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Gabon – Ministère des Sports : Paul Ulrich Kessany Zategwa face au chantier colossal de la refondation sportive

Libreville, Vendredi 2 Janvier 2026 (Infos Gabon) – Nommé à la tête du ministère de la Jeunesse, des Sports, du Rayonnement culturel et des Arts, Paul Ulrich Kessany Zategwa hérite d’un portefeuille aussi stratégique que sensible.

Ancien capitaine emblématique des Panthères du Gabon, l’ex-international se retrouve désormais aux commandes d’un secteur en crise profonde, marqué par l’élimination humiliante de l’équipe nationale à la CAN 2025 au Maroc et, plus largement, par des dysfonctionnements structurels qui minent le sport gabonais depuis des années.

Un contexte de colère et de désillusion nationale

L’échec des Panthères à la Coupe d’Afrique des Nations (CAN) 2025 a ravivé une douleur collective. Trois défaites en autant de matches, zéro point au compteur et une image écornée sur la scène continentale : le bilan est lourd et a suscité une vague de réactions indignées au sein de l’opinion publique.

Sur les réseaux sociaux comme dans les cercles sportifs, la débâcle a relancé un débat de fond sur la gouvernance du football et, au-delà, sur la place du sport dans les politiques publiques.

Dans ce climat de frustration, Paul Ulrich Kessany est attendu au tournant. Son passé de joueur, son vécu du vestiaire et sa connaissance intime des réalités du football gabonais nourrissent de grands espoirs. Mais ces attentes s’accompagnent d’une exigence claire : des actes forts, une vision cohérente et des résultats concrets.

Des responsabilités clairement pointées

Parmi les voix les plus critiques, celle de Rémy Ebanega, ancien défenseur international des Panthères, résonne avec force. Pour lui, les causes du naufrage sont identifiées. « Le principal responsable de la situation actuelle est le comité exécutif de la fédération qui dirige le football national depuis douze ans sans proposer de vision stratégique, dans des conditions d’anarchie administrative », a-t-il déclaré.

L’ancien international pointe également la responsabilité de l’État. Selon lui, depuis l’indépendance, le sport a trop souvent été considéré comme un secteur secondaire, sans enjeux majeurs pour la stabilité sociale ni pour le développement économique du pays. « Cette sous-estimation empêche la mise en place de politiques publiques structurées, de financements durables et d’un cadre juridique adapté », regrette-t-il, appelant les autorités à opérer un véritable changement de paradigme.

Des problèmes “plus profonds” que les hommes

Même constat du côté de Pierre-Emérick Aubameyang. Le capitaine des Panthères, aujourd’hui à l’Olympique de Marseille, a tenu à rappeler que les difficultés de l’équipe nationale dépassent largement les responsabilités individuelles. « Les problèmes de l’équipe sont bien plus profonds que la petite personne que je suis », a-t-il confié, soulignant la nécessité d’une analyse lucide et globale des maux qui affectent le football gabonais.

Les joueurs ne comprennent pas ce qui s’est passé au Maroc. « Il y a eu la désillusion. Ce moment où l’on comprend que tout ne se passe pas comme on l’avait rêvé. Où les promesses s’effritent, où l’effort semble invisible. Celle qui laisse un goût amer, celle qui fait vaciller les certitudes et met les convictions à l’épreuve. Il y a eu le courage. Pas celui qui fait du bruit, mais celui qui se lève chaque jour malgré le doute. Celui qui avance sans certitude, mais avec exigence, loyauté et honnêteté. Sans raccourci, sans faux-semblant. Même quand c’était lourd, même quand c’était ingrat. Nous avons travaillé avec le cœur », a expliqué Denis Bouanga.

Ces propos mettent en lumière l’urgence d’un diagnostic approfondi : gouvernance fédérale, organisation des compétitions, formation des jeunes, infrastructures, financement, statut des athlètes et encadrement technique. Autant de chantiers qui attendent le nouveau ministre et son équipe.

Un impératif de refondation structurelle

Pour Paul Ulrich Kessany Zategwa, le défi est clair : éviter les réponses de circonstance et les sanctions symboliques qui ne traitent pas les causes profondes du mal. Incriminer tel ou tel acteur sans réformer le système reviendrait à étouffer le problème plutôt qu’à le résoudre.

Dans le contexte de la Vème République naissante, le sport est appelé à connaître sa propre renaissance. La nouvelle vision portée par les autorités entend faire du sport un véritable levier de développement, au même titre que les autres secteurs économiques et sociaux. Cela implique une gouvernance rénovée, des investissements ciblés, une politique ambitieuse de formation et une reconnaissance du rôle du sport dans la cohésion sociale et la promotion de la jeunesse.

Entre espoir et exigence

L’arrivée de Paul Ulrich Kessany au ministère des Sports suscite un mélange d’espoir et de scepticisme. Espoir, parce qu’il connaît de l’intérieur les réalités du terrain ; exigence, parce que l’heure n’est plus aux discours mais à l’action.

Face à une opinion meurtrie et à une jeunesse en quête de repères, le nouveau ministre devra tracer un cap clair et engager des réformes courageuses. Car au-delà des contre-performances sportives, c’est la dignité du sport gabonais et sa capacité à rassembler la Nation qui sont en jeu.

FIN/INFOSGABON/SO/2025

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