Politique

Gabon : Makokou, le développement se dirige vers le concret

Libreville, Vendredi 21 Août 2026 (Infos Gabon) – À Makokou, le Gabon tente de franchir une étape décisive dans sa politique de développement territorial. En ouvrant, le 20 août, les travaux consacrés à l’appropriation du Plan national de croissance et de développement et à la préparation du futur Plan provincial de croissance et de développement de l’Ogooué-Ivindo, le gouvernement fait un choix qui pourrait s’avérer déterminant. Celui de ne plus concevoir le développement depuis Libreville avant de le décliner sur le terrain, mais de donner aux territoires les outils pour traduire les ambitions nationales en priorités locales.

La rencontre, organisée sous le haut patronage du président Brice Clotaire Oligui Nguema, a réuni les représentants des ministères de l’Intérieur et de la Planification autour des préfets, sous-préfets, élus municipaux et départementaux et responsables territoriaux de la province. Conduits par Adrien Nguema Mba et Louise Pierrette Mvono, les travaux ont porté sur les mécanismes permettant de territorialiser le PNCD 2026-2030, désormais présenté comme le premier grand cadre quinquennal de développement de la Ve République. Le document doit structurer l’action publique autour de la transformation économique, des infrastructures, du capital humain, de la gouvernance et de la souveraineté.

L’intérêt de l’exercice est précisément de faire passer le PNCD du niveau stratégique au niveau opérationnel. À quoi sert un plan national si les collectivités ne disposent ni des compétences ni des outils pour l’exécuter ? À Makokou, la réponse commence à se dessiner avec la présentation des différents instruments de planification locale et territoriale, mais aussi avec la formation des responsables appelés à les mettre en œuvre.

Territorialiser pour changer la méthode

Le séminaire a ainsi abordé le contrôle des actes des collectivités, le cadre juridique de la décentralisation, les responsabilités des personnels de commandement, mais aussi le Fonds de péréquation des collectivités locales. Le profil socioéconomique de l’Ogooué-Ivindo a également été présenté afin que les futures politiques publiques puissent partir des réalités de la province plutôt que de modèles uniformes.

Cette approche répond à un problème structurel. Les territoires gabonais ne disposent pas des mêmes ressources, des mêmes contraintes ni des mêmes opportunités. L’Ogooué-Ivindo possède un potentiel minier exceptionnel avec Bélinga, mais doit simultanément répondre à des besoins fondamentaux en matière de routes, d’eau, d’électricité, de logements, de services publics et d’emploi. Les investissements engagés à Makokou montrent déjà cette volonté de rattrapage territorial. Le gouvernement y suit notamment des projets de voirie, de marché municipal, de logements sociaux, de formation professionnelle et d’équipements administratifs.

La planification locale devient donc un instrument de cohérence. Elle doit permettre d’éviter que les infrastructures soient pensées isolément et de faire en sorte que les grands projets économiques entraînent réellement une amélioration du quotidien. Le récent partenariat entre le ministère du Tourisme et Ivindo Iron autour de l’hôtel Belinga, destiné notamment à accompagner les besoins liés au développement du gisement de fer, illustre cette logique de connexion entre activité industrielle et économie locale.

Le véritable test sera l’exécution

La conférence inaugurale du professeur Flavien Enongoué, consacrée à la question « Ogooué-Ivindo, que nous est-il permis d’espérer ? », résume finalement l’enjeu de cette démarche. L’Ogooué-Ivindo n’a pas seulement besoin d’un diagnostic supplémentaire. Elle a besoin d’une trajectoire, de priorités hiérarchisées, de financements identifiés et surtout d’une capacité d’exécution.

C’est là que la démarche gouvernementale devra désormais faire ses preuves. Le PNCD ne peut devenir une succession de documents administratifs et de séminaires. Le Commissariat général au Plan le présente lui-même comme un cadre destiné à organiser une transformation économique, sociale et territoriale lisible et partagée.

La proximité entre cette initiative et la troisième édition de la Fête de la Libération, qui se tiendra à Makokou autour du 30 août, n’est donc pas sans portée politique. Les autorités veulent donner à cette célébration une dimension qui dépasse la commémoration. Les premiers événements de « Makokou 2026 » commencent par la planification, avant les cérémonies. Le symbole est fort. La transformation d’un territoire ne devrait pas être seulement montrée, elle doit être organisée.

Pour l’Ogooué-Ivindo, le défi est désormais de convertir cette nouvelle architecture de planification en résultats mesurables. Des routes praticables, des services publics accessibles, des emplois, des logements, une meilleure valorisation des ressources et une économie locale capable de bénéficier des grands investissements qui arrivent dans la province.

Le mérite de l’initiative de Makokou est d’avoir placé cette question au centre du débat. Le Gabon ne manque pas nécessairement de plans. Il doit désormais démontrer qu’il sait les territorialiser, les financer et les exécuter. La véritable réussite du PNCD se jouera donc moins dans les bureaux de Libreville que dans les provinces, là où les populations pourront enfin mesurer la différence entre une stratégie nationale et un développement réellement vécu.

FIN/INFOSGABON/SO/2026

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