Economie

Gabon : un léger recul au classement RSF, mais une liberté de la presse encore en chantier

Libreville, Vendredi 1er Mai 2026 (Infos Gabon) – Une progression freinée dans un contexte de mutation politique. Le Gabon enregistre un léger repli dans l’édition 2026 du classement mondial de la liberté de la presse publié par l’organisation Reporters sans frontières (RSF).

Le pays passe de la 41ᵉ à la 43ᵉ place. Une baisse marginale en apparence, mais qui rappelle que les dynamiques d’ouverture médiatique engagées depuis 2023 restent fragiles et inachevées.

Depuis le changement de régime intervenu le 30 août 2023, RSF observe certes des signaux d’amélioration. Mais ces évolutions ne suffisent pas encore à consolider un environnement pleinement garantissant l’indépendance éditoriale.

Des avancées réelles, mais une liberté encore sous conditions

Le rapport souligne un paradoxe central : une amélioration progressive du climat médiatique post-crise politique, mais une structure de l’information encore profondément déséquilibrée.

Le paysage audiovisuel reste largement dominé par les médias publics, souvent perçus comme alignés sur les positions officielles. Dans le même temps, les journalistes indépendants font face à des obstacles persistants pour accéder aux sources institutionnelles et couvrir les événements officiels.

RSF note également que la culture d’une presse véritablement libre peine à s’imposer, y compris dans l’espace numérique, pourtant en pleine expansion.

Pressions, convocations et zones d’ombre juridiques

Au cœur des préoccupations figure la question des pressions exercées sur les professionnels de l’information. Le rapport évoque des convocations répétées de journalistes par les services de sécurité, parfois sur la base du Code pénal, malgré l’existence du Code de la communication de 2016, censé dépénaliser les délits de presse.

Cette situation nourrit un sentiment d’incertitude juridique et contribue à une forme d’autocensure dans le secteur médiatique.

RSF insiste également sur les limites du cadre institutionnel, notamment le rôle de la Haute Autorité de la Communication (HAC). Une réforme récente, promulguée le 3 juillet 2023, a modifié son mode de nomination : les neuf membres sont désormais désignés par les autorités publiques, les représentants des journalistes ayant perdu leur capacité de désignation directe.

Une évolution qui suscite des interrogations sur l’indépendance réelle de l’organe de régulation.

Une régulation contestée et des pouvoirs renforcés

Autre point sensible : l’usage de l’article 55 de la loi organique encadrant la HAC, qui permettrait au président de l’institution de sanctionner un média sans consultation collégiale des membres. Pour RSF, cette disposition fragilise les garanties d’un traitement équitable et renforce les risques d’arbitraire.

L’organisation pointe également le manque de transparence ayant entouré certaines réformes récentes, renforçant l’idée d’une gouvernance médiatique encore en construction.

Un leadership régional, mais une concurrence africaine accrue

Malgré ces fragilités, le Gabon conserve une position de référence en Afrique centrale en matière de liberté de la presse. Il reste le pays le mieux classé de la sous-région, devant ses voisins immédiats.

À l’échelle continentale, des pays comme l’Afrique du Sud et la Namibie dominent toujours le classement africain, occupant respectivement les 21ᵉ et 23ᵉ places mondiales. La France, quant à elle, se situe au 25ᵉ rang.

Le paysage médiatique gabonais reste par ailleurs dynamique : depuis le retour du multipartisme en 1990, la presse écrite a connu une expansion notable avec plus d’une soixantaine de titres. Le quotidien L’Union demeure une référence historique, tandis que la presse en ligne continue de croître rapidement.

Une liberté en construction plus qu’un acquis

Au final, le classement 2026 de RSF dessine un constat nuancé : le Gabon n’est pas en recul structurel, mais il n’est pas encore entré dans une phase de consolidation durable de la liberté de la presse.

Les progrès sont visibles, mais encore dépendants de réformes institutionnelles incomplètes et d’un équilibre fragile entre ouverture politique et contrôle de l’information.

Entre transition et exigence démocratique

Le recul de deux places du Gabon au classement mondial ne constitue pas un signal d’alarme majeur, mais il agit comme un rappel stratégique : la liberté de la presse ne se décrète pas, elle se construit.

Tant que les mécanismes de régulation resteront exposés à des influences politiques, et que l’accès à l’information restera inégal entre médias publics et indépendants, la transition engagée restera inachevée.

Dans un contexte régional où certains États accélèrent leurs réformes, le Gabon conserve une avance symbolique. Mais cette position ne sera durable qu’à une condition : transformer les progrès récents en garanties institutionnelles solides, vérifiables et irréversibles.

FIN/INFOSGABON/SO/2026

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