Economie

Gabon : Makokou–Mékambo, la route change de vitesse

Libreville, Mardi 25 Août 2026 (Infos Gabon) – Le Gabon veut désormais transformer une route longtemps attendue en chantier visible. À Libreville, le ministre des Travaux publics et de la Construction, Edgard Moukoumbi, a réceptionné lundi le premier grand dispositif matériel destiné à accélérer l’aménagement et le bitumage de l’axe Makokou–Mékambo–Ekata.

Au total, 144 équipements neufs doivent rejoindre l’Ogooué-Ivindo pour donner une réalité industrielle à un projet de 260 kilomètres, appelé à modifier profondément les conditions de circulation dans le nord-est du pays.

La flotte comprend 42 pick-up, 32 camions, 12 compacteurs, neuf niveleuses, six bulldozers, six porte-chars, six camions-citernes et quatre pelles hydrauliques. Leur acheminement vers le chantier marque surtout une rupture avec la phase de préparation. Après plusieurs mois de retard dans le démarrage des opérations, le gouvernement entend désormais passer à une logique d’exécution et de contrôle beaucoup plus directe.

Edgard Moukoumbi ne laisse d’ailleurs guère de place à l’ambiguïté. Lors d’une précédente visite dans la province, le ministre avait rappelé à l’entreprise l’urgence de rattraper neuf mois de retard. Il annonce déjà un nouveau déplacement à Makokou pour vérifier lui-même l’arrivée effective des engins et l’organisation du chantier, avec une attention particulière portée au tronçon Mékambo–Ekata–frontière du Congo, décrit comme particulièrement dégradé.

Une route qui dépasse le simple bitume

L’importance de cet axe ne tient pas seulement à ses 260 kilomètres. La liaison Makokou–Mékambo–Ekata s’inscrit dans une stratégie plus vaste de désenclavement de l’Ogooué-Ivindo et d’intégration territoriale. Le gouvernement présente cette infrastructure comme un outil destiné à faciliter la circulation des personnes et des marchandises, à connecter davantage les bassins de production et à rapprocher la province des réseaux régionaux, notamment vers le Congo.

Le tracé fait partie des grands projets routiers identifiés depuis plusieurs années pour améliorer les connexions entre les capitales provinciales et les territoires frontaliers. Le cadre opérationnel du Plan national de croissance et de développement 2026-2030 inscrit justement la modernisation du réseau routier dans une ambition de cohésion territoriale, de compétitivité économique et d’intégration des zones productives.

Cette cohérence est essentielle. Une route ne crée pas mécaniquement du développement. Elle devient un accélérateur lorsqu’elle réduit les coûts de transport, ouvre l’accès aux marchés, facilite l’implantation d’activités et rend possible une meilleure circulation des travailleurs, des marchandises et des services. Pour l’Ogooué-Ivindo, dont l’économie est appelée à bénéficier de nouveaux investissements miniers, forestiers et agricoles, la question de la mobilité devient donc stratégique.

L’arrivée des engins intervient par ailleurs alors qu’un autre axe majeur, Ovan–Makokou, connaît déjà une progression significative. En février 2026, ce chantier de 97 kilomètres affichait près de 50 % de réalisation, avec 25 kilomètres déjà bitumés et deux des quatre ponts en voie d’achèvement.

L’épreuve sera celle de l’exécution

Le volume impressionnant d’équipements aujourd’hui présenté donne un signal fort. Mais il ne garantit pas, à lui seul, la réussite du chantier. Après les retards initiaux, le véritable indicateur sera désormais le rythme de production sur le terrain, la capacité du groupement Maripoma/BSK Stallion Gabon à maintenir les équipes et les engins opérationnels, ainsi que la qualité des ouvrages livrés.

Le gouvernement semble avoir choisi une méthode plus exigeante. Le ministre entend contrôler l’arrivée du matériel, l’organisation du chantier et la hiérarchisation des tronçons prioritaires. Cette présence régulière traduit une volonté de faire de l’exécution un critère central de l’action publique.

L’impact attendu est également social. Selon les autorités, le projet doit générer près de 2 000 emplois directs, auxquels s’ajouteront des effets indirects sur les transports, le commerce, les services et les activités rurales. Des sources récentes évoquent également des investissements complémentaires autour des forages, de l’éclairage public et de la réhabilitation de certains équipements collectifs.

Mais le véritable dividende sera territorial. Dans une province où l’enclavement reste l’un des principaux freins au développement, chaque kilomètre effectivement livré peut réduire une partie de la distance économique qui sépare les populations des marchés, des services publics et des opportunités.

Les 144 engins réceptionnés à Libreville ne sont donc pas seulement une flotte de chantier. Ils représentent un test de crédibilité pour une politique d’infrastructures qui promet de rapprocher les provinces du centre de gravité économique du pays. Après neuf mois de retard, la route Makokou–Mékambo–Ekata entre désormais dans sa phase de vérité. Le Gabon n’a plus besoin de démontrer que cette route est stratégique. Il doit maintenant démontrer qu’il sait la construire, dans les délais, avec la qualité attendue et surtout avec les retombées économiques promises aux populations de l’Ogooué-Ivindo.

FIN/INFOSGABON/SO/2026

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