Gabon : Une croissance qui cherche son accélération
Libreville, Mardi 25 Août 2026 (Infos Gabon) – L’économie gabonaise avance sur une trajectoire plus solide, mais le véritable enjeu commence désormais au-delà du chiffre de croissance. Réuni vendredi à Libreville, au siège de la Banque des États de l’Afrique centrale, le Comité national économique et financier a confirmé une progression de l’activité proche de 4 %, un niveau supérieur à la moyenne sous-régionale estimée autour de 2,5 %.
Dans un environnement régional encore contrasté, ce signal est favorable. Il pose surtout une question décisive pour le Gabon, comment transformer cette amélioration conjoncturelle en croissance durable, productive et suffisamment créatrice d’emplois.
La deuxième session ordinaire du CNEF, présidée par le ministre de l’Économie et des Finances Thierry Minko, a réuni les principaux acteurs de l’administration, du système bancaire, des assurances et du crédit. Les discussions ont porté sur trois fronts qui déterminent directement la solidité de l’économie nationale, la conjoncture, le fonctionnement du marché des devises et la santé du système financier.
Cette croissance est désormais davantage portée par les activités hors pétrole, notamment les BTP, l’agro-industrie, l’agriculture et les services. Les investissements et l’effort de transformation locale des matières premières participent également à cette dynamique. Ce changement de composition est particulièrement important pour le Gabon, longtemps caractérisé par la prépondérance des industries extractives dans la formation de sa richesse.
Le non-pétrolier devient le véritable test
Le chiffre de 4 % est encourageant, mais il ne constitue pas à lui seul une rupture économique. Ce qui importe désormais est de savoir si les secteurs qui tirent l’activité sont capables de gagner en productivité, d’employer davantage et de diffuser leurs effets au-delà des grands pôles urbains.
Les BTP bénéficient de l’accélération des chantiers d’infrastructures, tandis que l’agriculture et l’agro-industrie répondent à la volonté de réduire la dépendance aux importations alimentaires. La transformation locale des minerais ouvre, elle aussi, une nouvelle perspective. Le gouvernement anticipe ainsi une accélération de l’activité dans les prochaines années, avec une croissance susceptible d’atteindre 5 à 6 % à mesure que de nouveaux projets industriels entreront en production.
L’enjeu est cependant de ne pas confondre investissement et développement. Un projet minier, une usine ou une infrastructure ne produisent un véritable effet de transformation que s’ils entraînent des emplois qualifiés, des fournisseurs locaux, des recettes publiques, des transferts de compétences et une activité économique durable autour d’eux.
C’est précisément la prochaine étape du modèle gabonais. Passer d’une économie qui investit à une économie qui transforme l’investissement en capacité productive.
La stabilité financière reste sous surveillance
Sur le front financier, le diagnostic du CNEF apparaît globalement rassurant. Banques, établissements de microfinance et compagnies d’assurances présentent une situation jugée satisfaisante, avec quelques ajustements qualifiés de mineurs et maîtrisés par le ministre. Le comité entend néanmoins maintenir son dispositif de surveillance afin de préserver la stabilité du secteur.
Cette vigilance est essentielle. Une économie en accélération a besoin d’un système financier capable de financer les entreprises, l’investissement et la consommation sans fragiliser l’épargne ni augmenter excessivement les risques. L’accès au crédit devient donc l’un des instruments de transmission de la croissance vers le secteur privé.
L’autre dossier sensible concerne l’accès aux devises. Les difficultés rencontrées par certains opérateurs et usagers alimentent un marché informel que les autorités souhaitent mieux encadrer, en coordination avec la BEAC et les acteurs financiers. Cette question dépasse la seule disponibilité des monnaies étrangères. Elle touche à la transparence des transactions, à la compétitivité des entreprises et à la confiance dans le système financier.
Une croissance proche de 4 % peut ainsi constituer une bonne nouvelle sans être encore une victoire économique. Pour changer de dimension, le Gabon devra faire en sorte que cette progression soit moins dépendante des cycles extérieurs, davantage tirée par la production nationale et surtout mieux distribuée dans l’économie réelle.
Le CNEF fournit ici un signal positif, mais également une feuille de vigilance. La prochaine bataille ne sera pas de faire afficher au Gabon un taux de croissance plus élevé. Elle sera de faire en sorte que chaque point supplémentaire de croissance produise davantage d’emplois, davantage de valeur locale et davantage de capacités productives. À cette condition seulement, le passage de 4 % vers 5 ou 6 % cessera d’être une performance statistique pour devenir le signe d’une véritable transformation économique.
FIN/INFOSGABON/SO/2026
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