Economie

Gabon : L’eau sous commandement de l’Etat

Libreville, Jeudi 2 Juillet 2026 (Infos Gabon) – Confronté à une crise hydrique devenue l’une des principales préoccupations sociales du pays, le Gabon a choisi une réponse radicale. Le gouvernement a décrété un état d’urgence hydrique, repris le contrôle direct de la distribution d’eau dans le Grand Libreville, saisi 55 camions-citernes impliqués dans des circuits jugés illégaux et fixé de nouveaux tarifs réglementés.

Derrière cette décision spectaculaire se joue bien davantage qu’une simple opération de police économique. C’est l’affirmation d’une nouvelle doctrine de gouvernance où l’État entend reprendre la maîtrise d’un service public essentiel devenu, au fil des années, un marché parallèle particulièrement lucratif.

La fin d’un système parallèle

Depuis près de vingt ans, les pénuries récurrentes d’eau potable ont profondément modifié les habitudes de consommation dans la capitale gabonaise. Face aux insuffisances du réseau officiel, un vaste système de distribution parallèle s’est progressivement développé. Des opérateurs privés, parfois en lien avec des sous-traitants ou des intermédiaires gravitant autour du secteur, acheminaient quotidiennement des milliers de litres d’eau vers les quartiers les plus touchés.

Cette économie de la pénurie avait fini par créer ses propres règles. Dans plusieurs zones du Grand Libreville, une cuve de 1 000 litres pouvait être vendue entre 10 000 et 20 000 francs CFA, parfois davantage. Pour de nombreuses familles, l’accès à l’eau dépendait désormais davantage de leur pouvoir d’achat que du service public.

Les révélations issues des échanges entre le président Brice Clotaire Oligui Nguema et des agents de la Société d’Énergie et d’Eau du Gabon (SEEG) ont accéléré la réaction gouvernementale. Selon les autorités, certains réseaux impliqueraient des agents de la SEEG, des prête-noms, des groupements d’intérêts économiques illégaux ainsi que des opérateurs profitant des dysfonctionnements du système public pour alimenter un commerce considéré comme abusif.

L’État reprend la main

La réponse a été immédiate. Sur instruction du chef de l’État, le ministre de l’Accès universel à l’Eau et à l’Énergie, Philippe Tonangoye, a annoncé un ensemble de mesures exceptionnelles fondées sur la législation nationale relative à l’eau. Cinquante-cinq véhicules impliqués dans ces activités ont été placés sous saisie conservatoire. Les installations de stockage et d’approvisionnement considérées comme irrégulières font également l’objet d’opérations de démantèlement.

Surtout, la distribution de l’eau est désormais assurée directement par les forces de défense et de sécurité. Sapeurs-pompiers, Garde républicaine, Génie militaire et Gendarmerie nationale sont mobilisés pour approvisionner les populations. Un dispositif inédit qui transforme temporairement l’accès à l’eau en mission de sécurité nationale.

Afin de protéger les consommateurs, une nouvelle grille tarifaire est imposée. Le prix d’une cuve de 1 000 litres est plafonné à 3 000 francs CFA. Un fût de 200 litres ne peut dépasser 600 francs CFA et 100 litres sont désormais fixés à 300 francs CFA.

Pour le gouvernement, l’objectif est clair. Mettre fin à la spéculation tout en garantissant l’accès à une ressource que les autorités rappellent être un droit constitutionnel.

Une urgence qui révèle un défi plus profond

Si la lutte contre les circuits illicites bénéficie d’un large soutien, elle soulève également une question fondamentale. Comment assurer durablement l’approvisionnement d’une agglomération de plus d’un million d’habitants lorsque les infrastructures existantes peinent encore à répondre à la demande ?

L’arrêt brutal des réseaux parallèles a immédiatement plongé de nombreux ménages, commerces, hôtels, restaurants et entreprises dans l’incertitude. Pour beaucoup, ces circuits informels constituaient la seule solution face aux défaillances persistantes du réseau officiel.

Conscient de cette réalité, le gouvernement présente l’état d’urgence hydrique comme une mesure transitoire. Les autorités affirment vouloir simultanément soulager les populations et accélérer les réformes structurelles du secteur.

Cette double approche s’inscrit dans la stratégie défendue par Brice Clotaire Oligui Nguema depuis son arrivée au pouvoir. Répondre aux urgences sans renoncer aux transformations de fond. Dans le cas de l’eau, cela signifie réorganiser la gouvernance du secteur, moderniser les infrastructures, renforcer les capacités de production et restaurer la confiance dans le service public.

Au-delà des saisies et des opérations de contrôle, le véritable enjeu est donc ailleurs. Il s’agit de démontrer qu’un État peut reprendre le contrôle d’un secteur vital tout en garantissant l’efficacité du service rendu. La crise actuelle révèle que l’eau n’est plus seulement une question technique. Elle est devenue un enjeu économique, social et politique majeur.

En choisissant de placer l’accès à l’eau sous son autorité directe, le Gabon ouvre une nouvelle séquence où la souveraineté sur les services essentiels devient l’un des marqueurs les plus visibles de l’action publique.

FIN/INFOSGABON/SO/2026

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