Société

Gabon : vérité sous pression au procès de l’« Esther Miracle »

Libreville, Vendredi 10 Avril 2026 (Infos Gabon) – Trois ans après le naufrage du ferry « Esther Miracle », qui avait endeuillé le Gabon avec 34 morts et 7 disparus dans la nuit du 8 au 9 mars 2023, le procès entre dans une phase décisive.

À Libreville, les audiences ont pris une tournure plus frontale, mettant désormais à nu les responsabilités présumées des acteurs clés, entre administration maritime et opérateurs privés, dans un dossier devenu symbole des défaillances systémiques.

Après les témoignages poignants des rescapés, ce sont les dirigeants de la Marine marchande qui ont été longuement interrogés. À la barre, Fidel Angoue Mba a dû répondre, avec ses collaborateurs, aux accusations d’« omission de porter secours » et de « mise en danger de la vie d’autrui ». Au cœur des débats : la validité des inspections techniques et la délivrance des autorisations de navigation pour un navire dont les modifications, notamment le changement de moteur, interrogent encore.

Pour les parties civiles, le constat est sans appel. « Les contrôles n’ont pas été faits avec rigueur », a martelé Maître Martial Loundou, dénonçant une chaîne de validation administrative défaillante. Une lecture fermement contestée par la défense. « Rien n’accable nos clients », rétorque Maître Tony Minko, pour qui la signature d’un certificat de navigabilité ne saurait, à elle seule, établir une responsabilité directe dans le naufrage.

Mais c’est l’audition du propriétaire du navire qui a cristallisé l’attention. Seul face aux juges, Blaise Armand Mbadinga a défendu une version centrée sur le contexte économique de l’époque. Il explique avoir acquis le bateau pour répondre à l’asphyxie logistique de Port-Gentil durant la période post-Covid, facilitant le transport de marchandises et de passagers. « La ville était presque coupée du monde », a-t-il affirmé, rejetant toute intention de mise en danger.

Interrogé sur les modifications techniques du navire, notamment l’augmentation du nombre de passagers de 70 à 200 et le changement de moteur, il a nié toute altération structurelle. « La hauteur et la longueur du bateau n’ont jamais été modifiées », a-t-il soutenu, tout en assurant que les travaux avaient été réalisés par une société homologuée. Il a également livré un témoignage troublant : présent initialement à bord le jour du drame, il affirme avoir quitté le navire à la dernière minute après l’obtention d’un billet d’avion, échappant ainsi au naufrage.

Ces déclarations n’ont pas entamé la détermination des avocats des victimes, qui ont réclamé des indemnisations allant de 50 millions à 5 milliards de francs CFA par personne, à la hauteur, selon eux, des manquements graves ayant conduit à la tragédie. Au-delà des responsabilités individuelles, c’est toute une chaîne de décisions techniques, administratives et commerciales qui se retrouve aujourd’hui disséquée.

Ce procès dépasse désormais le cadre judiciaire. Il interroge la capacité de l’État à garantir la sécurité dans un secteur vital, et à encadrer efficacement des activités où les impératifs économiques peuvent entrer en collision avec les normes de sécurité. Il pose aussi la question de la responsabilité partagée, entre régulation publique et initiative privée, dans un pays où les infrastructures de transport restent sous pression.

À mesure que les audiences avancent, une exigence s’impose : celle de vérité et de justice pour les victimes, mais aussi celle d’un électrochoc institutionnel. Car derrière le drame de l’« Esther Miracle », c’est la crédibilité même du système de contrôle qui est en jeu.

Les réquisitions du parquet sont attendues, avant une étape cruciale : les plaidoiries de la défense, prévues ce vendredi, dans un procès suivi de près par toute une nation suspendue à son verdict.

FIN/INFOSGABON/SO/2026

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