Gabon : la coupure des réseaux sociaux suscite une fronde générale
Libreville, Mercredi 18 Février 2026 (Infos Gabon) – La suspension des réseaux sociaux décidée par la Haute Autorité de la communication (HAC) continue de provoquer une onde de choc dans le pays.
Rarement une mesure administrative aura suscité une telle convergence de critiques. Partis politiques de tous bords, acteurs économiques, responsables publics et citoyens dénoncent une décision jugée disproportionnée, dont les effets se font déjà sentir dans la vie quotidienne.
Une classe politique largement mobilisée
En première ligne, le parti Ensemble pour le Gabon (EPG), dirigé par Alain-Claude Bilie By Nze, voit dans cette suspension une atteinte directe aux libertés fondamentales. La formation politique évoque notamment la remise en cause de la liberté d’expression, d’information et d’entreprendre, et appelle à un rétablissement immédiat des plateformes.
Elle menace également de saisir les juridictions compétentes, au niveau national et international.
Le Front démocratique socialiste (FDS) partage cette analyse. Son président, Anges Kevin Nzigou, estime qu’une interdiction générale sanctionne toute la population pour des dérives imputables à quelques utilisateurs. Selon lui, les réseaux sociaux sont aujourd’hui un espace incontournable de débat public et de circulation de l’information.
Des inquiétudes jusque dans les rangs proches du pouvoir
La contestation ne se limite pas à l’opposition. Le Forum pour la Défense de la République (FDR), réputé proche de la majorité, a exprimé sa « vive préoccupation ». Son président, Joachim Mbatchi Pambou, dénonce une mesure « arbitraire et disproportionnée », susceptible de porter atteinte aux droits constitutionnels.
Le FDR alerte également sur les conséquences économiques immédiates. Dans un pays où le numérique constitue un levier croissant d’activité, notamment pour les jeunes, la suspension prive de nombreux professionnels de leurs principaux outils de communication et de transaction.
Une économie informelle directement touchée
Au-delà des déclarations politiques, les effets concrets se font déjà sentir. Pour des milliers de commerçants, de créateurs de contenus ou de prestataires indépendants, les réseaux sociaux constituent un véritable outil de travail.
La vente de produits, la promotion de services ou la relation avec la clientèle reposent en grande partie sur ces plateformes.
Du jour au lendemain, cette activité se retrouve paralysée, sans solution alternative immédiate. Plusieurs acteurs du secteur redoutent des pertes financières importantes si la mesure devait se prolonger.
Des usages sociaux et éducatifs perturbés
La coupure affecte également les usages éducatifs et sociaux. De nombreux élèves et étudiants utilisaient ces plateformes pour accéder à des ressources pédagogiques ou échanger avec leurs enseignants. Des parents s’inquiètent aussi de la disparition d’un canal devenu essentiel pour le suivi scolaire et l’accès à certaines formations en ligne.
L’ancien député de la transition et actuel vice-président du Conseil économique, social, environnemental et culturel (CESEC), Geoffroy Foumboula Libeka, a pour sa part rappelé les garanties constitutionnelles en matière de liberté de communication, relançant le débat sur l’équilibre entre régulation numérique et droits fondamentaux.
La HAC invoque la protection de l’ordre public
De son côté, la Haute Autorité de la communication justifie sa décision par la multiplication de contenus jugés diffamatoires, haineux ou attentatoires à la dignité humaine. L’institution évoque également la propagation de fausses informations, le cyberharcèlement, ainsi que des publications susceptibles de nuire à la cohésion sociale, à la stabilité des institutions et à la sécurité nationale.
Le régulateur pointe aussi la responsabilité des plateformes, qu’il accuse d’un manque de réactivité dans la modération des contenus illicites.
Entre régulation et libertés, un débat relancé
Alors que la mesure reste en vigueur « jusqu’à nouvel ordre », la pression s’intensifie sur les autorités. Au-delà de la polémique politique, la situation met en lumière la place désormais centrale du numérique dans la vie économique, sociale et démocratique du pays.
Pour beaucoup d’observateurs, l’enjeu dépasse la simple régulation des contenus : il pose la question du cadre juridique et des mécanismes proportionnés capables de concilier lutte contre les dérives en ligne et respect des libertés publiques. En attendant, l’opinion reste suspendue à une éventuelle décision de rétablissement, devenue un test de confiance entre les institutions et les citoyens.
FIN/INFOSGABON/SO/2026
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