Economie

Gabon : le ciment, levier de puissance industrielle

Libreville, Mercredi 21 Octobre 2026 (Infos Gabon) – Avec un investissement initial annoncé de 114 milliards de FCFA et une enveloppe globale susceptible d’atteindre 250 millions de dollars, le complexe de clinker et de ciment de Mondah Green Beach ambitionne de réduire la dépendance du Gabon aux importations, de soutenir sa politique du logement et d’accélérer sa transformation économique. Lancé à Malibé 2 avec des partenaires chinois, ce projet constitue un test majeur : celui de la capacité du pays à convertir les capitaux étrangers en puissance productive, en emplois durables et en prospérité nationale.

Le Gabon entend changer de dimension industrielle. Le 20 octobre, à Malibé 2, dans la commune d’Akanda, la pose de la première pierre d’une unité de production de clinker et d’une cimenterie a donné un contenu concret à cette ambition. Au nom du chef de l’État, le vice-président du gouvernement, Hermann Immongault, a lancé les travaux en présence de l’ambassadeur de Chine, Zhou Ping, et de plusieurs membres du gouvernement.

Inscrit dans le programme intégré Mondah Green Beach, ce projet associe Hope Global Investment, Gabon Future Cement Clinker SAU et l’expertise technique du groupe chinois Anhui Conch Cement, avec Conch Investment Holdings parmi les partenaires mentionnés. L’investissement initial annoncé atteint au moins 114 milliards de FCFA, soit environ 202 millions de dollars. À l’échelle du projet, l’enveloppe globale pourrait toutefois atteindre 250 millions de dollars, conformément aux perspectives d’investissement évoquées par les promoteurs et dans le contexte du renforcement récent des relations économiques entre Libreville et Pékin.

L’installation comprendra une ligne de production de clinker de 3 500 tonnes par jour, soit environ un million de tonnes par an, adossée à une cimenterie d’une capacité annuelle d’au moins un million de tonnes. Les travaux devraient durer 24 mois, avec une mise en production espérée avant la fin de 2028.

Réduire la dépendance, maîtriser la valeur

L’enjeu dépasse la construction d’une usine. Le Gabon importe une grande partie du clinker nécessaire à la fabrication du ciment, une dépendance qui expose son secteur du bâtiment aux coûts logistiques, aux fluctuations des marchés internationaux et aux tensions sur les chaînes d’approvisionnement.

En produisant localement cet intrant stratégique, le pays entend sécuriser ses approvisionnements, renforcer son autonomie industrielle et mieux maîtriser les coûts de construction. Le marché national du ciment est estimé entre 800 000 et 900 000 tonnes par an, selon le ministre du Logement, de l’Habitat, de l’Urbanisme et du Cadastre, Mays Mouissi. La capacité projetée représente donc un potentiel considérable au regard de la demande intérieure.

Mais une capacité industrielle ne garantit pas automatiquement des prix plus bas. L’effet réel sur le pouvoir d’achat dépendra des coûts de l’énergie, du transport, de la distribution et du niveau de concurrence. La réussite du projet devra ainsi se mesurer à sa production effective, à la compétitivité du ciment commercialisé et à la part de valeur ajoutée conservée dans l’économie gabonaise.

Le ministre du Commerce, de l’Industrie et de la Transformation, Emanuel Eyeghe Nze, défend cette orientation : le Gabon doit aller au-delà de l’exploitation de ses ressources pour développer des industries capables de les valoriser, de former des compétences nationales et de structurer des chaînes de valeur. L’ambition est de faire de l’investissement productif un moteur de diversification économique plutôt qu’une réalisation isolée.

Du logement à l’emploi : l’épreuve des résultats

Le ciment constitue également un maillon essentiel de la politique du logement et du développement des infrastructures. Routes, écoles, hôpitaux et habitations dépendent de la disponibilité de matériaux à des prix soutenables. Pour Mays Mouissi, la politique industrielle doit donc accompagner celle du logement, en agissant sur les conditions qui rendent les constructions réalisables et accessibles.

La future cimenterie pourrait ainsi soutenir le développement urbain de Mondah Green Beach tout en alimentant d’autres projets immobiliers et publics. Encore faudra-t-il que les gains de production se traduisent concrètement par un meilleur accès aux matériaux, et non par une simple augmentation des capacités disponibles.

Les retombées annoncées sont importantes. Le projet pourrait créer entre 300 et 350 emplois directs, auxquels s’ajouteraient 2 000 à 3 000 emplois indirects dans le transport, la logistique, le commerce, les matériaux de construction et les services. Ces estimations devront être confrontées aux résultats effectifs du chantier puis de l’exploitation. Le développement de la sous-traitance locale, la formation professionnelle et l’intégration des entreprises gabonaises seront déterminants pour que l’investissement irrigue durablement l’économie nationale.

La dimension diplomatique renforce la portée du projet. Le Forum économique Gabon-Chine du 3 septembre 2024, organisé en marge du Forum sur la coopération sino-africaine, avait contribué à mobiliser plus de 4,3 milliards de dollars d’investissements privés annoncés. Le complexe de Mondah Green Beach s’inscrit dans cette dynamique, après la formalisation de perspectives de coopération et la présentation du programme aux populations de Malibé en 2025.

Pour Gao, directrice générale de Hope Global Investment, cette première pierre traduit la confiance des partenaires dans le potentiel du Gabon. Mais la confiance des investisseurs ne prendra toute sa valeur que si elle débouche sur des résultats mesurables.

Le véritable indicateur de réussite ne sera ni le montant annoncé ni la cérémonie inaugurale, mais la capacité du Gabon à produire durablement, à créer des emplois qualifiés et à rendre la construction plus accessible. Mondah Green Beach offre au pays une occasion de transformer un partenariat international en instrument de souveraineté économique. À Libreville désormais de veiller à ce que cette ambition industrielle se traduise en valeur ajoutée locale, en compétitivité et en progrès perceptible pour les populations.

FIN/INFOSGABON/SO/2026

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