Gabon : Le gaz torché bientôt taxé
Libreville, Lundi 12 Octobre 2026 (Infos Gabon) – Le Gabon veut faire payer le gaspillage d’une ressource énergétique. En annonçant la création d’une taxe environnementale sur le torchage du gaz naturel, lors du Conseil des ministres du 8 octobre 2026, l’exécutif ouvre un nouveau chapitre de sa politique pétrolière. L’objectif affiché est double : réduire les émissions liées à cette pratique et inciter les producteurs à récupérer un gaz encore trop souvent brûlé faute d’infrastructures adaptées. Mais l’efficacité de cette réforme dépendra d’un arbitrage essentiel : faire de la fiscalité un levier de transformation industrielle, plutôt qu’une simple charge supplémentaire pour les opérateurs.
Présentée par le ministère de l’Économie, des Finances, de la Dette et des Participations, la mesure doit concerner les opérations d’exploration, de développement, de production et de traitement des hydrocarbures sur le territoire national. Le barème et la date d’entrée en vigueur restent à préciser par des textes d’application. L’annonce fixe donc une orientation politique, mais les modalités concrètes de son application ne sont pas encore connues.
Une ressource brûlée, une valeur perdue
Le torchage consiste à brûler le gaz associé à l’extraction du pétrole, notamment lorsque les installations ne permettent ni de le collecter, ni de le transporter, ni de le valoriser dans des conditions économiquement viables. Cette pratique entraîne des émissions polluantes tout en privant les producteurs et le pays d’une ressource potentiellement utile à la production d’énergie ou à l’activité industrielle.
Le problème est particulièrement sensible au Gabon. Selon les données historiques présentées par la Banque mondiale, le volume de gaz torché est passé de 1,3 milliard de mètres cubes en 2012 à 1,6 milliard en 2015, avant de se stabiliser autour de 1,4 milliard en 2022. Cette même source indiquait que l’intensité du torchage — le volume brûlé rapporté à la production pétrolière — demeurait élevée.
La fiscalité envisagée vise ainsi une pratique qui se situe au croisement des enjeux climatiques, énergétiques et économiques. En renchérissant le coût du torchage, l’État peut encourager les opérateurs à investir dans la récupération du gaz, sa réinjection ou son utilisation. Toutefois, cette incitation ne fonctionnera que si les solutions techniques sont accessibles et si les débouchés commerciaux rendent les investissements viables, notamment sur les champs matures où les marges peuvent être limitées.
Le barème déterminera la portée de la réforme
Les compagnies pétrolières devront intégrer cette nouvelle contrainte à leurs calculs d’exploitation une fois les modalités fixées. Parmi les opérateurs présents dans le pays figurent Perenco, Assala Energy, Maurel & Prom et Vaalco Energy. L’impact réel sur chacun dépendra de son niveau de torchage, des caractéristiques de ses installations et du dispositif finalement retenu.
Un barème trop faible risquerait de transformer la taxe en simple prélèvement sans réduction notable des volumes brûlés. À l’inverse, une charge élevée, appliquée sans tenir compte des contraintes techniques et de la maturité des champs, pourrait peser sur la rentabilité de certaines opérations. L’équilibre sera donc déterminant entre la fermeté du signal environnemental et la nécessité de préserver les investissements qui permettent précisément de réduire le torchage.
Le Gabon n’avance pas seul sur ce terrain. Il figure parmi les pays qui soutiennent l’initiative « Zero Routine Flaring by 2030 » de la Banque mondiale, destinée à mettre fin au torchage de routine d’ici à la fin de la décennie. À l’échelle mondiale, le volume de gaz brûlé a atteint 151 milliards de mètres cubes en 2024, selon le suivi publié en 2025 par l’institution. Ce chiffre illustre l’ampleur d’un problème qui persiste malgré les engagements internationaux.
De la taxe à la stratégie énergétique
L’intérêt de la réforme pourrait dépasser la seule réduction des émissions. Une meilleure récupération du gaz associé pourrait contribuer à renforcer l’approvisionnement énergétique, à soutenir certains usages industriels et à développer de nouvelles activités de valorisation. Mais ces perspectives ne se concrétiseront pas automatiquement : elles nécessitent des réseaux de collecte, des équipements, des débouchés identifiés et des investissements coordonnés entre l’État et les opérateurs.
La cohérence avec le code des hydrocarbures, la prochaine loi de finances et la politique énergétique sera donc déterminante. La transparence du barème, le suivi des volumes torchés et la publication des résultats permettront de mesurer si la taxe modifie réellement les comportements. Il faudra également distinguer les émissions évitées des recettes fiscales générées, deux résultats qui ne sont pas nécessairement équivalents.
Le succès de cette mesure ne se jugera pas à ce qu’elle rapporte au Trésor, mais à la quantité de gaz qui cessera d’être brûlée et pourra être utilement valorisée. En transformant une perte énergétique en incitation à investir, le Gabon peut rapprocher ses engagements environnementaux de ses ambitions industrielles. Encore faut-il que la taxe soit conçue comme le point de départ d’une politique de récupération du gaz, et non comme son aboutissement.
FIN/INFOSGABON/SO/2026
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