Politique

Gabon : Makokou accueille Oligui Nguema, la route comme preuve

Libreville, Vendredi 28 Août 2026 (Infos Gabon) – Makokou n’avait pas attendu l’arrivée du président pour entrer dans la fête. Mais jeudi 27 août 2026, lorsque Brice Clotaire Oligui Nguema a finalement franchi les portes de la capitale de l’Ogooué-Ivindo après près de dix heures de route depuis le Haut-Ogooué, l’accueil populaire a donné à son arrivée une tonalité particulière.

Cris de joie, foule massée sur la rive gauche, rencontres improvisées et échanges avec les femmes du pont de l’Ivindo ont transformé un déplacement présidentiel en scène de proximité. Le chef de l’État venait pourtant de vivre pendant plusieurs heures ce que vivent quotidiennement nombre de Gabonais sur les longues distances entre provinces.

Arrivé par voie terrestre, le président a été accueilli notamment par le gouverneur de l’Ogooué-Ivindo, Christiane Leckat, plusieurs membres du gouvernement et une foule nombreuse. Mais c’est au pont de l’Ivindo que le déplacement a pris sa dimension la plus symbolique. Brice Clotaire Oligui Nguema s’y est arrêté pour échanger avec des femmes venues à sa rencontre, sur un lieu qui porte encore la mémoire de leur mobilisation de 2023 pour dénoncer les destructions de leurs productions vivrières.

La scène résume une méthode que le pouvoir veut désormais installer dans ses déplacements à travers le pays. Avant les tribunes officielles, il y a le terrain. Avant les discours, il y a l’écoute. Et avant les inaugurations, il y a parfois la réalité brute d’une route, d’un village ou d’un problème exprimé directement par les populations.

À Makokou, le président s’est ensuite rendu à pied jusqu’à la place des fêtes, où il a inspecté les installations de la tribune officielle. C’est dans cette séquence de proximité qu’il a entonné une chanson avec les populations, évoquant la construction du pays et, plus particulièrement, la route qu’il venait lui-même d’emprunter entre le Haut-Ogooué et l’Ogooué-Ivindo.

Le choix des mots et du moment est révélateur. Ce n’est pas depuis une tribune qu’il parlait de la route. Il venait de la parcourir pendant près de dix heures. Il venait de traverser la forêt, des villages et des portions de réseau routier dont l’état rappelle concrètement les distances qui séparent encore certaines populations des grands centres urbains.

Dix heures sur la route, un message devenu concret

Le déplacement avait été annoncé comme un choix délibéré de rejoindre Makokou par voie terrestre. Le président venait ainsi s’exposer aux contraintes que son gouvernement entend précisément réduire par ses investissements routiers. L’itinéraire lui a offert une immersion à grande échelle dans un pays dont le développement reste fortement conditionné par la qualité de ses connexions internes.

Cette expérience donne une portée particulière à l’engagement pris autour de cette liaison. La route reliant les deux provinces doit progressivement être modernisée, avec une réalisation qui pourrait s’étaler sur plusieurs années, possiblement trois à quatre ans selon les projections évoquées autour du projet. Le président a donc défendu une logique de patience dans l’exécution mais de fermeté dans l’engagement.

L’annonce est importante parce qu’elle intervient après l’expérience vécue pendant le trajet. Le président ne parle plus seulement d’une ligne sur une carte ou d’un projet administratif. Il vient d’en mesurer personnellement les contraintes. Cette réalité donne davantage de poids à son message sur la nécessité de construire.

À quelques jours du 30 août, cette séquence prend aussi une dimension politique. Makokou accueille la troisième édition de la Fête de la Libération après Libreville en 2024 et Tchibanga en 2025. Mais cette année, la commémoration s’accompagne d’une démonstration très concrète de la politique territoriale du gouvernement. Routes, marchés, mairies, lycée, hôtel, logements et bâtiments administratifs sont au programme des inaugurations annoncées dans la province.

Le président ne s’est donc pas contenté d’arriver à Makokou pour célébrer une date nationale. Il y arrive au terme d’un trajet qui résume l’un des principaux défis du pays. Relier les territoires pour permettre aux populations de circuler, aux producteurs d’écouler leurs marchandises, aux entreprises d’investir et aux services publics d’atteindre ceux qui vivent loin des capitales provinciales.

La promesse devra résister au temps

La difficulté commence précisément maintenant. Une route de 263 kilomètres reliant Makokou (Ogooué-Ivindo) à Okondja (Haut-Ogooué) ne peu pas être construite en quelques jours et les bénéfices attendus ne seront pas immédiats. Mais ce projet viendra se joindre à d’autres déjà en cours dans l’Ogooué-Ivindo. Le chantier Makokou–Mékambo–Ekata, destiné à renforcer la connexion vers le nord-est du pays et la frontière congolaise, devra mobiliser des moyens considérables. Le gouvernement a justement réceptionné à Libreville 144 engins destinés à accélérer les travaux, signe que l’exécutif veut passer de l’annonce à l’exécution.

La promesse faite aux populations prendra donc tout son sens dans la durée. Trois ou quatre années peuvent sembler longues pour ceux qui empruntent aujourd’hui des axes difficiles, mais une infrastructure routière correctement conçue, construite et entretenue peut transformer une région pour plusieurs décennies.

Le voyage présidentiel donne également un autre relief aux préoccupations exprimées par les populations. Au pont de l’Ivindo comme dans les villages traversés, le chef de l’État a pu constater que la demande de développement ne se résume pas à la construction de bâtiments. Elle porte sur la capacité à se déplacer, produire, commercer, accéder aux soins et relier les communautés.

C’est finalement ce qui donne à la chanson improvisée à Makokou une portée presque politique. En évoquant la construction du pays avec ceux qui venaient de l’accueillir, Oligui Nguema cherchait à faire du développement une œuvre collective. Mais cette vision crée aussi une obligation de résultat pour l’État. Les populations peuvent accepter d’attendre trois ou quatre ans lorsqu’elles ont la conviction que le chantier avance réellement, que les moyens sont mobilisés et que le calendrier est tenu.

Le 27 août 2026, Makokou n’a donc pas seulement accueilli un président. Elle a accueilli un engagement formulé après une expérience de terrain particulièrement concrète. Dix heures de route ont donné au discours sur le désenclavement une réalité que ne peut produire aucun dossier administratif. Reste maintenant à transformer cette expérience en ouvrage. Car la meilleure réponse à ceux qui ont accueilli le chef de l’État avec enthousiasme ne sera pas une nouvelle chanson ni un nouveau discours. Ce sera, dans trois ou quatre ans, une route véritablement goudronnée, durable et praticable, reliant efficacement deux provinces et donnant enfin aux populations traversées la preuve palpable que leur pays se construit avec elles.

FIN/INFOSGABON/SO/2026

Copyright Infos Gabon

LIRE AUSSI Gabon : Oligui Nguema prend la route de Makokou

Related Posts

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *