Economie

Gabon : La Peyrie, nouveau pari commercial de Libreville

Libreville, Mercredi 4 Novembre 2026 (Infos Gabon) – Longtemps associé à un projet enlisé et à une promesse urbaine inachevée, le site de La Peyrie est désormais au cœur d’une transformation qui pourrait modifier durablement l’organisation commerciale de Libreville. Avec la construction du Grand Marché et l’émergence de trois autres marchés ainsi que d’un nouveau centre des impôts, les autorités gabonaises entendent créer un pôle économique capable de soulager Mont-Bouët, de réorganiser les activités marchandes et de redonner une fonction structurante à ce quartier du troisième arrondissement.

Impulsé par le président de la République, Brice Clotaire Oligui Nguema, cet ensemble de chantiers marque une nouvelle étape dans la politique de modernisation des infrastructures publiques. Mais au-delà des bâtiments, l’enjeu est considérable : il s’agit de répondre à la pression démographique, à la congestion urbaine et aux limites d’un commerce de proximité longtemps exercé dans des conditions précaires.

Un complexe conçu pour changer d’échelle

Le futur Grand Marché de la Peyrie, prévu sur trois niveaux (R+2), doit accueillir 400 étals, réservés en priorité aux commerçantes, ainsi que 150 magasins. Des espaces de stockage installés au rez-de-chaussée sont destinés à faciliter l’approvisionnement et la gestion des marchandises. Le projet prévoit également un parking dont la capacité annoncée se situe entre 1 000 et 2 000 véhicules.

Les aménagements extérieurs progressent parallèlement. Les voies d’accès affichent un taux d’exécution estimé à 80 %, avec la réalisation d’une chaussée en béton armé jusqu’au rond-point desservant les trois sites du projet. À ce chantier principal s’ajoutent trois marchés de type R+1 et un nouveau centre des impôts. La concentration de ces équipements laisse entrevoir la constitution d’un véritable pôle commercial et administratif, plutôt qu’une simple opération immobilière.

Cette approche répond à une nécessité urbaine. Mont-Bouët, principal centre marchand de la capitale, concentre une activité considérable, mais aussi des difficultés récurrentes de circulation, de stationnement et d’organisation des espaces de vente. Répartir une partie des flux vers La Peyrie pourrait réduire cette pression, à condition que les nouveaux marchés disposent d’une accessibilité réelle et d’une offre suffisamment attractive pour les commerçants comme pour les consommateurs.

Sortir d’un héritage de blocage

La portée du projet tient aussi à son histoire. Le site de La Peyrie est resté immobilisé pendant plus de douze ans après avoir été confié au groupe Wepcorps/Webcor. Le contentieux qui opposait les parties a finalement connu une issue favorable à l’État gabonais devant la cour d’appel de Paris en 2021. La relance du chantier prend ainsi une dimension politique et institutionnelle : celle d’un projet public que les autorités veulent faire passer du statut de promesse abandonnée à celui d’infrastructure opérationnelle.

Des entreprises intervenant sur le terrain, notamment CITP selon les informations communiquées, participent à cette nouvelle phase. La priorité est désormais de transformer l’avancement visible des travaux en équipements livrés, fonctionnels et correctement administrés. La mairie de Libreville insiste d’ailleurs sur le respect des délais, condition essentielle pour éviter que les attentes suscitées par le projet ne se heurtent à de nouveaux retards.

La réussite se mesurera à l’usage

La modernisation de La Peyrie ne pourra toutefois être évaluée au seul nombre de bâtiments construits. Elle dépendra de la qualité des installations, de la sécurité, de l’assainissement, de la gestion des déchets, de l’organisation des transports et de la transparence dans l’attribution des emplacements. Elle devra également garantir aux commerçantes des conditions d’exercice viables, avec des coûts d’occupation compatibles avec leurs revenus.

Le nouveau centre des impôts ouvre, de son côté, une perspective complémentaire : mieux organiser l’activité économique et améliorer le suivi des recettes publiques. Encore faudra-t-il que la formalisation du commerce s’accompagne de services adaptés et ne se traduise pas par une charge disproportionnée pour les petits opérateurs.

La Peyrie constitue donc un test grandeur nature pour Libreville. Si les infrastructures sont achevées dans les délais et si leur gestion répond aux besoins du terrain, le quartier pourrait devenir un levier de déconcentration commerciale et de revitalisation urbaine. Le véritable succès ne sera pas d’inaugurer plusieurs marchés, mais de faire émerger un écosystème marchand plus fluide, plus digne et plus productif. C’est à cette exigence de résultats que se mesurera la portée de ce chantier.

FIN/INFOSGABON/SO/2026

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