Economie

Gabon : Le réveil du corridor gabonais

Libreville, Jeudi 28 Mai 2026 (Infos Gabon) – Pendant des années, la route Ndendé-Doussala a incarné l’un des grands paradoxes des infrastructures africaines. Projet stratégique annoncé avec ambition, financements mobilisés, enjeux régionaux considérables, mais avancées lentes et doutes persistants sur sa concrétisation.

Aujourd’hui, le chantier semble enfin sortir de cette zone d’incertitude. Le début effectif du bitumage marque une accélération qui redonne de la crédibilité à l’un des axes routiers les plus sensibles du sud gabonais.

Le 21 mai dernier, une mission conduite par le ministère gabonais des Travaux publics et de la Construction a constaté une montée en puissance visible des travaux sur cet axe de 48 kilomètres reliant Ndendé à Doussala, à proximité de la frontière congolaise. Deux mois plus tôt, le projet suscitait pourtant de fortes inquiétudes. Le taux d’exécution plafonnait alors à 27 %, alimentant les interrogations de la Banque africaine de développement (BAD), principal bailleur du chantier, sur la capacité des entreprises à respecter les engagements pris.

Depuis, le rythme a changé. Sur le terrain, les ouvrages hydrauliques progressent rapidement avec 20 dalots déjà achevés sur les 34 prévus. Surtout, les travaux de grave non traitée, de grave-bitume et le lancement concret des opérations de bitumage témoignent d’une accélération significative des activités menées par l’entreprise chinoise Syno-Hydro.

Pour les autorités gabonaises, cette évolution dépasse largement le simple suivi technique d’un chantier routier. Elle constitue un test politique et stratégique majeur pour la dynamique infrastructurelle engagée depuis l’arrivée au pouvoir de Brice Clotaire Oligui Nguema.

Une route au cœur des ambitions régionales

L’importance de l’axe Ndendé-Doussala ne se mesure pas uniquement à ses 48 kilomètres. Cette route s’inscrit dans l’un des projets de connectivité les plus ambitieux du continent africain, la Transafricaine reliant l’Algérie à l’Afrique du Sud à travers plusieurs États.

Dans cette architecture continentale, le tronçon gabonais joue un rôle charnière. Il renforce l’ouverture du sud du Gabon vers le Congo voisin tout en consolidant la place du pays dans les échanges régionaux d’Afrique centrale.

Depuis le lancement officiel du chantier en 2024, les autorités gabonaises présentent cette infrastructure comme un levier de désenclavement économique et de rééquilibrage territorial. Derrière le discours politique apparaît une réalité économique bien identifiée. Le sud du Gabon demeure l’une des zones les moins connectées aux grands circuits commerciaux nationaux et régionaux.

Le corridor Ndéndé – Doussala

L’amélioration de cet axe pourrait transformer durablement les échanges dans une région où les coûts logistiques restent particulièrement élevés. Bois, agriculture, transport de marchandises, circulation des personnes, plusieurs secteurs dépendent directement de la modernisation de cette liaison routière.

Pour les opérateurs économiques, la fluidification des échanges transfrontaliers pourrait également renforcer l’attractivité du sud gabonais et favoriser l’intégration progressive de cette zone aux grands corridors commerciaux de la sous-région.

Une nouvelle doctrine des infrastructures

Mais le projet Ndendé-Doussala révèle aussi une évolution plus profonde de la stratégie gabonaise en matière d’aménagement du territoire. Longtemps, les infrastructures routières africaines ont été pensées comme de simples équipements de circulation. Le modèle désormais défendu par Libreville se veut plus global.

Le chantier est ainsi divisé en deux volets distincts. Au-delà de la route elle-même, le premier lot confié à Unik BTP prévoit une série d’infrastructures sociales et économiques destinées à transformer durablement l’environnement local.

Garderie, centre multifonctionnel, éclairage public solaire, kits de transformation agricole, réhabilitation d’écoles et de dispensaires, forages d’eau, le projet cherche à créer autour de la route un véritable écosystème de développement. Cette approche traduit une doctrine nouvelle où les infrastructures deviennent des instruments de cohésion sociale, de souveraineté territoriale et d’influence économique régionale.

Dans un contexte africain marqué par les retards chroniques des grands projets publics, la relance visible du chantier Ndendé-Doussala représente donc bien plus qu’une simple reprise technique. Elle constitue un enjeu de crédibilité pour les autorités gabonaises et un signal adressé aux partenaires financiers internationaux.

Car derrière cette route se joue une question centrale pour le Gabon contemporain. Celle de la capacité du pays à transformer ses ambitions infrastructurelles en réalisations concrètes capables de remodeler durablement son économie et son positionnement régional.

Après les doutes des derniers mois, le chantier retrouve aujourd’hui de l’élan. Reste désormais à maintenir cette cadence jusqu’à l’achèvement complet d’un corridor appelé à devenir l’un des axes stratégiques majeurs du sud gabonais.

FIN/INFOSGABON/SO/2026

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