Gabon : Libreville veut transmettre son identité à sa jeunesse
Libreville, Vendredi 28 Août 2026 (Infos Gabon) – À Libreville, la culture entre dans une nouvelle logique, celle de la transmission organisée. La première édition du Village Culturel Vacances, portée par la municipalité autour du thème « Ma langue, ma culture et mon identité », s’achève ce vendredi 28 août 2026 après plusieurs semaines d’activités destinées aux enfants et adolescents.
Lancée le 30 juillet, l’initiative a installé dans les six arrondissements de la capitale des espaces où la jeunesse pouvait apprendre, pratiquer et découvrir autrement les éléments qui composent le patrimoine gabonais.
Sous le pilotage de la Direction générale de la Culture et du sixième adjoint au maire, Félix Andy Makindey Nze-Nguema, le programme a notamment associé l’apprentissage des langues nationales, la découverte de l’histoire, les arts et traditions, les jeux de société, la gastronomie et l’artisanat. Environ 700 jeunes âgés de 7 à 17 ans devaient participer à cette première édition, organisée dans des établissements publics répartis à travers les six arrondissements de Libreville.
L’initiative prend une résonance particulière dans un pays où la question de la transmission culturelle revient au premier plan. Le Gabon a récemment renforcé ses démarches autour de la sauvegarde du patrimoine immatériel et de la valorisation des langues nationales. En juillet, le pays a notamment été distingué dans le cadre du projet « École et Langues Nationales » pour les progrès accomplis dans cette direction. Le gouvernement entend désormais poursuivre l’intégration progressive des langues locales dans l’éducation, à travers des curricula, des supports pédagogiques et la formation des enseignants.
Le Village Culturel Vacances intervient donc à un moment où l’identité culturelle est progressivement considérée comme une composante de l’éducation et de la cohésion sociale, et non comme un sujet réservé aux spécialistes du patrimoine. Cette approche rejoint d’ailleurs les orientations nationales affirmées en 2026, qui présentent la jeunesse, la culture et les arts comme des leviers de cohésion, de développement et de rayonnement international.
Le choix de commencer par les plus jeunes est particulièrement pertinent. Une langue, un récit traditionnel, une danse ou un savoir-faire qui ne sont plus pratiqués finissent par devenir des objets de mémoire. À l’inverse, lorsqu’ils sont transmis dans des cadres vivants, ils peuvent évoluer avec leur époque sans perdre leur fonction identitaire. C’est probablement là que se trouve la véritable ambition du dispositif lancé par Eugène Mba. Il ne s’agit pas seulement d’occuper les enfants pendant les vacances, mais de créer un rapport plus naturel entre la jeunesse urbaine et les différentes composantes du patrimoine national.
La présence de l’UNESCO au lancement du programme confirme également l’intérêt porté à cette démarche. L’organisation avait salué l’initiative, considérant qu’elle offre aux jeunes de Libreville un espace d’apprentissage et de découverte du patrimoine.
Mais la prochaine étape sera la plus importante. Une expérience culturelle ne produit un effet durable que si elle survit au calendrier des vacances. La municipalité devra donc transformer ce premier essai en programme régulier, documenter les résultats, former davantage d’animateurs et associer les détenteurs traditionnels des savoirs, les enseignants, les artistes et les familles. Les langues nationales notamment ne pourront progresser durablement que si les jeunes les retrouvent également à l’école, dans les familles et dans les espaces publics.
Le Village Culturel Vacances offre ainsi à Libreville une occasion de dépasser la seule célébration du patrimoine. Il peut devenir un laboratoire de transmission culturelle, capable de rapprocher une jeunesse fortement exposée aux influences mondiales de ses propres références historiques et linguistiques.
L’enjeu est finalement moins de conserver le passé que de lui donner une nouvelle génération. Avec cette première édition, Libreville a posé une pierre importante. La réussite véritable sera de faire en sorte que les enfants qui ont appris une langue, découvert une tradition ou rencontré un artisan pendant ces vacances continuent à la pratiquer demain. Une identité culturelle ne se décrète pas et ne se conserve pas sous vitrine. Elle se transmet, se pratique et se réinvente.
FIN/INFOSGABON/SO/2026
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