Gabon : Okala, la route face au défi foncier
Libreville, Mercredi 30 Septembre 2026 (Infos Gabon) – À Okala, l’élargissement de la voie de contournement de l’aéroport entre dans une phase où le tracé ne relève plus seulement de la technique routière. Il engage désormais une question beaucoup plus sensible, celle de l’équilibre entre la modernisation du Grand Libreville et la protection des populations installées sur les emprises potentielles du projet.
Réunis mercredi 30 septembre, trois membres du gouvernement et plusieurs responsables territoriaux et techniques ont entrepris de poser les bases d’un arbitrage qui devra conjuguer fluidité du trafic, développement urbain et maîtrise des impacts fonciers.
La séance de travail, coprésidée par les ministres Mays Mouissi, Edgard Moukoumbi et Adrien Nguema Mba, a associé des représentants du Cabinet militaire de la Présidence, la gouverneure de l’Estuaire, les maires de Libreville et d’Akanda ainsi que l’ANUTTC et les services techniques concernés. Cette mobilisation traduit l’importance prise par un projet qui touche directement l’organisation future de cette partie du Grand Libreville.
Une infrastructure appelée à changer l’axe d’Okala
Le tronçon étudié s’étend de l’ancien dispensaire jusqu’à Kanal 7, avec une continuité envisagée vers le futur établissement spécialisé dans la prise en charge des accidents vasculaires cérébraux, sur le site du Delta Postal. Le schéma examiné prévoit une route en 2 x 2 voies, accompagnée de voies d’insertion, d’arrêts d’urgence et d’espaces destinés aux taxis, tout en intégrant les réseaux existants.
L’objectif est d’abord de répondre à une réalité urbaine devenue difficile à ignorer. La croissance de l’agglomération, l’intensification des déplacements entre Libreville et Akanda et les contraintes actuelles de circulation rendent nécessaire l’adaptation des infrastructures aux flux futurs.
Mais agrandir une route dans un espace déjà urbanisé ne consiste pas simplement à élargir une chaussée. Chaque mètre supplémentaire peut modifier une propriété, affecter une habitation ou déplacer une activité. Le gouvernement avait déjà engagé en septembre une démarche de concertation avec les habitants d’Okala, alors que ceux-ci demandaient notamment des informations précises sur l’emprise du projet et la protection de leurs biens. Le choix du tracé devient ainsi une décision à la fois technique, économique et sociale.
Le foncier devient le cœur de l’arbitrage
C’est précisément sur ce terrain que la réunion du 30 septembre prend son importance. Plusieurs variantes d’emprise ont été examinées afin de rechercher la configuration susceptible de répondre aux exigences de circulation tout en réduisant autant que possible les atteintes aux propriétés riveraines.
Le ministère du Logement a demandé un recensement détaillé des familles potentiellement concernées, des biens susceptibles d’être affectés, de leur valeur et de leur situation foncière. L’objectif est de disposer d’une photographie suffisamment précise pour comparer les variantes non seulement selon leur coût de construction, mais également selon leur coût social et foncier.
Cette méthode change la nature de l’arbitrage. Le tracé le moins coûteux sur le plan des travaux peut devenir beaucoup plus lourd s’il implique davantage de propriétés, d’indemnisations ou de déplacements de populations. À l’inverse, une variante techniquement plus exigeante peut présenter un meilleur bilan global si elle permet de limiter les impacts humains et patrimoniaux.
Cette approche rejoint la concertation engagée depuis plusieurs semaines autour d’Okala, au cours de laquelle les autorités ont indiqué vouloir poursuivre les études avant de fixer définitivement les dimensions et l’emprise de la future infrastructure.
L’enjeu est donc désormais de transformer le recensement en véritable outil d’aide à la décision. Tant que les données foncières ne sont pas consolidées, le débat sur le tracé demeure incomplet.
Éviter que les travaux se contredisent
La réunion a également élargi la réflexion à d’autres opérations routières, notamment dans les secteurs de Ciciba et de Lac Bleu–Diba-Diba. Cette mise en cohérence répond à un problème classique des villes en développement rapide. Construire plusieurs infrastructures sans coordination préalable peut conduire à intervenir plusieurs fois sur les mêmes espaces, avec de nouvelles démolitions ou des réaménagements successifs.
Les autorités ont donc retenu deux priorités pour les prochaines opérations de terrain, le tronçon ancien dispensaire–Kanal 7 et le projet Lac Bleu–Diba-Diba. Deux équipes doivent travailler simultanément, tandis qu’une campagne de sensibilisation accompagnera les opérations de recensement et d’évaluation.
Cette étape est décisive. Elle doit permettre de passer d’une logique de projet à une logique d’aménagement cohérent du territoire. Pour le Grand Libreville, où les infrastructures doivent désormais accompagner une urbanisation rapide, la qualité d’une route se mesurera autant à sa capacité à fluidifier les déplacements qu’à la manière dont elle s’insère dans la ville existante.
Le projet d’Okala porte donc une question plus large que celle d’un axe routier. Il met à l’épreuve la capacité des pouvoirs publics à construire des infrastructures modernes sans fragiliser la confiance des populations directement concernées. La réussite du chantier dépendra autant de la qualité du bitume que de la solidité du processus qui précédera les travaux.
À Okala, le véritable défi sera de démontrer qu’une infrastructure d’intérêt collectif peut être conçue avec les populations plutôt que simplement à travers leur territoire. C’est à cette condition que l’élargissement de la voie pourra devenir un projet urbain durable, et non une nouvelle source de tensions foncières.
FIN/INFOSGABON/SO/2026
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