entrepreneurs y trouvent un espace pour exposer leurs produits, rencontrer des clients et établir de nouveaux contacts commerciaux.

Pour Désiré Safou, président du comité d’orientation, la foire s’est progressivement imposée comme un rendez-vous économique attendu. Cette évolution est importante car elle donne à l’événement une fonction qui dépasse la simple animation commerciale. Une foire locale devient réellement utile lorsqu’elle permet aux acteurs économiques de se connaître, de vendre, de nouer des partenariats et, surtout, de transformer une activité informelle ou artisanale en opportunité durable.

Le choix de mettre en avant les productions locales répond également à une problématique plus large, celle du coût de la vie. Consommer localement ne constitue pas uniquement un acte patriotique. Lorsqu’une production peut être transformée et distribuée au plus près des consommateurs, elle peut contribuer à réduire certains coûts logistiques et à maintenir davantage de valeur dans l’économie locale.

C’est dans cette perspective que le slogan « Prix bas » prend une dimension particulière. Pour les organisateurs, il représente un « engagement moral envers les populations ». L’objectif est double, alléger le budget des ménages tout en donnant davantage de visibilité aux filières locales. La question du pouvoir d’achat devient ainsi directement liée à celle de la production nationale.

Sortir du modèle de dépendance

Le cas de Port-Gentil illustre une problématique qui dépasse largement les frontières de la capitale économique. La crise pétrolière de 2015 puis la pandémie ont rappelé la vulnérabilité des territoires trop fortement dépendants d’un nombre limité de moteurs économiques. La réponse ne peut donc être uniquement conjoncturelle. Elle suppose la construction progressive d’un tissu entrepreneurial capable d’absorber les chocs et de créer des emplois en dehors des grands secteurs traditionnels.

C’est précisément là que le discours de la ministre prend toute sa portée. Encourager les PME revient à déplacer une partie du centre de gravité de l’économie vers les entrepreneurs gabonais eux-mêmes. Mais cette transformation ne pourra produire des résultats durables que si elle s’accompagne d’un accès effectif au financement, à la formation, aux marchés et aux infrastructures. L’entrepreneuriat ne peut devenir un véritable levier de développement s’il est réduit à une simple injonction adressée aux jeunes et aux demandeurs d’emploi.

La FACOMA offre, à son échelle, un terrain concret pour tester cette nouvelle dynamique. En réunissant l’offre locale et les consommateurs, elle contribue à créer un marché de proximité et à rapprocher les producteurs des débouchés.

La troisième édition de la FACOMA s’inscrit ainsi dans une équation économique désormais incontournable pour le Gabon. Protéger le pouvoir d’achat suppose de mieux produire, mais mieux produire exige aussi de mieux accompagner ceux qui entreprennent.

À Port-Gentil, la foire rappelle que la diversification économique ne se décrète pas depuis les administrations. Elle se construit dans les ateliers, les exploitations, les marchés, les entreprises et les réseaux de producteurs. Si elle parvient à inscrire durablement les acteurs locaux dans cette chaîne de valeur, la FACOMA pourrait devenir davantage qu’un rendez-vous annuel. Elle pourrait contribuer à faire de l’entrepreneuriat, de la consommation locale et de la création d’emplois les trois ressorts d’une nouvelle économie marigovéenne.

FIN/INFOSGABON/SO/2026

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