Gabon : le pari du poulet local
Libreville, Samedi 25 avril 2026 (infos Gabon) – À l’heure où la dépendance alimentaire fragilise de nombreuses économies africaines, le Gabon choisit de reprendre la main.
La signature d’un accord stratégique dans le secteur avicole marque un tournant : produire localement, structurer une filière et réduire une facture d’importation devenue insoutenable.
Une offensive industrielle contre la dépendance alimentaire
Le signal est clair. En scellant un partenariat avec la Société Gabonaise de Production Avicole (SGPA), l’État gabonais amorce une transformation profonde de sa filière avicole.
Autour du ministre de l’Industrie, Lubin Ntoutoume, et du directeur général de la SGPA, Georges Kanaan, un protocole d’accord a été signé vendredi avec un objectif précis : faire émerger une production locale de poulets de chair capable de rivaliser avec les importations massives.
Car aujourd’hui, le constat est sans appel : le Gabon importe chaque année près de 90 000 tonnes de poulets congelés. Une dépendance coûteuse, économiquement et stratégiquement.
Un complexe industriel pour changer d’échelle
Au cœur de cet accord, un projet structurant : la création d’un complexe avicole intégré à proximité de Libreville, sur un site d’environ 40 hectares. L’ambition est industrielle, assumée et chiffrée : produire jusqu’à 85 000 poulets par semaine dès la première année. Un saut quantitatif rendu possible par une organisation intégrée de toute la chaîne de valeur.
Le projet prévoit notamment : des poulaillers modernes (au moins 12 unités de production), une ferme de reproductrices, un couvoir industriel, une usine de fabrication d’aliments, un abattoir certifié aux normes internationales, ainsi qu’une chaîne logistique complète, incluant le froid et la distribution.
À cela s’ajoute un élément stratégique : une centrale solaire autonome, destinée à sécuriser l’approvisionnement énergétique et à réduire les coûts d’exploitation.
Un modèle économique sans pression sur les finances publiques
L’un des aspects les plus remarquables de ce projet réside dans son financement : 100 % privé. Dans un contexte où les ressources publiques sont contraintes, ce choix traduit une volonté claire de repositionner l’État comme facilitateur plutôt que financeur direct. Son rôle consistera à accompagner, encadrer et accélérer la mise en œuvre, notamment à travers la simplification des procédures administratives.
Ce modèle de partenariat public-privé pourrait faire école, en démontrant qu’il est possible de développer des infrastructures stratégiques sans alourdir la dette publique.
Une filière structurée, au bénéfice des éleveurs locaux
Mais l’ambition ne s’arrête pas à la production industrielle. Le projet se veut également inclusif. Selon Georges Kanaan, le complexe est conçu comme un hub au service de l’ensemble de la filière.
Les éleveurs locaux pourront bénéficier d’un accès aux poussins
d’aliments de qualité, d’infrastructures d’abattage et de solutions logistiques. Une approche qui vise à structurer durablement le secteur, en intégrant les petits et moyens producteurs dans une chaîne de valeur modernisée.
Souveraineté alimentaire : un enjeu stratégique
Derrière ce projet, c’est toute la question de la souveraineté alimentaire qui se joue. En réduisant sa dépendance aux importations, le Gabon cherche à sécuriser son approvisionnement, stabiliser les prix et renforcer son autonomie économique.
Le secteur avicole apparaît comme un levier prioritaire, en raison de la forte demande en protéines animales et de la relative rapidité des cycles de production. Ce projet répond également à un impératif social : la création d’emplois qualifiés, avec une priorité donnée à la main-d’œuvre nationale.
Un test grandeur nature pour la politique industrielle
La réussite de cette initiative dépendra toutefois de plusieurs facteurs. Il s’agit notamment de la capacité à maintenir des coûts compétitifs face aux importations, la rigueur dans l’application des normes sanitaires et l’efficacité de la distribution sur le marché local.
Elle sera également scrutée comme un indicateur de la capacité du pays à conduire des projets industriels complexes dans la durée.
Produire pour exister
Avec cet accord, le Gabon ne se contente pas de lancer un projet avicole. Il envoie un message plus large : celui d’un pays décidé à transformer ses vulnérabilités en opportunités. Dans un monde où les chaînes d’approvisionnement sont de plus en plus instables, produire localement n’est plus une option, mais une nécessité stratégique.
Reste une question essentielle : ce modèle industriel saura-t-il s’imposer face aux habitudes d’importation et aux contraintes du marché ? Car au-delà des chiffres et des infrastructures, c’est bien là que se jouera le véritable succès de ce pari : dans la capacité du poulet gabonais à conquérir les assiettes gabonaises.
FIN/INFOSGABON/SO/2026
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