Société

Gabon : Qui a peur de la justice ?

Libreville, Vendredi 15 Mars 2019 (Infos Gabon) – La présidente de la Cour criminelle spéciale, Paulette Ayo Mba, dénonce des «forces obscures» qui souhaiteraient que le procès de l’ancien ministre, Magloire Ngambia, accusé de détournement de deniers publics ne se tienne.

Attendu depuis son incarcération le 10 janvier 2017, le procès de Magloire Ngambia annoncé pour se tenir le 13 mars dernier a finalement été renvoyé sine die. Alors que Paulette Ayo Mba, présidente de la Cour criminelle spéciale (CCS) avait déjà occupé son fauteuil dans une salle d’audience prise d’assaut depuis les premières heures de la matinée par une foule impressionnante, la magistrate a plutôt surpris l’assistance par une sortie plus que surprenante et empreinte de polémique.

«Mesdames et messieurs, vous avez remarqué que dans la salle, le parquet général et l’accusé Magloire Ngambia sont absents (…) il y a eu une cabale contre les juges de la cour criminelle spéciale de la part des forces d’inerties, qui  ne veulent pas que la justice se prononce sur des dossiers portant sur détournements de deniers publics. Je dois travailler pour le Gabon en jugeant tout les pilleurs des fonds publics (…) Ceux qui s’opposent à ce que la justice triomphe vont payer (…) La justice gabonaise n’est pas aux ordres», a-t-elle déclaré.

«J’ai été nommée par décret à la tête de la Cour criminelle spéciale pour rendre justice au nom du peuple gabonais. Mais il se trouve qu’il y a des forces obscures qui s’opposent à ce que les voleurs, ceux qui ont détourné l’argent de la République, ne soient pas jugés », a-t-elle déclaré. « Le peuple et les Gabonais doivent savoir que les gens qui vous font croupir dans la misère à cause de leur vol, ne veulent et pensent qu’ils ne doivent pas être jugés», a-t-elle poursuivi. Avant de lever la séance sans indiquer de nouvelle date pour la prochaine audience.

De leur côté, les avocats de la défense de l’ancien membre du gouvernement ont une autre version des faits. « C’est la présidente de la Cour criminelle spéciale qui a fait les actes préparatoires de l’audience alors que ceux-ci sont normalement à la charge du parquet général. Notre client n’a pas reçu de demande d’extraction et n’était donc pas présent», ont-ils expliqué. En plus, la défense récuse la Cour dans sa configuration actuelle, estimant que celle-ci est «impartiale».

«Le décret du 5 Janvier 2018 qui crée la Cour criminelle spéciale pose problème. Ce décret a nommé des personnes intuitu personae. Sauf que lors du dernier Conseil de la magistrature, le procureur général et le greffier en chef ont été nommés à d’autres fonctions. Leurs successeurs ne figurent pas dans le décret pris le 5 Janvier 2018 (…) Le président de la Cour criminelle spéciale a ses prérogatives, le procureur général a les siennes. Le président aurait dû se rapprocher du parquet général pour savoir la où on était avec la procédure. Le droit pénal est tel que nul ne peut outrepasser ses compétences», ajoutent-ils.

Incarcéré à la prison centrale de Libreville dans le cadre de l’opération Mamba, opération anti-corruption, visant à assainir les mœurs dans les rangs des gestionnaires de la fortune publique, Magloire Ngambia est poursuivi pour détournement de près de 500 milliards de francs CFA. L’ancien ministre de l’Économie, des Finances, de la Promotion des investissements, des Transports, des Travaux publics, de l’Habitat, du Tourisme et de l’Aménagement du territoire devra également s’expliquer sur certains faits liés à  l’affaire Guido Santullo, un homme d’affaires italien qui réclamait à l’État gabonais le paiement d’une importante note.

FIN/INFOSGABON/PM/2019

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