Politique

Gabon : la fin des nominations automatiques ?

Libreville, Mercredi 1er Juillet 2026 (Infos Gabon) – Le Gabon s’apprête peut-être à engager l’une des réformes les plus sensibles de son administration publique.

À l’issue des travaux du Haut Conseil pour l’Investissement (HCI), réunissant gouvernement, patronat et acteurs économiques, une recommandation se distingue par sa portée potentiellement transformative : le recrutement des dirigeants des établissements publics par appel à candidatures plutôt que par simple nomination.

Derrière cette proposition se cache une remise en question profonde du fonctionnement de l’appareil administratif. Pendant des décennies, de nombreuses entreprises publiques et établissements administratifs ont été accusés d’inefficacité, de mauvaise gouvernance, d’opacité financière et de faible qualité de service. Dans un pays qui ambitionne d’attirer massivement les investissements privés pour financer sa diversification économique, la question du management public devient désormais centrale.

La réflexion portée par le HCI dépasse ainsi le simple cadre de l’environnement des affaires. Elle touche directement à la modernisation de l’État et à sa capacité à redevenir un partenaire crédible du secteur privé.

Un diagnostic sans complaisance

Présidée par le Vice-président du Gouvernement, Hermann Immongault, la réunion de restitution des travaux du Haut Conseil pour l’Investissement qui a eu lieu lundi a marqué l’aboutissement d’un vaste processus de concertation conduit du 4 au 10 juin 2026 au Palais des Congrès de Libreville.

Plus de 1 100 participants, répartis dans huit groupes thématiques, ont dressé un état des lieux des principaux freins à la compétitivité du Gabon. Fiscalité, sécurité juridique, gouvernance, logistique, commande publique ou encore accompagnement des entreprises locales ont fait l’objet d’analyses approfondies.

Les conclusions convergent vers un constat largement partagé par les opérateurs économiques. L’administration publique, censée faciliter l’activité économique, est souvent perçue comme une source de contraintes. Délais administratifs excessifs, multiplication des contrôles, lourdeurs bureaucratiques, difficultés d’accès à certains documents, manque de coordination institutionnelle et parfois corruption alimentent depuis longtemps les critiques du secteur privé.

Les établissements publics apparaissent particulièrement visés. Plusieurs acteurs économiques considèrent qu’ils n’ont pas toujours été gérés selon des critères de performance, de compétence ou de résultats.

Une révolution silencieuse de la gouvernance

C’est dans ce contexte qu’émerge la proposition de recruter les dirigeants des établissements publics sur la base d’appels à candidatures ouverts et compétitifs.

L’idée est simple. Faire prévaloir les compétences, l’expérience et les capacités de gestion sur les logiques de nomination traditionnelles. Une telle évolution rapprocherait le Gabon des standards appliqués dans plusieurs économies émergentes et développées où les postes de direction des organismes publics font l’objet de procédures transparentes de sélection.

Cette recommandation traduit une conviction de plus en plus présente au sein des milieux économiques. La qualité du management détermine directement la performance des institutions.

Pour les investisseurs, la question est loin d’être théorique. Une entreprise publique mal gérée peut ralentir l’activité économique, décourager les investissements et accroître les coûts de production. À l’inverse, des structures performantes contribuent à fluidifier les échanges, sécuriser les investissements et améliorer la compétitivité nationale.

Le rapport préconise également la création de brigades mixtes de contrôle pour réduire les tracasseries administratives, l’apurement des crédits de TVA afin de renforcer la trésorerie des entreprises, la sécurisation du financement de la CNAMGS ainsi que l’ouverture continue des corridors portuaires et aéroportuaires.

Une feuille de route pour mobiliser 18 000 milliards de FCFA

Au-delà des réformes institutionnelles, les recommandations du Haut Conseil pour l’Investissement s’inscrivent dans une ambition économique beaucoup plus large.

Le gouvernement mise sur le secteur privé pour financer une part importante du Plan national de croissance et de développement. Sur les 26 000 milliards de FCFA nécessaires à la réalisation de ce programme, près de 18 000 milliards devraient provenir des investissements privés.

Pour atteindre cet objectif, l’attractivité du pays devient un enjeu stratégique. Les participants aux assises ont ainsi insisté sur l’accélération de la mise en œuvre du nouveau Code des investissements, l’amélioration de la gouvernance économique, la réduction des délais administratifs et le renforcement de la participation des entreprises nationales aux marchés publics.

La remise officielle du rapport par Alain-Claude Kouakoua, président de la Fédération des Entreprises du Gabon, au Vice-président du Gouvernement symbolise la volonté de bâtir un nouveau pacte entre l’État et le secteur privé.

Reste désormais la question essentielle. Les recommandations formulées seront-elles effectivement mises en œuvre ? Le Secrétariat général du Gouvernement a présenté un dispositif de suivi-évaluation ainsi qu’un plan d’action couvrant les cent prochains jours. Mais c’est sur le terrain que se jouera la crédibilité de cette démarche.

Car au fond, le débat ouvert par le Haut Conseil pour l’Investissement dépasse la simple amélioration du climat des affaires. Il pose une question déterminante pour l’avenir du Gabon : comment construire un État performant capable d’accompagner durablement la croissance économique ? La réponse pourrait commencer par une idée simple mais ambitieuse : placer la compétence au cœur de la gouvernance publique.

FIN/INFOSGABON/SO/2026

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