Economie

Gabon – Maroc : la formation technique au cœur d’un pari industriel

Libreville, Mardi 24 Février 2026 (Infos Gabon) – Libreville mise sur le transfert de compétences pour préparer l’après-rente et soutenir ses ambitions de transformation économique.

Le Gabon poursuit sa stratégie de renforcement de ses capacités techniques. À Rabat, un accord de coopération a été signé récemment entre l’École nationale supérieure d’arts et métiers (ENSAM) et l’Institut de formation à l’enseignement technique et professionnel (IFETP) de Libreville.

Derrière cette initiative académique se profile un objectif plus large : préparer les ressources humaines nécessaires à l’industrialisation du pays.

La rencontre s’est tenue dans le cadre d’une mission officielle conduite par le secrétaire général permanent du Conseil national de l’éducation, de la formation et de la recherche (CNEFOR), Jean-Christophe Moudjigui, en présence de l’ambassadeur du Gabon au Maroc. Un cadre diplomatique qui illustre la montée en puissance d’une coopération Sud-Sud désormais assumée par les deux capitales.

Former ceux qui formeront

L’un des axes majeurs de ce partenariat concerne la formation des formateurs. L’accord prévoit notamment la mise en place de parcours d’agrégation dans les domaines du génie mécanique et du génie électrique.

L’approche marque un changement de méthode. Plutôt que de multiplier les formations individuelles à l’étranger, Libreville cherche à bâtir une capacité pédagogique nationale, capable d’alimenter durablement le système d’enseignement technique.

Cet enjeu est central. Sans enseignants qualifiés ni encadrement de haut niveau, la montée en compétence des techniciens et ingénieurs, condition indispensable à toute industrialisation, reste difficilement atteignable.

L’équation des compétences

Depuis plusieurs années, le déficit en profils techniques constitue l’un des principaux freins au développement industriel du Gabon. Le pays affiche des ambitions élevées : transformation locale des matières premières, modernisation des infrastructures, développement de nouvelles chaînes de valeur.

Mais ces objectifs supposent une main-d’œuvre qualifiée, capable d’opérer et de maintenir des équipements industriels, de concevoir des solutions techniques et d’accompagner l’innovation.

En s’appuyant sur l’expertise marocaine, reconnue dans la formation d’ingénieurs et l’articulation entre éducation technique et politique industrielle, Libreville cherche à combler ce retard structurel.

Une coopération qui s’élargit

Ce nouvel accord s’inscrit dans une dynamique plus large de rapprochement entre les deux pays. Formation professionnelle, tourisme, industrie : Rabat apparaît progressivement comme un partenaire privilégié dans la stratégie de diversification économique gabonaise.

Le modèle marocain, fondé sur la montée en gamme des compétences et l’attractivité industrielle, suscite un intérêt croissant. L’objectif pour le Gabon n’est pas de le reproduire à l’identique, mais d’en adapter les mécanismes à son propre contexte.

Concrètement, la coopération prévoit un transfert de savoir-faire, l’harmonisation des standards pédagogiques et le renforcement des dispositifs de formation continue pour les enseignants techniques.

L’épreuve du terrain

Reste la question de la mise en œuvre. Les expériences passées montrent que les accords de coopération produisent des résultats inégaux lorsqu’ils ne sont pas accompagnés d’investissements durables et d’un suivi rigoureux.

Former des formateurs exige du temps, des équipements adaptés et une gouvernance stable. Sans ces conditions, l’impact sur le tissu économique demeure limité.

Pour Libreville, l’enjeu est désormais de transformer cet accord en levier concret de montée en compétence.

La souveraineté par le savoir-faire

Au-delà de l’enseignement, la démarche traduit une orientation plus large : réduire la dépendance aux expertises étrangères et construire un socle technique national.

Dans la stratégie économique actuelle, la formation professionnelle n’est plus considérée comme un secteur périphérique. Elle devient un instrument central de souveraineté et de transformation.

Si la coopération avec le Maroc tient ses promesses, elle pourrait contribuer à doter le Gabon d’un capital humain mieux adapté à ses ambitions industrielles. À défaut, elle ne restera qu’une initiative de plus dans la longue liste des partenariats aux effets limités.

L’avenir de l’industrialisation gabonaise se jouera autant dans les ateliers et les salles de cours que dans les discours.

FIN/INFOSGABON/SO/2026

Copyright Infos Gabon

LIRE AUSSI Entre Paris et Moscou, le délicat jeu d’équilibre du nouveau président malgache

Related Posts

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *