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Gabon : l’opposition joue sa crédibilité en se positionnant à la fois comme contre-pouvoir et force constructive

Libreville, Jeudi 2 Octobre 2025 (Infos Gabon) – Au lendemain des élections législatives et locales du 27 septembre, les réactions de l’opposition gabonaise n’ont pas tardé. Elles oscillent entre indignation et appels au renouveau, comme pour rappeler que la démocratie est encore une science expérimentale dans nos pays.

Alain-Claude Bilie By Nze, ancien Premier ministre et aujourd’hui figure de l’opposition, a choisi la radicalité : demander l’annulation pure et simple des élections. Illusion ou stratégie, chacun appréciera. Raymond Ndong Sima, lui aussi ancien Premier ministre et président de l’Alliance Patriotique (AP), n’a pas été tendre : irrégularités, désorganisation, intimidations… son réquisitoire contre le processus électoral n’a épargné personne. Et d’autres voix, plus discrètes mais tout aussi acerbes, ont dénoncé bourrages d’urnes, bulletins manquants, transport d’électeurs et autres vieilles ficelles d’un théâtre politique bien connu.

Sur la liste, s’ajoute Julien Nkoghe Bekale, ancien Premier ministre comme les deux premiers cités et membre du Parti Démocratique Gabonais (PDG), dénonce également un processus électoral jugé entaché de fraudes massives et d’irrégularités, et demande la reprise des élections.

Tout cela est vrai, et nul ne peut le nier. L’Autorité de Contrôle des Élections et du Référendum (ACER) elle-même a reconnu des anomalies, allant jusqu’à recommander l’annulation de certains scrutins locaux et la sanction des responsables. Le gouvernement a promis de suivre, de remplacer les fautifs et d’organiser de nouvelles élections là où la légalité a été piétinée. Bref, la machine s’ajuste.

Mais fallait-il, au nom de ces anomalies localisées, jeter par-dessus bord tout le processus national ? Recommencer les élections comme on recommence une partie de cartes, pendant que le peuple attend désespérément des routes carrossables, des hôpitaux qui soignent, de l’eau potable dans les robinets et des emplois pour la jeunesse ?

C’est là que le débat devient absurde. À force de réclamer l’annulation de tout, on finit par annuler l’avenir.

Car le vrai sujet n’est pas de savoir si tel bureau a ouvert avec deux heures de retard, mais si le Gabon saura, un jour, se donner les moyens de son développement. Est-ce que nos responsables politiques, si prompts à s’écharper pour des sièges, ont déjà songé à bâtir une université de technologie dans le Grand Libreville, ou une école de polytechnique capable de former et retenir les ingénieurs du pays ? Voilà une idée qui ne divise pas : une élection que l’on gagne à chaque génération, en remplissant les amphithéâtres de matière grise plutôt que les urnes de bulletins suspects.

Car tant que nos meilleurs cerveaux chercheront à s’exiler faute de structures adaptées, tant que nos chercheurs bricoleront sans financements, nous pourrons toujours voter et revoter : le Gabon restera spectateur pendant que d’autres nations avancent.

La critique, certes, est utile : elle fait avancer la démocratie. Mais l’obsession de tout remettre à zéro condamne à tourner en rond. L’histoire retiendra que ce pays n’a pas besoin d’un éternel recommencement, mais d’un départ ferme et clair vers l’avenir. Les défis sont immenses, à l’instar de l’urbanisme, la santé, l’éducation, l’environnement, la recherche, et ne se relèveront ni avec des communiqués d’annulation ni avec des procès électoraux sans fin.

La jeunesse observe. Elle a montré, en se présentant massivement comme candidates et candidats à ces élections, qu’elle refuse la politique de palabres. Elle veut des solutions. Elle veut avancer.

Il est temps que la classe politique, opposition comprise, comprenne enfin cette évidence : annuler, c’est reculer. Construire, c’est exister.

FIN/INFOSGABON/SO/2025

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