Economie

Gabon : Le coût fiscal de la transformation minière

Libreville, Jeudi 8 Octobre 2026 (Infos Gabon) – Le Gabon veut accélérer la transformation locale de ses minerais, mais la Banque mondiale l’invite à regarder de plus près le prix fiscal de cette stratégie. Dans ses recommandations, l’institution propose de revoir les avantages accordés aux entreprises qui transforment localement les ressources minières, estimant que certaines exonérations réduisent fortement les recettes de l’État. Le débat dépasse donc la seule question fiscale. Il touche au modèle économique que le pays veut construire autour de ses ressources naturelles.

Au cœur de la recommandation figure la redevance minière. La Banque mondiale préconise d’appliquer un taux réduit aux minerais transformés, alors que ceux-ci bénéficient actuellement d’une exonération. Selon ses estimations, cette mesure aurait privé l’État gabonais d’environ 61,7 milliards de FCFA de recettes minières en 2022. Un montant suffisamment important pour remettre en question l’équilibre entre soutien à l’investissement industriel et préservation des ressources publiques.

L’objectif initial de l’exonération est pourtant compréhensible. En encourageant les entreprises à transformer les minerais sur place, le Gabon cherche à sortir progressivement d’un modèle fondé sur l’exportation de matières premières brutes. La transformation doit permettre de créer davantage de valeur dans le pays, de développer des emplois industriels, de renforcer les compétences locales et d’élargir les chaînes de sous-traitance.

Mais l’incitation fiscale peut devenir contre-productive lorsqu’elle réduit trop fortement la contribution des activités qu’elle cherche précisément à développer. C’est le paradoxe relevé par la Banque mondiale. Une politique conçue pour favoriser la transformation peut finir par coûter cher au budget national si elle n’est pas calibrée en fonction des gains économiques réellement générés.

Le calendrier rend cette question encore plus stratégique. Le Gabon prévoit d’interdire l’exportation de minerai brut à partir de 2029. Cette échéance doit pousser les opérateurs à investir davantage dans les capacités locales de transformation, mais elle oblige aussi l’État à construire un cadre fiscal suffisamment attractif pour accompagner cette mutation sans sacrifier durablement ses recettes.

Le sujet est donc moins de choisir entre fiscalité et industrialisation que de trouver un équilibre entre les deux. Une redevance réduite pourrait permettre de maintenir une incitation à transformer localement tout en réintroduisant une contribution au financement des politiques publiques. Encore faut-il que son niveau soit suffisamment prévisible pour ne pas décourager les investissements industriels et suffisamment significatif pour que la transformation profite réellement à l’économie nationale.

Pour le Gabon, cette réflexion arrive à un moment décisif. La fin annoncée des exportations de minerai brut ne garantit pas, à elle seule, l’émergence d’une véritable industrie minière. Celle-ci dépendra des infrastructures, de l’énergie disponible, des compétences, de l’accès au financement et surtout d’une fiscalité cohérente avec les ambitions industrielles.

Le véritable défi sera donc de faire de la transformation locale autre chose qu’une simple obligation réglementaire. Elle devra devenir un mécanisme de création de valeur durable. Si le Gabon veut conserver davantage de richesse issue de son sous-sol, il devra accepter de revoir ses incitations, mais aussi exiger en retour des investissements, des emplois et des retombées économiques à la hauteur des avantages consentis.

FIN/INFOSGABON/SO/2026

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