Gabon : Oligui Nguema lance l’offensive contre la parafiscalité
Libreville, Jeudi 21 Mai 2026 (Infos Gabon) – Le pouvoir gabonais engage une réforme qui pourrait profondément transformer les relations entre l’État et les acteurs économiques.
En réunissant mercredi à Libreville les responsables des principales administrations génératrices de recettes publiques, le président Brice Clotaire Oligui Nguema a affiché une volonté claire de mettre fin aux dérives de la parafiscalité qui fragilisent depuis des années l’environnement économique national.
Derrière cette rencontre à haute portée institutionnelle se joue un enjeu majeur pour le Gabon. Restaurer la transparence dans la collecte des recettes publiques, réduire les charges informelles pesant sur les entreprises et reprendre le contrôle d’un système devenu progressivement opaque, fragmenté et coûteux pour les opérateurs économiques.
À travers les décisions annoncées, le chef de l’État ouvre une nouvelle séquence dans la modernisation de l’administration financière gabonaise et dans la refondation de la gouvernance publique.
Un système devenu source de tensions économiques
Autour du président de la République étaient réunis les directeurs généraux de plusieurs administrations stratégiques intervenant dans les contrôles, les prélèvements et la régulation économique.
Parmi les structures concernées figuraient notamment l’Agence gabonaise de sécurité alimentaire (AGASA), l’Agence gabonaise de normalisation, la Direction générale de la concurrence et de la consommation, les services du commerce, de l’environnement, des forêts, de l’élevage, de la circulation routière, de l’hygiène publique ainsi que plusieurs autres administrations techniques.
Cette mobilisation exceptionnelle illustre l’ampleur des préoccupations entourant la multiplication des prélèvements parafiscaux dans différents secteurs de l’économie. Depuis plusieurs années, les entreprises dénoncent l’accumulation de taxes, de redevances, de frais de contrôle et de prélèvements multiples souvent appliqués sans coordination claire entre les administrations concernées.
À cela s’ajoutent des procédures complexes, des interventions redondantes et une faible traçabilité des recettes collectées. Pour de nombreux acteurs économiques, cette situation contribue à alourdir considérablement le coût de l’activité économique et à affaiblir l’attractivité du pays.
Le chef de l’État impose une rupture
Face à cette situation, Brice Clotaire Oligui Nguema a choisi un ton particulièrement ferme. Le président gabonais a dénoncé les excès observés dans certaines administrations publiques, évoquant des prélèvements jugés excessifs, un manque de transparence dans la gestion des recettes ainsi qu’une absence de coordination entre les différents services intervenant auprès des entreprises.
Cette prise de position marque une volonté politique d’assainir les pratiques administratives et de reprendre le contrôle des circuits financiers liés aux recettes publiques. Plusieurs décisions structurantes ont ainsi été arrêtées au cours de cette réunion.
Le chef de l’État a ordonné l’instauration d’un cadre de transparence renforcé pour l’ensemble des prélèvements opérés par les administrations publiques. Désormais, toute opération de collecte devra être encadrée par des dispositions clairement intégrées dans la loi de finances et publiées officiellement.
Le président a également exigé la suppression des prélèvements illégaux ainsi que la fin des pratiques non conformes aux textes réglementaires.
Le Trésor public devient l’unique centre de collecte
L’une des annonces majeures concerne la centralisation des recettes publiques. Selon les nouvelles orientations fixées par le chef de l’État, le Trésor public deviendra désormais le collecteur unique des recettes de l’État.
Cette réforme vise à mettre fin à la dispersion des circuits financiers et à renforcer la traçabilité des fonds publics. Pour les autorités, cette centralisation doit permettre d’améliorer le contrôle budgétaire, de limiter les risques d’opacité et de renforcer les capacités de pilotage des finances publiques.
Le gouvernement a également reçu instruction de mettre en place un mécanisme unique de coordination des contrôles administratifs auprès des opérateurs économiques. L’objectif affiché est de réduire les doublons, rationaliser les interventions et simplifier les procédures pour les entreprises.
La digitalisation au cœur de la réforme
Le président de la République a également insisté sur l’urgence d’accélérer la digitalisation des systèmes de paiement et de gestion des recettes publiques. Les administrations concernées devront désormais travailler à l’élaboration d’un cadre d’intervention conjoint permettant de moderniser les procédures de collecte et de renforcer la sécurisation des opérations financières.
Cette transition numérique apparaît comme un levier essentiel dans la lutte contre les dysfonctionnements administratifs et les pratiques informelles.
Dans de nombreux pays africains, la digitalisation des paiements publics est devenue un outil stratégique pour améliorer la transparence, réduire les pertes de recettes et renforcer la confiance des investisseurs. Le Gabon semble désormais vouloir s’inscrire pleinement dans cette dynamique.
Une réforme aux implications économiques majeures
Au-delà de l’aspect administratif, cette offensive contre la parafiscalité porte des enjeux économiques considérables. Dans un contexte de diversification économique et de recherche de nouveaux investissements, les autorités gabonaises cherchent à améliorer l’environnement des affaires et à renforcer la compétitivité du pays.
La rationalisation des prélèvements publics pourrait contribuer à alléger la pression sur les entreprises, à fluidifier l’activité économique et à renforcer la crédibilité de l’administration. Cette réforme intervient également dans une période où le Gabon tente d’accélérer la modernisation de ses institutions financières et de consolider la gestion de ses ressources publiques.
Le début d’une transformation plus profonde
À travers cette réunion, Brice Clotaire Oligui Nguema envoie un message politique fort à l’ensemble de l’appareil administratif. L’objectif affiché dépasse la simple réorganisation technique des recettes publiques. Il s’agit aussi d’imposer une nouvelle culture de gouvernance fondée sur la transparence, la discipline budgétaire et l’efficacité administrative.
Pour le pouvoir gabonais, la modernisation de l’État passe désormais par une reprise en main des mécanismes de collecte financière et par une transformation des pratiques administratives longtemps critiquées. Reste désormais à savoir si les mesures annoncées seront appliquées avec la rigueur nécessaire pour produire des effets durables sur l’économie nationale et sur la confiance des opérateurs économiques.
Mais une chose apparaît déjà clairement. Le Gabon ouvre une nouvelle phase de réforme de son administration financière, avec l’ambition de bâtir un système plus transparent, plus centralisé et davantage adapté aux exigences d’une économie moderne.
FIN/INFOSGABON/SO/2026
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