Economie

Gabon : La bataille de l’eau

Libreville, Mardi 7 Juillet 2026 (Infos Gabon) – Dans la capitale gabonaise, l’eau est devenue bien plus qu’un service public. Elle est désormais un enjeu de stabilité sociale, de santé publique et de crédibilité de l’action gouvernementale.

Alors que des milliers de familles du Grand Libreville continuent de vivre au rythme des coupures, des réserves improvisées et des longues attentes devant les points d’approvisionnement, les autorités viennent de fixer un horizon. Selon les projections officielles, les premiers effets significatifs du plan d’urgence hydrique lancé par l’État ne devraient être perceptibles qu’à partir de décembre prochain.

L’annonce a le mérite de la clarté. Malgré la déclaration de l’état d’urgence hydrique par le président de la République, Brice Clotaire Oligui Nguema, la résolution de la crise ne sera pas immédiate. Le déficit accumulé au fil des années exige des investissements lourds, des travaux complexes et une modernisation profonde des infrastructures de production et de distribution.

Pour une métropole qui concentre l’essentiel de la population urbaine du pays et qui poursuit sa croissance démographique, cette crise met en lumière les limites d’un modèle de développement dans lequel l’expansion de la ville a longtemps progressé plus vite que les capacités des réseaux essentiels.

Une urgence nationale

Afin d’évaluer l’avancement des projets engagés, le ministre de l’Accès universel à l’Eau et à l’Énergie, Philippe Tonangoye, accompagné du directeur de cabinet adjoint du chef de l’État, a effectué une visite d’inspection sur plusieurs infrastructures stratégiques situées notamment à Mbomo et à Ntoum.

Au cœur du dispositif figure la future station de pompage de Mbomo, présentée comme l’un des piliers de la réponse gouvernementale à la crise actuelle.

Selon les autorités, les travaux ont atteint environ 70 % de réalisation. Quelques financements doivent encore être mobilisés afin de permettre l’achèvement complet du chantier. Le calendrier annoncé prévoit une fin des travaux en octobre, une phase d’essais techniques en novembre et une mise en exploitation dès décembre.

L’impact attendu est considérable. Dès sa mise en service, cette première phase devrait permettre l’injection de 35 000 mètres cubes supplémentaires d’eau potable dans le réseau du Grand Libreville. Une seconde étape viendra ensuite doubler cette capacité pour atteindre un volume additionnel de 70 000 mètres cubes.

Dans une agglomération confrontée à des pénuries récurrentes, ces chiffres représentent bien davantage qu’une amélioration technique. Ils traduisent la possibilité pour des dizaines de milliers de ménages de retrouver un accès plus régulier à une ressource indispensable à la vie quotidienne.

Réparer aujourd’hui, préparer demain

La réponse gouvernementale ne se limite pas à la construction de nouvelles infrastructures. À Ntoum, principal centre de production d’eau potable alimentant Libreville, plusieurs opérations de réhabilitation sont engagées. Elles concernent les équipements de pompage, les systèmes de filtration et différents dispositifs techniques destinés à améliorer la qualité de l’eau distribuée tout en augmentant les performances globales du réseau.

Parallèlement, de nouveaux forages doivent être réalisés afin de diversifier les capacités de production et de réduire la vulnérabilité du système face aux pics de consommation.

Cette approche révèle une prise de conscience plus large. La crise actuelle ne résulte pas uniquement d’un déficit ponctuel de production. Elle est aussi la conséquence d’années de sous-investissement, de l’augmentation rapide de la demande urbaine et du vieillissement progressif des infrastructures.

Dans de nombreuses villes africaines, la question de l’accès à l’eau est devenue l’un des principaux défis du développement. L’urbanisation accélérée exerce une pression croissante sur les réseaux tandis que les changements climatiques compliquent davantage la gestion des ressources hydriques. Libreville n’échappe pas à cette réalité continentale.

Le test de la transformation

L’état d’urgence hydrique décrété par les autorités vise précisément à rompre avec les lenteurs administratives qui freinent souvent la réalisation des grands projets publics. Il doit permettre d’accélérer les procédures, de mobiliser rapidement les financements nécessaires et de coordonner plus efficacement l’ensemble des acteurs impliqués.

Mais au-delà des annonces et des chantiers, le véritable défi sera celui des résultats. Pour les habitants confrontés quotidiennement aux pénuries, les indicateurs techniques importent moins que la réalité qui sort du robinet. La réussite de ce plan sera mesurée à sa capacité à transformer concrètement la vie des populations.

Le gouvernement joue donc une partie importante de sa crédibilité sur ce dossier. Car l’accès à l’eau potable constitue aujourd’hui l’un des marqueurs les plus visibles de l’efficacité de l’action publique.

Si le calendrier annoncé est respecté, décembre pourrait marquer le début d’un changement attendu depuis longtemps. Mais cette échéance ne représentera qu’une première étape. La véritable ambition devra être de bâtir un système capable d’accompagner durablement la croissance du Grand Libreville et d’éviter que les crises actuelles ne se reproduisent demain.

L’eau n’est pas seulement une ressource. Elle est le fondement de la santé, de la dignité humaine, de l’activité économique et de la cohésion sociale. En faisant de la sécurité hydrique une priorité nationale, le Gabon reconnaît une réalité essentielle du XXIe siècle. Les grandes puissances de demain ne seront pas seulement celles qui disposeront de richesses naturelles abondantes, mais aussi celles qui sauront garantir à leurs citoyens un accès durable aux ressources vitales.

La bataille engagée aujourd’hui à Libreville est donc bien plus qu’un chantier technique. Elle est un test grandeur nature de la capacité du pays à transformer ses ambitions en résultats tangibles.

FIN/INFOSGABON/SO/2026

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