Gabon-ONU : L’appel à refonder l’ordre mondial
Libreville, Lundi 28 Septembre 2026 (Infos Gabon) – À New York, le Gabon n’a pas seulement livré un plaidoyer diplomatique supplémentaire. Devant la 81ᵉ Assemblée générale des Nations unies, Libreville a posé une question qui traverse désormais toute l’architecture internationale : comment restaurer la confiance dans un système multilatéral confronté à la multiplication des guerres, aux tensions de puissance, aux fractures économiques et aux urgences climatiques ?
Au nom du président Brice Clotaire Oligui Nguema, la ministre des Affaires étrangères, Marie-Édith Tassyla-Ye-Doumbeneny, a défendu un multilatéralisme « inclusif et réformé », fondé sur le droit international, la souveraineté des États et une représentation plus équitable de l’Afrique.
Le propos intervient dans une Assemblée générale dont le thème officiel est précisément « Restaurer la confiance, gérer la transformation : des Nations Unies qui apportent des résultats pour tous ». La 81ᵉ session s’est ouverte le 8 septembre et son débat général se déroule du 22 au 26 septembre, avec une reprise prévue le 28.
Le contexte donne une portée particulière à cette intervention. L’ONU entre dans une période de transition institutionnelle majeure : António Guterres achèvera son second mandat à la fin de l’année 2026, tandis que le processus de sélection de son successeur se poursuit. Dans ce moment de recomposition, la revendication gabonaise vise donc autant les principes que le fonctionnement concret de la gouvernance mondiale.
Le droit international comme ligne de confiance
Pour Libreville, la restauration de la confiance passe d’abord par le retour aux fondamentaux de la Charte des Nations unies. La ministre gabonaise a insisté sur le respect du droit international, de la souveraineté et du principe de non-ingérence, en dressant le constat d’un monde traversé par des crises de plus en plus imbriquées : conflits armés, rivalités géopolitiques, inégalités, changement climatique et urgences humanitaires.
Cette position s’inscrit dans une vision où le multilatéralisme ne doit pas seulement multiplier les enceintes de dialogue, mais garantir des règles communes applicables et une participation plus équilibrée aux décisions.
La question du Sahara occidental illustre cette lecture diplomatique. Le Gabon s’est félicité de la résolution 2797 du Conseil de sécurité, adoptée en octobre 2025, qui a prolongé le mandat de la MINURSO jusqu’au 31 octobre 2026 et réaffirmé le rôle du processus politique conduit sous l’égide de l’ONU. Le texte appelle à une solution politique « juste, durable et mutuellement acceptable », fondée notamment sur le compromis et les principes de la Charte, dont celui de l’autodétermination.
Sur le Golfe de Guinée, Libreville défend parallèlement une coopération sécuritaire renforcée pour un espace maritime devenu essentiel aux échanges internationaux. Cette préoccupation rejoint directement les intérêts économiques du Gabon et de ses voisins, dans une région où la sécurité maritime conditionne à la fois les flux commerciaux, les activités portuaires et l’exploitation des ressources.
L’Afrique veut davantage que le rôle de spectatrice
C’est toutefois sur la question de la sécurité africaine que le discours prend sa dimension la plus stratégique. Le Gabon réclame la mise en œuvre effective de la résolution 2719, adoptée en décembre 2023, qui ouvre la possibilité d’un financement par les contributions obligatoires de l’ONU pour certaines opérations de soutien à la paix conduites par l’Union africaine. Le mécanisme prévoit notamment que le financement onusien puisse couvrir jusqu’à 75 % du budget annuel d’une opération, le solde devant être mobilisé par d’autres ressources.
Pour l’Afrique, l’enjeu dépasse la seule question budgétaire. Il touche à la cohérence entre ceux qui portent une part importante du coût humain et opérationnel de la gestion des crises et ceux qui disposent du pouvoir de décision au sein du système international.
Le Gabon défend ainsi une participation africaine plus équitable aux décisions relatives à la paix et à la sécurité. Cette revendication rejoint un débat plus large sur la réforme de la gouvernance mondiale et sur la capacité des institutions internationales à refléter les équilibres démographiques, économiques et géopolitiques du XXIᵉ siècle plutôt que ceux de l’après-Seconde Guerre mondiale.
La diplomatie gabonaise cherche également à relier cette réforme institutionnelle à une autre bataille, celle du développement. En mettant en avant le Plan national de croissance et de développement 2026-2030, Libreville demande un partenariat international capable d’accompagner la transformation locale des ressources, la diversification de l’économie et le transfert de technologies.
De la souveraineté politique à la souveraineté économique
Cette articulation constitue probablement l’un des éléments les plus significatifs du discours. Le Gabon ne présente pas la réforme du multilatéralisme comme une question exclusivement diplomatique. Il la relie directement à la manière dont les pays africains pourront tirer davantage de valeur de leurs ressources naturelles.
Le message est clair : la coopération internationale ne peut plus se limiter au financement de projets ou à l’exportation de matières premières. Elle doit aussi favoriser la transformation sur place, les compétences, la technologie et la création de valeur.
À cette revendication économique s’ajoute celle du financement climatique. Le Gabon demande une reconnaissance financière « juste, adéquate, prévisible et durable » de sa contribution à la régulation du climat mondial. Pour un pays dont les politiques forestières occupent une place centrale dans son positionnement international, la question revient à transformer un service environnemental mondial en capacité réelle de financement du développement.
Le numérique constitue un autre front de cette diplomatie. Libreville alerte sur les risques liés aux atteintes à la vie privée, à la désinformation et à la cybercriminalité, tout en regrettant l’insuffisance d’un cadre juridique international adapté. Le pays entend ainsi inscrire sa réflexion dans une transformation technologique qui bouleverse déjà les rapports de pouvoir entre États, entreprises et citoyens.
Enfin, le Gabon a salué la résolution 80/250 de l’Assemblée générale consacrée à la traite des esclaves africains et a réaffirmé son soutien à Cuba.
Au fond, le discours de New York dessine une même ligne : le Gabon demande que la réforme du multilatéralisme ne soit pas seulement institutionnelle, mais aussi économique, sécuritaire, climatique et technologique. La question n’est donc plus simplement de savoir comment sauver les mécanismes existants. Elle est de déterminer s’ils peuvent encore produire une gouvernance mondiale perçue comme légitime par les sociétés qu’ils prétendent représenter.
Dans cette bataille, la revendication africaine ne peut être réduite à une demande de sièges ou de reconnaissance symbolique. Elle porte sur le pouvoir de participer aux décisions, de défendre ses intérêts et de peser sur les règles qui organisent le monde. C’est précisément sur ce terrain que le multilatéralisme sera jugé : non sur ses déclarations, mais sur sa capacité à transformer l’égalité proclamée entre les États en influence réelle.
FIN/INFOSGABON/SO/2026
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