Environnement

Gabon : Le climat mise sur la science

Libreville, Lundi 19 Octobre 2026 (Infos Gabon) – La nomination du professeur Alfred Ngomanda au poste de conseiller spécial et de secrétaire permanent du Conseil national climat (CNC) place l’expertise scientifique au centre d’un dispositif stratégique pour l’avenir du Gabon.

Spécialiste reconnu de l’écologie forestière, il prend ses fonctions au moment où Libreville entend mieux valoriser son capital naturel, notamment à travers les crédits carbone. Mais entre la connaissance des écosystèmes, la défense des intérêts climatiques du pays et la transformation de ses forêts en valeur économique, le défi sera de convertir le savoir scientifique en décisions publiques crédibles et en bénéfices durables.

Jusqu’au jeudi 15 octobre 2026, Alfred Ngomanda dirigeait le Centre national de la recherche scientifique et technologique (Cenarest). Sa nomination au CNC intervient dans une séquence institutionnelle particulièrement rapide. Stephen Mouba, nommé à la tête du Conseil le 8 octobre en remplacement de Fabrice Ntchango, a ensuite été appelé au gouvernement comme ministre de l’Environnement et du Climat. Alfred Ngomanda lui succède donc dans les fonctions de secrétaire permanent, que Stephen Mouba n’aura finalement pas eu le temps d’exercer.

Cette réorganisation place un scientifique expérimenté au cœur d’une institution dont les responsabilités dépassent le seul suivi des politiques environnementales. Pour le Gabon, dont les forêts constituent un patrimoine écologique majeur et un actif économique potentiel, la gouvernance climatique est désormais liée à des enjeux de souveraineté, de financement du développement et de crédibilité internationale.

Un profil scientifique au service de la décision publique

Professeur d’écologie forestière à l’Institut de recherche en écologie tropicale (IRET), Alfred Ngomanda a consacré une part importante de ses travaux à l’étude des effets des changements environnementaux, naturels ou provoqués par les activités humaines, sur les forêts et la biodiversité végétale du bassin du Congo.

Son parcours comprend plus de cinquante articles scientifiques évalués par des pairs, ainsi que des activités d’enseignement à l’Université de Masuku, à l’École nationale des eaux et forêts et à l’Université de Kinshasa, notamment dans le cadre de l’ERAIFT. Cette expérience académique et régionale lui confère une connaissance des enjeux écologiques qui dépassent les frontières gabonaises.

Sa participation aux conférences internationales sur le climat, aux travaux liés au Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (GIEC) et à différents forums scientifiques témoigne également de son implication dans les débats sur la biodiversité et le réchauffement planétaire.

Cette expertise constitue un atout pour le CNC, à condition qu’elle puisse irriguer effectivement la décision publique. Les données scientifiques doivent éclairer les arbitrages économiques, guider les politiques de conservation et permettre d’évaluer les résultats des engagements climatiques. La présence d’un spécialiste à la tête de l’administration permanente ne garantit pas, à elle seule, cette articulation. Elle lui donne toutefois la possibilité de la renforcer.

Les forêts, un patrimoine écologique et économique

En mai 2021, dans une tribune publiée par le quotidien L’Union, Alfred Ngomanda soulignait le rôle des forêts tropicales d’Afrique centrale dans la préservation de la biodiversité et la régulation du climat mondial. Ces écosystèmes interviennent dans les échanges de carbone entre la biosphère et l’atmosphère, tout en abritant une diversité biologique essentielle à l’équilibre écologique.

Le chercheur attirait également l’attention sur les risques que le changement climatique fait peser sur les ressources forestières, notamment l’okoumé, une essence importante pour l’économie gabonaise. Cette préoccupation rappelle que la dégradation des écosystèmes n’est pas uniquement une question de conservation. Elle peut aussi affecter les filières économiques, les emplois et les recettes associées à l’exploitation des ressources naturelles.

Alfred Ngomanda avait, dans ce contexte, appelé les pays industrialisés, historiquement responsables d’une part importante des émissions mondiales de gaz à effet de serre, à renforcer leurs efforts climatiques. Cette question demeure centrale pour les pays forestiers, qui supportent des coûts de protection alors que les bénéfices climatiques de leurs écosystèmes dépassent largement leurs frontières.

Le défi consiste donc à faire reconnaître cette contribution sans réduire la forêt à sa seule valeur carbone. Sa biodiversité, ses fonctions écologiques et les moyens de subsistance des populations doivent également être pris en compte.

Des crédits carbone à la preuve des résultats

Sur la période 2026-2032, le Gabon entend valoriser davantage son capital naturel, notamment à travers les mécanismes de compensation et les crédits carbone. Cette orientation ouvre des perspectives de financement, mais elle impose aussi des exigences élevées en matière de mesure des émissions, de vérification des résultats, de transparence et de protection des écosystèmes.

Un crédit carbone ne peut être durablement crédible que si la réduction ou la séquestration des émissions est démontrée, mesurable et suivie dans le temps. La qualité des données scientifiques, la robustesse des méthodes de calcul et la clarté des règles de gouvernance seront donc déterminantes pour attirer des financements sans fragiliser la confiance des partenaires.

La mission d’Alfred Ngomanda sera ainsi d’aider à rapprocher recherche, stratégie climatique et décisions économiques. Il lui faudra contribuer à la crédibilité des dispositifs de valorisation du patrimoine naturel, tout en veillant à ce que les retombées ne se limitent pas aux transactions financières.

Le choix d’un scientifique expérimenté peut renforcer la capacité du Gabon à défendre ses intérêts climatiques. Mais la réussite du CNC se mesurera à la qualité des politiques qu’il contribue à construire, à la protection effective des forêts et aux bénéfices durables obtenus pour le pays. Dans l’économie mondiale du carbone, la richesse naturelle ne devient un avantage stratégique que lorsqu’elle s’appuie sur la science, la transparence et des résultats vérifiables.

FIN/INFOSGABON/SO/2026

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