UBA : Le legs Elumelu
Libreville, Mardi 7 Juillet 2026 (Infos Gabon) – Le départ de Tony Elumelu de la présidence du conseil d’administration de United Bank for Africa (UBA) marque bien davantage qu’un simple changement de gouvernance. Il clôt l’un des chapitres les plus influents de l’histoire contemporaine de la finance africaine et ouvre une nouvelle phase pour une institution devenue, sous son impulsion, un acteur stratégique de l’intégration économique du continent.
À compter du 21 août 2026, l’entrepreneur nigérian laissera les rênes d’UBA après douze années à sa tête, conformément aux nouvelles exigences réglementaires imposées par la Banque centrale du Nigeria. Une transition qui intervient alors que son nom dépasse depuis longtemps le seul univers bancaire pour incarner une vision du développement africain fondée sur l’initiative privée, l’investissement productif et la promotion de la jeunesse entrepreneuriale.
Pour des millions d’Africains, Tony Elumelu n’est pas seulement un banquier ou un milliardaire. Il est devenu le symbole d’une génération d’entrepreneurs convaincus que le continent peut écrire son avenir à partir de ses propres ressources, de ses propres talents et de ses propres institutions.
Le bâtisseur d’une puissance financière africaine
Lorsque Tony Elumelu accède à la présidence du conseil d’UBA en 2014, la banque est déjà une institution importante au Nigeria. Douze ans plus tard, elle s’impose comme l’un des groupes financiers les plus étendus du continent.
Sous sa direction, l’établissement a connu une transformation spectaculaire. Son réseau couvre aujourd’hui vingt pays africains et s’étend sur quatre continents. Plus de cinquante millions de clients utilisent ses services, faisant d’UBA l’une des rares banques africaines capables d’accompagner simultanément gouvernements, entreprises multinationales, investisseurs et entrepreneurs dans plusieurs juridictions.
Cette expansion n’est pas le fruit du hasard. Elle résulte d’une stratégie méthodique visant à faire émerger une institution panafricaine capable de rivaliser avec les grands groupes internationaux.
Dans son message annonçant son départ, Tony Elumelu résume lui-même cette ambition. Selon lui, l’objectif n’a jamais été de construire une organisation dépendante d’un individu, mais de créer une institution suffisamment solide pour traverser les générations.
Cette philosophie explique en grande partie la transition organisée vers Emmanuel N. Nnorom, administrateur expérimenté et membre de longue date de la gouvernance du groupe. Pour UBA, la succession n’est pas présentée comme une rupture mais comme la continuité d’un projet institutionnel déjà largement consolidé.
L’homme qui a changé le regard sur l’entrepreneuriat africain
Réduire Tony Elumelu à son rôle bancaire serait pourtant passer à côté de son influence réelle. Au fil des années, il est devenu l’un des principaux ambassadeurs de l’entrepreneuriat africain. À travers Heirs Holdings, son groupe d’investissement, il a multiplié les engagements dans des secteurs aussi stratégiques que l’énergie, la santé, les technologies, les infrastructures ou encore l’hôtellerie. Mais c’est surtout par l’action de la Tony Elumelu Foundation qu’il a profondément marqué une génération entière.
Depuis plusieurs années, cette initiative accompagne financièrement et techniquement des milliers de jeunes créateurs d’entreprises dans les cinquante-quatre pays africains. Pour beaucoup, elle représente la plus vaste plateforme privée de soutien à l’innovation et à l’entrepreneuriat sur le continent.
Son impact dépasse les chiffres. Elle a contribué à transformer un récit longtemps dominé par l’aide internationale en une dynamique centrée sur la création de valeur locale, l’autonomie économique et la confiance dans les capacités africaines.
Une vision qui survit à son fondateur
Le départ de Tony Elumelu intervient dans un contexte où l’Afrique cherche à accélérer sa transformation économique tout en réduisant sa dépendance aux matières premières. C’est précisément dans cette perspective que son concept d’« Africapitalisme » conserve toute son actualité.
Cette doctrine économique repose sur une idée simple mais ambitieuse. Le secteur privé africain doit devenir le principal moteur de la croissance, de l’emploi et de la prospérité collective. Selon cette vision, les entreprises ne doivent pas uniquement générer des profits. Elles doivent également produire un impact social durable et contribuer à la construction d’institutions solides.
Dans un continent confronté à une croissance démographique sans précédent, à des besoins massifs en infrastructures et à l’arrivée de millions de jeunes sur le marché du travail, cette approche apparaît aujourd’hui comme l’une des réponses les plus structurées aux défis du développement.
En quittant la présidence d’UBA, Tony Elumelu tourne une page personnelle. Mais son influence ne s’arrête pas à cette transition. Son héritage se mesure désormais dans les institutions qu’il a contribué à bâtir, dans les entreprises qu’il a financées et dans les milliers de jeunes entrepreneurs qu’il a encouragés à croire en leur propre capacité à transformer l’Afrique.
L’après-Elumelu commence. Pour UBA, comme pour l’entrepreneuriat africain, la véritable question n’est plus de savoir ce qu’il a construit. Elle est de savoir jusqu’où les fondations qu’il laisse permettront au continent d’aller.
FIN/INFOSGABON/SO/2026
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