Gasoil : le Gabon resserre les maillons de la chaîne
Libreville, Mardi 6 Octobre 2026 (Infos Gabon) – Après plusieurs jours de tension sur l’approvisionnement en produits pétroliers, le Gabon cherche désormais à rétablir une circulation normale du gasoil et de l’essence. Réunis lundi au ministère du Pétrole et du Gaz, les principaux acteurs de la filière ont dressé un état des lieux de la situation et présenté les mesures prises pour éviter que les perturbations ne se transforment en blocage durable de l’activité économique.
À l’initiative de Thibault Gaël Idoumi, directeur général de l’Aval pétrolier et gazier, les marketeurs et l’Amicale des transporteurs terrestres des produits pétroliers (ATTPP) ont été associés à ce point de situation. L’objectif affiché est double : rétablir progressivement l’approvisionnement et identifier les fragilités qui ont conduit à la tension actuelle.
« Sécuriser notre secteur et sécuriser surtout les approvisionnements pour que l’activité économique ne soit pas paralysée », a expliqué Thibault Gaël Idoumi. Derrière cette formulation se trouve une réalité simple : dans une économie où le transport routier, la distribution et une grande partie des activités dépendent encore directement des carburants, une rupture prolongée à la pompe peut rapidement produire des effets en cascade.
Une reprise encore sous surveillance
Le retour à la normale est annoncé comme progressif. La disponibilité de nouveaux volumes constitue désormais le principal point d’attention. Yvon Tchicot, directeur général de la Société gabonaise d’entreposage des produits pétroliers (SGEPP), a indiqué que de nouveaux navires étaient attendus afin de couvrir les besoins en gasoil et en essence.
Son intervention a également permis de rappeler le rôle exact de la SGEPP dans la chaîne. L’entreprise assure l’entreposage et le stockage des produits issus notamment de la Société gabonaise de raffinage (Sogara), mais n’est pas propriétaire des volumes entreposés. Les marketeurs transmettent leurs plannings d’approvisionnement sur la base de bons de commande et de livraison établis en amont.
Cette distinction est importante pour comprendre le fonctionnement du système. La disponibilité d’un produit ne dépend pas d’un seul acteur, mais de l’articulation entre raffinage, importation, stockage, programmation des enlèvements, transport et distribution.
La SGEPP envisage par ailleurs d’augmenter ses capacités de stockage d’hydrocarbures. L’objectif dépasse la seule gestion de la crise actuelle : renforcer les capacités de stockage constitue un moyen de disposer de marges de sécurité plus importantes face aux variations de la demande, aux retards logistiques ou aux perturbations des importations.
Les marketeurs face à la pression
Du côté des distributeurs, chaque entreprise tente de maintenir ses opérations avec les moyens disponibles.
Pour Gab’Oil, son directeur général Eric Alain Sounda a indiqué que la réunion avait permis à chaque marketeur d’exposer la manière dont il faisait face à « cette crise brutale ». L’entreprise dit avoir réorganisé ses opérations internes afin de fluidifier l’approvisionnement et de servir le maximum de clients.
Chez Ola Energy, le directeur des opérations Euloge Moussavou a confirmé une reprise progressive de l’activité. L’entreprise reste toutefois dépendante de la réponse de la raffinerie à ses besoins. Sa capacité d’autonomie est actuellement estimée à environ trois jours pour l’essence et le gasoil.
TotalEnergies, représenté lors de la réunion par Jean Lescure, a pour sa part insisté sur un aspect souvent secondaire en période de pénurie mais essentiel pour la sécurité : les conditions dans lesquelles les particuliers viennent s’approvisionner. Les clients sont invités à utiliser uniquement des jerricans homologués lorsqu’ils souhaitent transporter du carburant.
Ces différentes interventions montrent que la gestion de la tension repose désormais sur une coordination étroite entre les opérateurs. Une entreprise peut disposer de stocks, une autre d’une capacité logistique, une autre encore d’un réseau de stations, mais aucune ne peut garantir seule la continuité de l’approvisionnement.
Le transport, dernier maillon critique
Cette interdépendance concerne également les transporteurs. Valérie Igoumou, présidente de l’ATTPP, a salué la mobilisation des professionnels depuis samedi soir, tout en attirant l’attention sur une vulnérabilité particulière : la fatigue des chauffeurs.
Son avertissement est concret. Les marketeurs peuvent organiser des rotations entre leurs équipes, tandis que le transporteur doit composer avec une contrainte physique : « un chauffeur, un camion ». Dans une période de forte tension, accélérer les rotations sans préserver les conditions de sécurité peut déplacer le problème plutôt que le résoudre.
L’ATTPP assure néanmoins que les transporteurs continueront à jouer pleinement leur rôle dans le rétablissement de l’approvisionnement.
Le point fait au ministère du Pétrole et du Gaz permet ainsi de dresser une photographie précise de la chaîne : Thibault Gaël Idoumi pour la coordination de l’aval, Yvon Tchicot pour le stockage avec la SGEPP, Eric Alain Sounda pour Gab’Oil, Euloge Moussavou pour Ola Energy, Jean Lescure pour TotalEnergies, et Valérie Igoumou pour les transporteurs réunis au sein de l’ATTPP. À l’amont, la Sogara reste un maillon déterminant pour les volumes issus du raffinage.
La priorité immédiate est donc le retour à un approvisionnement régulier, à mesure que les nouveaux navires attendus permettront de reconstituer les disponibilités. Mais l’épisode révèle surtout une question plus structurelle : la sécurité énergétique d’un pays ne dépend pas uniquement de la quantité de carburant disponible. Elle dépend aussi de la profondeur des stocks, de la fiabilité du raffinage et des importations, de la coordination des marketeurs et de la capacité de transport.
Le Gabon devra tirer les enseignements de cette séquence. Augmenter les capacités de stockage, mieux anticiper les besoins et sécuriser chaque maillon de la chaîne ne relève plus seulement de la gestion logistique. C’est une condition de continuité de l’activité économique. La crise actuelle doit donc être résolue à la pompe, mais sa véritable leçon se trouve dans les infrastructures invisibles qui permettent au carburant d’y parvenir.
FIN/INFOSGABON/SO/2026
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